Le Méditation et la Prière – EMC Partie II

icon-pentagramLe contenu de cet article est complètement subjectif et n'engage que son auteur. L'expérimentation est parfois nécessaire pour comprendre et vivre la spiritualité.

La méditation intrigue et passionne, et la plupart des gens s’accordent pour dire que c’est une pratique bénéfique. Finalement, ce serait une chose nécessaire à intégrer dans nos vies pour contrecarrer l’effet de notre société : oppressante, déshumanisée et déconnectée du monde réel.

N.B. : Cet article peu académique utilisera en alternance du vocabulaire issus à la fois du Bouddhisme et du Yoga dans le but d’une meilleur compréhension (enfin espérons le).

Mais en fait de quoi parle t-on réellement ? S’assoir en tailleur et fermer les yeux ? Les livres d’initiation sont légions, ventant chacun leurs méthodes toujours plus faciles et plus efficaces (du moins sur papier).

  • Traditionnelles : Bouddhisme, Hindouisme, Taoïsme, Soufisme, Prières des Religions Abrahamiques.
  • New Age : No-Mind, No-Dimensions, Karma, Kundalini, Mandala… bref tout ce qui sonne bien à l’oreille.
  • Psychologiques : Relaxation, Connaissance de soi etc…

La toute première image qui vient à l’esprit de celui qui pense à la méditation est celle du moine bouddhiste Zen. Assis en position du lotus (ou skt. Padmasana), le dos bien droit, les mains suivant le Mudra cosmique ( jp. hokkai-join).

La pratique Zazen a pour but de laisser les images et les pensées surgissant de l’inconscient passer comme « nuages dans le ciel » : sans chercher à les analyser ni à s’en préoccuper. En maintenant un tel état, on arriverait à la « non pensée » (jp. hishiryo), au-delà de toute pensée, vacuité de l’esprit (Voir Le Zen, c’est Zazen).

« Un bol plein d’une substance ne peut plus contenir autre chose. Un bol vide est disponible pour recevoir n’importe quoi. »

Une fois la vacuité de l’esprit atteinte, le moine pourrait alors focaliser sa pleine attention sur une idée, un archétype, une allégorie philosophique ou sur la représentation symbolique d’une divinité du panthéon bouddhiste. C’est de cette façon qu’il en tirerait des enseignements sur lui même et sur l’univers.

Toutefois Zazen ne représente qu’une technique de méditation parmi d’autres, elle est très spécifique et à mon avis rarement adaptée aux néophytes. Malgré toute les variantes posturales (demi-lotus, birmane et seiza), cela reste un exercice physique difficile et peu confortable pour la plupart des occidentaux.

Il est également possible de pratiquer la méditation allongée (comme dans le Yoga Nidra), dans la position Savasana (ou posture du cadavre), mais ce type de posture, même si bien plus simple à réaliser (car naturelle), est toutefois soumise à quelques problèmes.

Pour information, le développement personnel n’utilise couramment que trois états de conscience bien distinct :

  • Le Rêve ou Sommeil paradoxal (skt. Svapna).
  • La Méditation ou Attention sélective (skt. Dhyana).
  • La Focalisation unique (skt. Samadhi).

La conduite de la méditation permet si besoin (et en théorie) de passer d’un état de Dhyana à un état Samadhi. Toutefois, la position couchée étant notre position de repos classique, elle est bien plus propice à l’endormissement et aux rêves… ce qui n’est pas le but recherché.

Il est dès lors capital de discipliner son esprit à identifier correctement l’état de conscience dans lequel notre esprit se trouve et de redresser le cap si on sombre. Pour rappel l’endormissement est une phase du cycle de sommeil qui se caractérise par :

  • une détente musculaire.
  • l’impression de flotter, de s’enfoncer ou de tomber.
  • un état hypnagogique : entendre des sons, des mots ou voir de simples petits point colorés (les phosphènes), des images jusqu’à des images psychédéliques complexes.

Sachant cela, il est plus logique de pratiquer très tôt le matin, au réveil naturel, quand l’esprit est suffisamment vif mais que le corps physique n’est pas contre quelques instants supplémentaires de repos.

La première phase de toute méditation commence par l’isolement sensorielle volontaire :

  • fermer ses yeux dans un endroit possédant un éclairage doux.
  • ne plus prêter attention aux sons environnent.
  • ne plus rechercher l’origine des odeurs.
  • respecter une immobilité parfaite.

