Est-ce que la télépathie est contradictoire à la science ?

Récemment, le journaliste Steven Volk a été surpris de découvrir que Richard Wiseman, un septique et éminent psychologue, avait admis que les preuves sur la télépathie étaient si respectables que « selon les standards de n’importe quel autre secteur scientifique, elle est démontrée ». M. Volk poursuit en écrivant « encore plus incroyable, comme je le rapporte dans le Fringe-ology, un autre septique éminent, Chris French, est d’accord avec lui ».

Volk serait probablement encore plus étonné d’apprendre qu’en 1951, le psychologue Donald Hebb a écrit ceci :

« Pourquoi n’acceptons-nous pas les PES (perceptions extrasensorielles) comme un fait psychologique? Le Centre de recherche Rhine a offert assez de preuves pour nous convaincre sur presque toutes les autres questions… Personnellement, je n’accepte pas les PES, parce que ça n’a pas de sens. Mes références, comme la physique et la physiologie, m’indiquent que les PES ne sont pas réelles malgré les preuves comportementales rapportées. Je ne sais sur quelles autres bases mes collègues les rejettent. Rhine peut s’avérer être juste, aussi improbable que je puisse le penser, et mon propre rejet de son point de vue est, au sens littéral, un préjudice. »

Quatre ans plus tard, George Price, un chercheur alors associé au Département de médecine de l’université du Minnesota, a publié un article dans le prestigieux journal Science qui commençait par :

« Les adeptes de phénomènes psychiques… semblent avoir gagné une victoire décisive et ont pratiquement fait taire l’opposition… Cette victoire est le résultat d’expérimentations sérieuses et d’arguments intelligents. Des dizaines d’expérimentateurs n’ont obtenu que des résultats positifs dans l’expérimentation des perceptions extrasensorielles (PES), et les procédures mathématiques ont été approuvées par des statisticiens de premier plan. Contre toutes ces preuves, la seule défense qui reste aux scientifiques sceptiques est l’ignorance. »

Mais Price a par la suite affirmé : « Les PES sont incompatibles avec les théories scientifiques actuelles », et a demandé :

« Alors, si la parapsychologie et la science moderne sont incompatibles, pourquoi ne pas rejeter la parapsychologie? … Le choix se situe entre croire en quelque chose de “vraiment révolutionnaire” et “radicalement contradictoire à la pensée contemporaine”, et croire en une possibilité de fraude et d’aveuglement. Lequel est le plus raisonnable? »

Nous avons donc deux sceptiques qui admettent que si le sujet était d’un autre champ d’enquête, les données expérimentales auraient emporté la partie depuis 1950. Comme Price et Hebb avant eux, Wiseman et French ont soutenu que la télépathie est tellement extraordinaire que nous avons besoin d’un plus grand nombre de preuves que ce que nous exigeons normalement. Pourquoi devrait-il en être ainsi? La plupart des personnes croient en la télépathie en se basant sur leurs propres expériences et sont déconcertées qu’elle soit décrite comme un phénomène «extraordinaire».


La Psychologie ne mange pas Psi


C’est même plus déconcertant de constater que des études démontrent qu’une grande proportion de scientifiques acceptent la possibilité que la télépathie existe. Deux études, l’une avec plus de 500 scientifiques et l’autre avec plus de 1000 scientifiques, ont toutes les deux déterminé que la majorité des répondants considère la PES comme «un fait établi» ou «un fait possible» – soit  56 % et 67 % respectivement.

Les sondages comme ceux-là suggèrent que la plupart des scientifiques sont curieux et ouverts sur le sujet. Par contre, cela ne semble pas être le cas dans un domaine : la psychologie. Dans une étude précédente, seulement 3 % des scientifiques des sciences naturelles considéraient les PES comme «une impossibilité», comparativement à 34 % des psychologues.

En fait, les plus éminents sceptiques aujourd’hui sur les capacités psychiques – tels que Wiseman, French, James Alcock, Susan Blackmore et Ray Hyman – sont des psychologues. Une exception est le biologiste Richard Dawkins mais, comme Wiseman et French, il dit également que l’existence de la télépathie «mettrait les lois de la physique sens dessus dessous».


La Physique quantique à la rescousse


Un certain nombre de physiciens éminents comme Henry Margenau, David Bohm, Brian Josephson et Olivier Costa de Beauregard ont indiqué à plusieurs reprises que rien dans la mécanique quantique n’interdit des phénomènes psi. Costa de Beauregard maintient même que la théorie de la physique quantique exige pratiquement que des phénomènes psi existent. Et le physicien Evan Harris Walker a développé un modèle théorique psi basé sur la formulation mécanique quantique de von Neumann.

