Les Runes : Origine & Usage

Parmis la multitude des alphabets « magiques » il en est un que l’on retrouve à toute les sauces : cinéma, jeux vidéos, animation japonaise et bijoux de toutes sortes. Pour le profane, les runes sont le vecteur d’une mystique pure et authentique, un alphabet sorcier parfait ne pouvant cacher en son sein que la plus puissante des magies. Suivant ce principe les groupes de musique hard rock, métal et indus nous les servent donc à toutes les sauces. Mais qu’en est-il vraiment ? Les runes c’est quoi en fait ?


Origine des Runes


Les runes sont l’écriture des anciens peuples Germaniques, Scandinaves et Anglo-Saxons. Au contraire des lettres de l’alphabet latin, les runes ont des noms dotés d’un sens intrinsèque appuyé d’un symbolisme complexe. Apparu vers l’an 200, elles furent utilisées en Europe du Nord jusqu’au 1er siècle.  [illustration : Futhark ancien]

L’assimilation progressive par différents peuples fit évoluer le nombre des runes ainsi que leurs formes. De nos jours, trois de ces alphabets ont encore un usage ésotérique : le Futhark ancien à 24 runes (an 200), le Futhork anglo-saxon à 33 runes (an 800), le Futhork armaniste à 18 runes (1900).

Certains auteurs pensent que les 24 runes primitives sont le résultat d’un mélange d’alphabets issu du « Viel Italique ». Ce Futhark aurait ainsi été l’alphabet des Hérules, une tribu germanique vivant dans les Alpes de la péninsule italienne durant l’Antiquité. [illustration : Futhork armaniste]

D’autres pensent plutôt qu’elles représentant les 24 constellations visibles des anciens Scandinaves. Les Vikings font souvent mention de cette « Ligne Rune » que l’on peut retrouver sur les Bractéates (pendentif). La ligne ou plutôt le cercle runique est organisée en trois familles (ættir) de 8 runes chacune.

La raison de l’ordre unique des runes (f.u.th.a.r.k / a.b.c.d.e) est aujourd’hui inconnue. Si la ressemblance avec les graphèmes des alphabets étrusque est un fait, la comparaison s’arrête là tant sur la valeur phonétique que sur une traduction littérale découlant du Phénicien.


Système magique


L’origine des runes semblent depuis toujours auréolée de mystère. En fait, le mot « rune » lui-même révèle son utilisation secrète et magique. L’un des sens primordiaux de ce mot est « murmurer ». On le retrouve dans le viel-anglais « to rown » et l’allemand « raunen », tandis que l’irlandais et le gaélique utilise « run » signifiant quand à lui le mystère, le secret. [illustration : Ægishjálmur]

L’Histoire nous apprend que des glyphes étrusques furent utilisés pour des opérations divinatoires en Germanie puis en Scandinavie, et cela 600 ans avant la création du Futhark. Le Runatal décrit comment Óðinn synthétisa la pensée runique au cours d’une initiation chamanique. Transpercé par sa propre lance et pendu pendant 9 jours et 9 nuits à l’arbre de monde Yggdrasill. C’est à travers la souffrance et la privation qu’il finit par découvrir le nom secret et la magie des runes.

Óðinn est une triple divinité, il est le dieu de la Divination, de la Magie et de la Poésie. De fait, il est le chef du panthéon nordique et le seul à pouvoir voyager entre les Mondes. Il représente ainsi l’archétype fondamental du Chaman, à la fois sorcier et devin.[illustration : Vegvísir]

La Tradition Nordique est toujours vivante car elle s’étend sur un espace multiculturel très important : Autriche, Bohême, Suisse, Allemagne, Nord de la France, Bretagne, Irlande, Grande-Bretagne, Islande, Scandinavie, Pays Baltes et Nord de la Pologne. Même si bien sûr les noms des runes et des dieux ont évolués, leurs rôles et le symbolisme profond du système reste identique.

