Bouddhisme tantrique : des Hommes et des Dieux

Dans le Bouddhisme des origines, le monde des esprits, des déités et des démons qui peuplent tel ou tel monde, n’est pas rejeté mais les vérités de cette religion ne dépendent pas d’eux et la tentative de gagner leur soutien par des sacrifices ou des oracles est par contre rejeté comme des pratiques vulgaires. Ces mots de Sir Charles Norton Edgecumbe Eliot dans son ouvrage « Hinduism and Bouddhism, an historical sketch » résume assez bien la pensée du Bouddhisme classique.

Par Bouddhisme classique, on entends généralement la réunion du Theravadha et du Mahayana. Toutefois presque la moitié des Bouddhistes du Monde dépend d’une troisième voie, le Varjayana ou Véhicule du Diamant. Il comprend le Bouddhisme Tibétain (Tibet, Mongolie), le Bouddhisme Tiantai/Tendai, Chan/Zen (Chine, Japon) et le Bouddhisme ésotérique de certaines sectes Japonaises (Shugendo, Shingon-Shu, Nichiren-Shu).

Un Occidental habitué à la maxime disant que le Bouddhisme est une Philosophie athée sera toujours choqué lors de sa première visiter en Orient. Les représentations des Bouddhas, Boddhistavas, Devas sont si nombreuses et parfois si effrayantes qu’il devient difficile de voir le Bouddhisme autrement que sous la forme d’un immense Polythéisme au multiple plan d’existence.

Pourtant malgré les apparences le Bouddhisme n’est pas polythéiste, au mieux il serait simplement Panthéiste tout comme l’Hindouisme dont il découle en partie. Tous ces êtres merveilleux sont fait d’une seule essence, ce que Bouddha nomme le Thatagata synonyme du concept Brahman védique.

Le Brahman est Tout, mais tout n’est pas Brahman. Mandana Mishra, in Brahmasiddhi.

L’Histoire pourrait s’arrêter ainsi mais en réalité Siddhārtha Gautama n’avait pas toujours un discours très clair sur le sujet. Beaucoup de pratiquants le considère comme un Dieu, à commencer par lui-même qui se proclame Tathagata :

Je suis le dieu au-dessus des dieux, supérieur à tous les dieux, aucun dieu n’est comme moi, comment pourrait-il y en avoir de plus grand ? in Lalitavistara Sutra

Pourtant Shākyamuni ne croyait pas aux Dieux ni même en un Dieu créateur dont il se moque assez souvent dans ses Sutras. Il alla même jusqu’à interdire la vénération et l’invocation des déités ainsi que l’usage des formules magiques qui sont pourtant la base d’Hindouisme dans lequel il baigne.

Parmis les différents courants du Bouddhisme, celui qui reste le plus proche de la volonté et de la parole de Bouddha est le Mahayana, la Voie du Milieu. Dans cet article nous nous intéresserons à la troisième voie, le Véhicule du Diamant.


La Pensée magique du Tantrisme


Pour rappel le Tantrisme (voir Hindouisme, Tantrisme et Bouddhisme) désigne la doctrine ésotérique et certains textes (sk. Tantra) de l’Hindouisme. D’après une légende tirée de la Cosmologie Hindou, ce serait Shiva lui-même qui les auraient révélés aux Hommes.

La voie tantrique se veut radicalement différente des autres dans le sens où elle propose des méthodes pour acquérir la libération en une seule vie. De plus, elle est accessible aux laïques car la Nature de Bouddha est universelle chez les êtres sensibles.

La méthode tantrique ne se concentre pas uniquement sur l’éveil, mais elle explique aussi que le parcours qui y mène est jalonné par la découverte de connaissances et de pouvoirs supranormaux (sk. abhujna / sk. iddhi). C’est cette adoption de la Pensée Magique qui témoigne d’une véritable séparation avec le Bouddhisme du Grand Véhicule (sk. mahāyāna) et du Petit Véhicule (sk. theravāda).

Bien que le Bouddhisme tantrique dise que ses pratiques mystiques sont des enseignements du Bouddha, elles ne sont historiquement que des assimilations par syncrétisme des pratiques magiques védique et du chamanisme pré-védique (Bon).

Centre du Taizōkai Mandala

Le Yidam par exemple est d’origine hindou. Il se retrouve donc tout naturellement dans le vajrayana en tant méthode d’identification à un bouddha ou bodhisattva. Par la méditation, le pratiquant cherche à comprendre et à acquérir les qualités intrinsèques du Yidam choisi (compassion, sagesse, puissance etc…). Pour ce faire, il analyse la déité dans son plan d’existence (il peut en y avoir plusieurs) et ses relations avec les autres déités. C’est ce que l’on désigne par Mandala, une représentation cosmique des Mondes.

Le Bouddhisme se défend d’être une religion polythéiste en expliquant que ces déités ne sont que des symboles spirituels, ils ne représentent que des parties de la Nature globale de Bouddha qui est en nous. Sous ce sens, il est nécessaire de changer l’ensemble de ses aspects au sein de son être pour s’éveiller. Le Yidam n’est donc ni une vénération, ni une invocation pour les Bouddhistes.