Selon le raisonnement de Ray Hyman en 1996 (dans Skeptical Inquirer), l’acceptation du psi exigerait que nous «abandonnions la relativité et la mécanique quantique dans leur formulation actuelle» ce qui serait absurde. La déclaration de Hyman contraste avec la théorie du physicien Costa de Beauregard qui a écrit que «la mécanique quantique relativiste est un plan conceptuel où les phénomènes comme la psychokinésie ou la télépathie, loin d’être irrationnels, devraient, au contraire, compter comme très raisonnables».

Comme mentionné précédemment, l’adhésion à une métaphysique vieux jeu semble beaucoup plus répandue parmi les psychologues que les physiciens. Le psi est certainement incompatible avec la vieille vision du monde scientifique, basée sur la mécanique newtonienne et la psychologie comportementale. Ce n’est pas incompatible avec la vision émergente du monde scientifique, basée sur la mécanique quantique, les neurosciences et la psychologie cognitive.

Mais même avant que la mécanique quantique n’ait commencé à remplacer la mécanique classique dans les années 1920, plusieurs physiciens étaient beaucoup plus ouverts à examiner le phénomène psi que la plupart des psychologues semblent l’être aujourd’hui. Un nombre stupéfiant de physiciens éminents du XIXe siècle ont exprimé un intérêt dans les recherches métapsychiques, y compris William Crookes, l’inventeur du tube cathodique, utilisé aujourd’hui dans les télévisions et les moniteurs informatiques; J.J. Thomson, récipiendaire du prix Nobel en 1906 pour la découverte de l’électron; et Lord Rayleigh, considéré comme l’un des plus grands physiciens de la fin du XIXe siècle et récipiendaire du prix Nobel de physique en 1904.

Pour leurs efforts à étudier ces phénomènes ainsi que d’autres peu communs, ces hommes ont souvent été critiqués et impitoyablement ridiculisés par leurs collègues.


Bibliographie :

  • Alcock, J.E., 1981. Parapsychology: Science or Magic? New York: Pergamon.
  • Alcock, J.E., 1985. Parapsychology: the Spiritual Science. Free Inquiry, 5 (2), p. 25-35.
  • Costa de Beauregard, Olivier, 1975. Quantum Paradoxes and Aristotle’s Twofold Information Concept, in Laura Oteri, editor, Quantum Physics and Parapsychology (New York: Parapsychology Foundation, 1975), pages 91 – 102.
  • Costa de Beauregard, Olivier, 1979. The Expanding Paradigm of the Einstein Theory, in A. Puharich, editor, The Iceland Papers (Amherst: Essentia Research Associates, 1979), pages 161-191.
  • Evans, Christopher, 1973. Parapsychology – what the questionnaire revealed, New Scientist, 25, January 1973, page 209.
  • Hyman, R. 1996b. The Evidence for Psychic Functioning: Claims vs. Reality Skeptical Inquirer, March/April 1996, pp. 24-26.
  • Price, George, R. 1955. Science and the Supernatural, Science Volume 122, number 3165, August 26, pages 359-367.
  • Wagner, Mahlon, and Mary Monet, 1979. Attitudes of College Professors Toward Extra-Sensory Perception, Zetetic Scholar, 1979, 5, pages 7 – 16.
  • Walker, E.H. 1979. The Quantum Theory of Psi Phenomena, Psychoenergetic Systems, Vol. 3, pages 259 – 299.

Un commentaire

  • Article passionnant qui soulève beaucoup de questions.

    Si la parapsychologie est un domaine où les grandes études en psychologie ne fleurissent pas, la faute à qui? Pour faire de la recherche il faut des investisseurs et cela fait bien longtemps qu’on investi plus dans une recherche pour atteindre la connaissance scientifique. C’est maintenant plutôt pour chercher des nouvelles sources de profit.

    De plus, en France, on étudie la psychologie selon 2 versants distincts : neuropsychologie et psychologie cognitive présentées presque en opposition avec la clinique et la psychopathologie. On a donc une clinique qui est en décalage totale avec les résultats des recherches en neuroscience. Comment pourraient-ils entendre ce que leur disent des physiciens alors qu’il n’écoutent même pas des psychologues cognitivistes.

    Bref nous sommes face à un constat alarmant. Serte la France a vu naitre la psychanalyse mais il serrait plus que temps que sa psychologie s’adapte aux publications et accepte ne serrait-ce qu’un questionnement sur ce genre de question.

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