Cette richesse philosophique et spirituelle découle de la multitude de textes qui nous sont parvenus à travers les Eddas & Sagas. Les textes mythologiques abordent de façon récurrente la pensée magique. L’importance des croyances est attestée par les nombreux objets magiques retrouvés : bijoux, bâtons, baguettes, heaumes, boucliers et armes.


Outil divinatoire


« Les auspices et les sorts n’ont pas d’observateurs plus attentifs ; pour les sorts, leur pratique est uniforme : ils coupent à un arbre à fruit un rameau qu’ils taillent de petits scions ; ils les marquent de certains signes distinctifs, puis les éparpillent sur une étoffe blanche sans ordre et au hasard ». in Germania – Chap X.

L’Historien Tacite nous parles ici du tirage des runes qu’effectuait les Völvas (Wicce en vieil-anglais). Ces femmes vivaient hors du clan et pratiquaient le seiðr, le spá et le galdr. Selon la mythologie et les récits historiques, les völvas étaient censées posséder des pouvoirs tels qu’Óðinn lui-même, le père des dieux, faisait appel à leurs services pour connaître l’avenir.

des runes gravés sur des galets de pierre

D’après la légende, c’est Freyja qui enseigna l’art magique des völvas aux Ases dont seul Óðinn obtint la maitrise. Le Seiðr implique la transe prophétique et vise à percer les desseins des Nornes afin de connaître le destin du monde (Wyrd ou Örlog). Certains textes font aussi mention de sa capacité à changer le shaman en animal de façon spirituelle ou réelle.

Le Spà concerne l’ensemble de l’usage des runes que ce soit dans un but magique (talisman) ou divinatoire (à lire : ceux de la prophétesse Heidi de la Völuspá). Enfin le Galdr désigne l’ensemble des charmes utilisés par les völvas, il y a lieu de citer, parmis les plus célèbre, ceux d’Óðinn dans le Hávamál ainsi que ceux de la sorcière Gróa du Svipdagsmál.

De nos jours quelques groupes Ásatrú pratique encore le Seiðr en groupe, tandis que le tirage des runes fut popularisé par le courant New Age. Beaucoup de techniques ont vu le jour, et elles furent bien souvent influencées par les méthodes de tirage du Tarot divinatoire.


Apprendre les Runes


Il n’y a pas de méthode miracle pour apprendre les runes. Mais personnellement je pense qu’il faut les prendre au début pour ce qu’elles sont à base : un alphabet.

Ainsi dans un premier temps, il convient d’apprendre l’ensemble des noms et leurs ordres : Fehu | Uruz | Thurisaz |Ansuz | Raido | Kenaz | Gebo | Wunjo | Hagalaz | Naudiz | Isaz | Jera | Eihwaz | Pertho | Elhaz | Sowilo | Tiwaz | Berkano | Ehwaz | Mannaz | Laguz | Ingwaz | Dagaz | Othala (on peut aussi les apprendre avec leur nom en viel anglais).

Dans un second temps, il est important d’associer le Phonème et la Forme correspondant au Nom : F | U | Th | A | R | K | G | W | H | N | I | J | Æ | P | -Z | S | T | B | E | M | L | -Ng | D | O.

Graphèmes & Phonèmes

Pour finir, il est intéressant de se laisser imprégner par les Runes en recherchant à travers leurs formes et le sens de leurs noms, le symbolisme complexe qu’elles véhiculent. Un exercice courant est l’imprégnation runique avant de se coucher : on choisit une rune, on la nomme, on prononce son phonème, on décrypte son graphème puis l’on médite sur son symbolisme profond et ce qu’il évoque en nous. Car les runes ont besoin d’être assimilées pour s’exprimer pleinement.

Exemple : Fehu | F | Richesse | Cornes du Bétail | +++

Par la suite la lecture des Poèmes runiques et l’usage divinatoire du Tirage des Runes peut aider à comprendre l’ensemble du symbolisme qui parfois change complètement selon la position de la rune (droite, renversée, inversée).

Un commentaire

  • ‘Se laisser imprégner par les Runes’, cela me rappelle littéralement mon initiation au Tarot de Marseille.

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