Les Olmèques – civilisation-mère de la Mésoamérique

Définie par Paul Kirchnoff en 1943, la Mésoamérique s’étend des plateaux centraux du nord du Mexique jusqu’au Costa Rica actuel. C’est une aire culturelle qui présente des caractéristiques communes : usage du cacao en boisson, culture de l’agave, construction de pyramides, système d’écriture et calendriers (solaire et rituel) perfectionnés, etc.

Carte de la Mésoamérique

Du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, les archéologues considèrent la civilisation maya comme la plus ancienne des civilisations mésoaméricaines. C’est en 1955 que des spécialistes remettent en cause cette théorie, grâce à l’usage nouveau de la datation au carbone 14. Ils identifient alors certains artéfacts, découverts depuis longtemps dans la région du Golfe du Mexique, comme bien antérieurs à la civilisation maya – entre 1200 et 900 avant J.-C.

Des campagnes de fouilles sont entreprises dans l’État du Veracruz dans les années 70 et 80. Les découvertes confirment l’existence de véritables centres cérémoniels et urbains planifiés avec des pyramides, des systèmes perfectionnés d’adduction d’eau, des terrains de jeu de balle qui sont les principales caractéristiques des villes mésoaméricaines. Aujourd’hui, les Olmèques ont une place de choix dans les musées nationaux et les programmes scolaires mexicains. La civilisation olmèque est considérée à juste titre comme la « civilisation-mère » de la Mésoamérique.


Mais qui sont donc les Olmèques?


La culture olmèque n’ayant été découverte qu’au XXème siècle, nos connaissances sur elle restent encore très fragmentaires. L’écriture n’apparaissant que vers 600 avant J.-C. en Mésoamérique, les spécialistes ne disposent que d’un langage iconographique complexe, que la civilisation olmèque élabore dès 1200 avant J.-C. Aujourd’hui, selon l’école française promue par Christine Niederberger, et reprise notamment par Caterina Magni, la culture olmèque se définit par un ensemble multi-ethnique et pluri-linguistique qui s’étend à partir de 1200 avant J.-C. jusqu’à 500 avant J.-C. sur une vaste partie de la Mésoamérique. A partir de ces données, les scientifiques ont défini une identité culturelle. Les Olmèques vécurent selon C. Magni entre 1500 avant JC et 150 après JC. Cependant leur existence est surtout attestée entre 1500 et 400 avant JC. Ils furent la source d’un style artistique et d’une iconographie qui émergent au formatif (phase chronologique Olmèque).

Masque cérémoniel olmèque

Les artistes olmèques s’illustrent aussi bien dans le travail de l’argile, de la pierre et du bois. Ils affectionnent tout particulièrement le thème de la relation Homme-Jaguar, régi par le principe de la métamorphose, et celui de la caverne, subtile métaphore féminine.

« Les Olmèques sont la première des hautes civilisations de la Méso-Amérique. En jetant les traits fondamentaux de cette aire culturelle, qui s’étend du tiers méridional du Mexique jusqu’au Costa Rica, ils vont léguer un riche héritage aux cultures postérieures. Aussi, des Zapotèques aux Aztèques, en passant par les Mayas et les Toltèques, toutes les civilisations de l’Amérique moyenne vont puiser leurs racines dans ce creuset culturel ».

La culture olmèque, contrairement à l’idée reçue, n’a pas comme zone d’origine la côte du golfe du Mexique Les données archéologiques nous présentent une réalité beaucoup plus complexe. En réalité, les Olmèques sont une énigme : on ignore jusqu’à leur véritable nom. Celui que nous connaissons leur a été donné en 1927 par l’archéologue Hermann Beyer qui employa le mot « olmèque » dans ses écrits. Il s’inspira des mots « Olman » et « Olmeca », que les Aztèques employaient au XVIe siècle pour désigner la côte du Golfe du Mexique et ses habitants. Chez les Aztèques « Olmèque » signifie  » hommes caoutchouc » ou « les gens originaires du pays du caoutchouc »; cette expression dérive vraisemblablement du fait qu’ils ont inventé le jeu de pelote avec une balle de latex (jeu qui fut populaire dans toutes les tribus indiennes).

Afin de mieux situer la culture olmèque face aux autres cultures mésoaméricaines, voici un tableau retraçant la chronologie des différentes civilisations:

La société olmèque est encore très mal connue et nombreuses sont les divergences d’opinions. Cependant, les spécialistes semblent s’accorder sur un point : l’existence d’une période cruciale située entre 1000 et 900 avant J.C. où l’on voit apparaître de nouvelles techniques agricoles permettant une meilleure alimentation et donc une croissance démographique, l’intensification des échanges commerciaux, une urbanisation importante accompagnée d’une forte stratification sociale, d’une centralisation des pouvoirs politiques, d’une religion institutionnalisée, et de manière générale d’une spécialisation des activités. Cette période connaît une intensification des travaux d’architecture. L’orientation des villes suit les points cardinaux ; les bâtisseurs olmèques étaient de bons astronomes. Des sculptures monumentales trônent dans les centres cérémoniels et en accentuent la majesté. Faut-il déjà parler en termes d’État ou, plus prudemment, d’évolution avec le passage d’une société de type clanique à celle étatique ? Le peuple olmèque semble vivre de manière très hiérarchisée, selon une sorte de « chefferie » ou de  » monarchie « , dans le sens féodal du terme. Pour Drucker (1981) il s’agirait d’une société Etatique, pour Magni (1999) d’une société clanique.