Ensuite il suffit de se synchroniser sur sa respiration, d’écouter son souffle (voir son cœur parfois) pour arriver à une relaxation naturelle du corps. C’est après ces étapes qui peuvent durer une dizaine de minutes que résident le risque de s’endormir.

Il est donc impératif de maintenir une vigilance inattentive sur son propre esprit. C’est à dire en d’autres termes, que si quelque chose se manifeste, laissez le juste vous traverser puis partir sans vous en occuper. Il peut s’agir de pensées qui vous traversent l’esprit, de sentiments, de jugements, de sensations physiques (engourdissements, fourmis, chaleurs, proportions des parties du corps visualisée anormale), d’impressions suscitées par des stimulis extérieurs, etc.

Art of Ken Casal

Cette méthode est appelé Samatha (quiétude) dans le bouddhisme. Le point significatif est la vigilance et non l’objet de l’attention. Veillez donc à ne pas vous identifier avec ce qui entre dans la sphère de votre conscience. Restez simplement présent et vigilant.

« placer l’esprit [qui] reste dans un état de vigilance, sans distraction, ouvert à lui-même tel qu’il se présente, sans tension » ; « L’esprit ainsi posé, on s’applique à la concentration sur l’objet choisi (…) ». L’objectif n’est pas de s’établir dans un état sans pensées : « craindre les pensées, s’irriter ou s’inquiéter de leur apparition, croire que l’absence de pensées est une bonne chose en soi, sont des erreurs conduisant à un état de frustration et de culpabilisation inutiles. (…) Lorsqu’on médite, le plus grand empêchement vient sans doute des productions mentales surajoutées, des commentaires sur soi-même et des préconceptions. » – Bokar Rimpoché.

Dhyana est un état de conscience propice aux transformations intérieurs. La plupart des méditants se concentrent donc sur un état d’esprit, une émotion dans le but de la développer. Le bouddhisme nous enseigne quatre attitudes vertueuses à acquérir primordialement :

  • la bienveillance – maitrī.
  • la compassion – karuna.
  • la joie sympathique – mudita.
  • l’équanimité – upekkha.

Premier Dhyana – « Alors détaché des désirs, détaché des mauvaises dispositions, il pénètre et demeure dans la joie, absorption, munie d’attention et d’analyse, née du détachement, faite de joie et de bonheur. Et de ce bonheur accompagné de joie, né du détachement, il inonde complètement, il remplit, il imprègne son être, et il n’est aucun point de son être qui n’en soit touché, […] « 

 Deuxième Dhyana –  » Ensuite, ô Roi, éliminant attention et analyse, le moine pénètre et demeure dans la seconde absorption, parfaite quiétude intérieure, plein bond du cœur, car non associée à l’attention et à l’analyse, faite de joie et de bonheur puisque née du samadhi. Et de ce bonheur accompagné de joie, né du samadhi, le moine inonde alors tout son être [ … ] « 

 Troisième Dhyana –  » Ensuite, ô grand Roi, se détournant de la joie, le moine devient impassible ; alors, vigilant, attentif, il éprouve en tout son être ce bonheur auquel font allusion les mystiques quand ils s’écrient :  » Impassible, vigilant, il séjourne dans le bonheur « . Ainsi pénètre-t-il et demeure-t-il dans la troisième absorption. Il inonde, remplit tout son être de ce bonheur dépouillé de la joie […] « 

 Quatrième Dhyana –  » Ensuite, ô grand Roi, après avoir éliminé bonheur et douleur, aboli aise et malaise qu’il éprouvait précédemment, le moine pénètre et demeure dans la quatrième absorption, pureté totale, vigilance et impassibilité où il n’éprouve ni douleur ni bonheur. Il s’installe en cet état, et d’un cœur très pur, immaculé, il imprègne son être, et il n’en est aucun point qui ne soit touché par ce cœur bien purifié, immaculé. » – Bouddha Sakyamuni.

A force de rentrer en Dhyana, il est possible d’accéder à Samadhi.  C’est l’ultime état de conscience méditatif (la focalisation pure), c’est le lieu d’expression de Vipassana (inspection). L’Union des deux est ce que l’on nomme en Occident : la méditation transcendantale.

Vipassana permet de développer la Sagesse et la parfaite Connaissance de soi, il n’est plus question d’être juste une meilleur personne, un être meilleur, mais de recevoir la Béatitude (Nirvana) et de la partager chaque jours avec le monde.