Connaissances et Pouvoirs Supranormaux


Par le biais de certains Rituels (mantra, yidam, mudra etc..), le Tantrisme cherche à provoquer une transmutation à l’intérieure de l’être. Tous les exercices mettent en oeuvre le corps, la parole et le mental dans une sacralisation de soi, une oeuvre d’alchimie spirituelle.

Au cours de la Libération et de l’Eveil de l’être, des connaissances et des pouvoirs supranormaux apparaissent spontanéments. Le Yoga (voir Les 3 Dimensions du Yoga) les appellent Siddhi, pour le Bouddhisme ce sont les Iddhi découlant des Abhujna (connaissances supranormales)

  • la pénétration de l’esprit d’autrui
  • le souvenir des existences passées
  • la pacification du coeur
  • le pouvoir de maîtriser son corps
  • la projection de l’esprit
  • l’invisibilité
  • le pouvoir de traverser les solides
  • le pouvoir de marcher sur l’eau
  • le pouvoir de flotter dans les airs

Quelques soient le Pays, les méthodes mystiques pour y arriver ont comme composante communes l’utilisation des représentions, des symboles et de la métaphysique des sons.

Le Bouddhisme tantrique a aussi comme caractéristique d’accorder une très grandes importances aux démons et aux esprits, ainsi les Exorcismes et autres Consécrations sont choses courantes.


Dhâranî et Mantra


Historiquement les Dhâranî hindou sont des formes particulières d’invocations magiques. Toutefois en japonais sa transcription directe le mot « darani » (porte-mémoire) désigne à l’inverse une prière. Le Darani japonais devient un texte qui peut être lu ou chanter avec une approche exotérique, voir historique (jp. Kenkyo).

Tandis que le mot Mantra hindou est traduit par « shingon » (parole-vraie), qui prends du coup le sens de la véritable formule magique. Il est en général très court et est utilisé dans un but opératif immédiat, sur soi-même ou sur le monde extérieur.

Les Dhâranî et les Mantras provenant du Sanskrit, ils sont la langue magique par excellence. Ils ne sont donc pas traduits mais juste translitérés en phonèmes puis prononcés à la chinoise ou à la japonaise (voir Kenkyo & Mikkyo).

La construction du Mantra est semblable à ce que l’on peut trouver en Europe. Ce peut être une partie ou la première phrase d’un texte religieux important. Cette phrase peut être condensée et réduite à de simples syllabes qui sont la base du Sanskrit.

Une légende attribue à Shiva l’origine des premiers mantras. On raconte que le danseur cosmique aurait utilisé un tambourin pour rythmer ses mouvements. C’est ainsi que les 14 sons primordiaux apparurent (sk. Maheshavri).

La répétition (sk. mantra japa) et le chant sont une méthode de focalisation sur le son. Ainsi le récitant peut s’accompagner d’un mālā, sorte de chapelet comportant 108 grains. Méthode que l’on retrouve aussi dans toutes les religions occidentales.

Daihi Shin Darani

Fudo Myô Mantra

Namu kara tan no tora ya ya namu ori ya boryo ki chi shifu ra ya fuji sato bo ya /moko sato bo ya mo ko kya runi kya ya en sa hara ha ei shu tan no ton sha namu / shiki ri toi mo ori ya boryo ki chi shifu ra rin to bo na mu no ra kin ji ki ri mo ko ho / do sha mi sa bo o to jo shu ben o shu in sa bo sa to no mo bo gya mo ha te cho to ji / to en o bo ryo ki ru gya chi kya rya chi i kiri mo ko fuji sa to sa bo sa bo mo ra mo /ra mo ki mo ki ri to in ku ryo ku ryo ke mo to ryo to ryo ho ja ya chi mo ko ho ja ya / chi to ra to ra chiri ni shifu ra ya sha ro sha ro mo mo ha mo ra ho chi ri yu ki yu ki / shi no shi no ora san fura sha ri ha za ha za fura sha ya ku ryo ku ryo mo ra ku / ryo ku ryo ki ri sha ro sha ro shi ri shi ri su ryo su ryo fuji ya fuji ya fudo ya fudo / ya mi chiri ya nora kin ji chiri shuni no hoya mono somo ko shido ya somo ko / moko shido ya somo ko shido yu ki shifu ra ya somo ko nora kin ji somo ko mo ra / no ra somo ko shira su omo gya ya somo ko sobo moko shido ya somo ko shaki ra / oshi do ya somo ko hodo mogya shido ya somo ko nora kin ji ha gyara ya somo ko / mo hori shin gyara ya somo ko namu kara tan no tora ya ya namu ori ya boryo ki /chi shifu ra ya somo ko shite do modo ra hodo ya so mo ko Nômaku sanmanda bazaradan senda makaroshada sowataya un tarata kanman.

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