« Baby face »

Une société divisée en classes et la spécialisation professionnelle sont la preuve d’une organisation sociale avancée. La supervision des tâches implique une forte hiérarchisation de la société tant au niveau politique que social. L’économie semble basée sur l’intensification de la production, le stockage, l’innovation des moyens de production et une meilleure division du travail (ex: la spécialisation). Les dirigeants seuls semblent avoir le accès à la maîtrise des connaissances et ont l’exclusivité de certaines fonctions. Les familles d’élites se proclament descendantes des divinités.Tout porte à croire que le pouvoir était héréditaire. L’architecture elle-même est le reflet de cette hiérarchie. On trouve des édifices publics et des bâtiments privés, de factures très variables, montrant bien la place privilégiée de certains. Il existe aussi de nombreux colliers, pendentifs, miroirs et parures portés, sans nul doute, portés par ces dirigeants.

L’agriculture est l’une des ressources principales de subsistance (le maïs est domestiqué dés 2250 avant JC), l’homogénéité du milieu tropical humide favorise cette activité. La cueillette, la chasse et la pêche sont aussi pratiquées, et la domestication semble faire son apparition très tôt (chiens ou dindons).


Le culte du Jaguar


Les Olmèques ont fondé la première religion précolombienne vraiment organisée. Si la nature et le nombre des « divinités » olmèques font encore l’objet de controverses, il est néanmoins difficile de réfuter l’omniprésence de la figure mythique du Jaguar, qu’il soit anthropomorphisé ou non. L’ensemble de ses représentations semble constituer un système iconographique complexe. On retrouve d’ailleurs son influence dans l’iconographie mésoaméricaine des époque ultérieures, jusque chez les Aztèques. Néanmoins, nous n’en savons que très peu au sujet de ce culte. Les spécialistes ignorent s’il s’agit d’un seul culte aux nombreuses manifestations et aux multiples niveaux d’interprétations, ou de plusieurs cultes axés sur divers aspects du jaguar.

Masque Were-Jaguar (homme-jaguar)

Tout d’abord, le jaguar est très vraisemblablement associé au monde chthonien; cette caractéristique sera transmise aux autres cultures mésoaméricaines. L’entrée du monde tellurique est symbolisée par les mâchoires du jaguar à l’extérieur desquelles poussent quatre plantes. Dans plusieurs cas, les sourcils du jaguar sont représentés par une sorte de croix de Saint-André. On notera que la croix de Saint-André est chez les Mayas et les Nahuas le symbole de la Terre et des quatre points cardinaux. En outre, les Aztèques vénéraient eux aussi un dieu jaguar du nom de Tepeyollotl, « Cœur de Montagne ». Ce lien avec le monde tellurique le rapproche aussi de la nuit, et donc du Soleil nocturne qui traverse le monde souterrain. Cette association en permet une autre, entre le jaguar et le feu. Dans l’iconographie, la torche est souvent associé au Jaguar (à Tlacozotitlan par exemple), et des flammes forment parfois ses sourcils. Dans certaines représentations, le jaguar présente une curieuse fente en V au sommet du crâne et est souvent accroupi : ces deux caractéristiques tendent à le rapprocher du dieu du feu aztèque, Xiuhtecuhtli, qui porte une coiffe pareillement fendue, est souvent accroupi et possède des crocs de jaguar . De plus, Xiuhtecuhtli est aussi connu sous le nom de Nappatecutli, « le Seigneur des quatre directions », dont le symbole est la croix de Saint-André citée précédemment.Cela renforce encore la filiation entre le jaguar, le feu et la Terre. Enfin, sa nature de prédateur nocturne le rapproche de la mort. Ainsi, le jaguar, du fait de ses liens avec le monde chthonien, le feu, la nuit, le soleil nocturne et la mort s’inscrit dans le système de la Dualité Terre-Ciel, Feu-Eau, Femme-Homme, Nuit-Jour, Neuf-Treize, Jaguar-Aigle, Mort-Vie, qui est un des principes fondamentaux de la pensée nahua et mésoaméricaine en général : ce principe existait donc déjà à l’époque olmèque et serait aussi vieux que les civilisations mésoaméricaines même.

Seigneur de Las Limas

Ensuite, le jaguar est systématiquement représenté avec une bouche penchée vers le bas, comme la bouche d’un bébé en pleurs. Or le bébé est également un thème récurrent dans l’iconographie olmèque. On dénombre deux types de représentation: un dit « baby-face », où il est pleinement humain, chauve, dodu et asexué (cf. Baby face plus haut), souvent en position assise et un autre dit « bébés-jaguars » qui représente des hybrides de bébé et de félin, comme celui que tient le fameux Seigneur de Las Limas (cf. photo à droite); ils ont la lèvre retroussée, une fente en V, et semblent pleurer.