Vipassana est pratiquée dans toutes les formes de bouddhisme. Elle aurait été la technique d’introspection enseignée par le Bouddha Siddhārtha Gautama, elle révèle la Vérité sur :

  • l’insatisfactiondukkha.
  • l’impersonnalitéanattā.
  • l’impermanence de tous les phénomènes corporels et mentaux – anicca.

Avec son cœur ainsi recueilli…, il incline sa conscience vers des pouvoirs surnaturels, il éprouve en lui-même tel ou tel pouvoir, étant un il devient multiple et de multiple redevient un, il devient invisible, visible, franchit les murs, s’immerge dans la terre et en émerge comme dans l’eau, marche sur les eaux sans qu’elles s’ouvrent, vole dans les airs [ … ].

Ou encore avec ce même cœur ainsi recueilli il pénètre le cœur d’autrui [ … ], et quand il a pénétré avec son cœur dans le cœur des autres êtres, il reconnaît comme une conscience pleine d’attraction, et ainsi de suite… [ … ].

Alors avec son cœur ainsi recueilli [ … ] il incline sa conscience vers la connaissance des souvenirs de ses vies antérieures… et se dit :  » En ce temps-là, tels étaient mon nom, ma lignée, ma caste, mon bonheur et ma douleur « , tout comme on va de village en village, et on revient à son propre village, et on se souvient de ce que l’on a fait et dit.  »

[ … ]

Il voit de l’œil divin, pur, les êtres mourir et renaître, heureux ou malheureux, en vertu de leurs actes passés, comme un homme installé sur une terrasse au milieu d’une place voit les gens entrer dans une maison et en sortir, parcourir la rue ou s’asseoir… […] – Bouddha Sakyamuni.

En dehors de toutes les promesses de dons mystiques qui sont le lot de toutes les religions, une pratique régulière de la méditation nous renforce sur tous les points de vue, et nous permet d’entrer activement dans un processus d’éveil.

Les changements apportés par la Méditation transcendantale sont désormais quantifiable et observable par la Science. Les Neurosciences aidés par des technologies comme l’Imagerie à résonance magnétique et les Électro-encéphalogramme ont permis de visualiser clairement ce qui se passe dans le cerveau d’un méditant qu’il soit prêtre, imam ou moine bouddhiste.

Certains procédures utilisant la méditation ont fait leurs preuves comme traitement de la dépression et de l’anxiété. Et il a été prouvé que la méditation déclenchait, comme dans un sommeil profond, les ondes cérébrales alpha et thêta, dues à l’afflux de sang dans les couches supérieures du cerveau, qui est alors très bien irrigué. Ceci apporterait sérénité, calme et bien-être durablement.

Lire plus sur le sujet : Les expériences mystiques : une nouvelle perspective & La théorie du cerveau religieux. Parcourir les articles disponibles du Dossier : Les Etats Modifié de Conscience (EMC)

En guise de conclusion, je vous laisse regarder une conférence TEDx de la Neurologue Sara Lazar. Elle y présentent des scanners étonnants du cerveau montrant que la méditation peut réellement changer la morphologie notre cerveau, amélioration de notre mémoire et nous rendre plus empathique, compatissant, et résistant au stress.

2 commentaires

  • Je trouve cet article très instructif et particulièrement bien écrit. Les descriptions sont très proches de ce que l’on ressent lors d’une séance de méditation.
    La vidéo est géniale aussi. L’action sur l’amygdale et l’hippocampe est énorme. Sans forcément en avoir conscience c’est pour cette raison que les psychologues et médecins conseillent souvent de la relaxation aux patients Alzheimer par exemple. Les résultats sont là mais avec l’IRM à l’appuie c’est mieux !

  • Amita De la Forêt

    Article au top. Je crois que le de débutant devrait se focaliser surtout sur le vide intérieur en avant d’utiliser son mental pour visualiser des images. Se détacher du mental pour l’utiliser ensuite à bon escient en ne devenant plus esclave de ses pensées. Se concentrer uniquement sur sa respiration peut etre le moyen le plus simple de faire le vide ; observer les pensées qui arrivent sans se juger, et laisser passer… telle est, je crois, la clé pour se lancer. J’utilise bougies, encens, musique zen et bols tibetains pour me mettre en situation car la ritualisation m’aide à me plonger dans ces minutes que je m’oblige a m’accorder au quotidien.
    Le calme intérieur lors de la méditation déteint ensuite plus longuement sur le quotidien et il reste du coup plus facile de s’observer faire et penser.
    merci pour ce tres bel article

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