Le jaguar pourrait aussi être lié à la fécondité ; certains auteurs, comme Miguel Covarrubias (1946 – Mexico South), voient dans le jaguar olmèque une préfiguration de Tlaloc, le dieu de la pluie déjà vénéré à Teotihuacan. Cependant, ce lien demeure incertain, car la pluie dans le système de la Dualité est plutôt liée au monde céleste et diurne, et Tlaloc est rarement représenté avec les attributs du jaguar. Quelques chercheurs ont affiné leur représentation de l’homme-jaguar face à celle d’une divinité de la pluie. L’être surnaturel olmèque de la pluie (ou dieu) ne présente pas uniquement les yeux en amande, la tête divisée et la bouche tournée vers le bas qui est caractéristique du thème de l’homme-jaguar, mais possède de nombreux autres attributs, comme un bandeau sur la tête et une coiffe, souvent divisée.

Enfin, l’homme-jaguar de l’art olmèque est peut-être une manifestation du Nahualli (Way en Maya), c’est-à-dire du double animal, du totem que possède tout être humain. Chez les Aztèques, le jaguar était un nahualli du plus haut rang, propre aux Guerriers-Jaguars qui forment l’élite guerrière avec celle des Guerriers-Aigles, ou encore celle des prêtres de Tezcatlipoca. Le jaguar serait donc dès l’époque olmèque un symbole du pouvoir. Revêtant de nombreux aspects, tous de grande importance, certains ont vu dans le jaguar le dieu central du panthéon olmèque. Si ses représentations sont beaucoup moins nombreuses dans les civilisations ultérieures, sa place reste primordiale dans la symbolique nahua, maya et mésoaméricaine en général.


L’origine de l’homme-jaguar


Matthew Stirling, l’un des découvreurs majeurs des vestiges olmèques au milieu du XXe siècle, proposa que l’homme-jaguar était issu d’un mythe de copulation entre le jaguar mâle et une femme. Cette hypothèse s’appuie largement sur :

  • Le monument 3 de Potrero Nuevo,
  • Le monument 1 de Tenochititlán,
  • Le monument 20 de Laguna de los Cerros
  • des bas-reliefs de Chalcatzingo.

L’ « hypothèse Stirling» gagna le support de nombreux archéologues postérieurs. Cependant, des analyses additionnelles de ces sculptures par des universitaires tels que Whitney Davis, Carolyn Tate, Carson Murdy, et Peter Furst, ont mis en doute cette hypothèse, sans toutefois proposer des alternatives convaincantes pour expliquer les caractéristiques de jaguar.

Le jaguar en tant que vainqueur – Dans son article de 1978, Whitney Davis voit le jaguar (ou l’homme portant une peau de jaguar) comme l’agresseur d’un opposant vaincu. La plupart des représentations sont habillées de pagnes. Davis croit que les personnes nues sont mortes ou agonisantes, et ne représentent pas une position sexuelle. Il est fréquent de voir des hommes nus comme représentations des prisonniers captifs ou des vaincus.

Malformations génétiques – Michael Coe étudia la possibilité d’une cause biologique permettant d’expliquer les caractéristiques physiques du jaguar (lèvres épaisses, tête fendue, bouche édentée). Les difformités génétiques telles que le syndrome de Down et la spina bifida sont des explications communément énoncées. Une autre maladie pourrait être l’encephalocele qui peut causer la séparation des sutures crâniennes et former des dépressions sur la tête. Cranium bifidum peut également produire des résultats similaires. Ce type de malformations surviennent aisément chez les personnes d’une même famille et il est probable que les mariages consanguins furent importants au sein de l’élite. Si un enfant naissant avec ce type d’affection était considéré comme divin ou spécial, de nombreuses naissances d’enfants malades pouvaient renforcer les familles et leur pouvoir.

Une espèce de crapaud – Peter Furst a suggéré que l’homme-jaguar représente une variété de crapaud et plus particulièrement « un crapaud anthropomorphique avec les caractéristiques du jaguar » (« an anthropomorphically conceived toad with jaguar characteristics »). Les espèces de crapauds que l’on trouvait communément en Mésoamérique, comme Bufo marinus ou Bufo valliceps ont une division profonde sur la tête, et comme tous les crapauds, ont de grosses lèvres sans dent. Ces espèces de crapauds étaient connues pour leurs propriétés hallucinogènes par de nombreuses cultures mésoaméricaines. Des restes de squelettes, en particulier de Bufo marinus, ont été retrouvés sur plusieurs sites archéologiques de Mésoamérique, y compris les centres de cérémonie olmèques. Ces espèces de crapauds sont des symboles du pouvoir inhérents à leur cycle de vie métamorphique, leur fertilité, leur venin hallucinogène et leur mue. Les représentations d’hommes-jaguars possédant des crocs peuvent corroborer la version du crapaud. En effet, plusieurs fois par an, les crapauds matures muent puis avalent leur ancienne peau : tandis qu’ils avalent, leur peau ressort de leur bouche comme des crocs. La mue aurait pu symboliser la mort et la renaissance, avec toutes ses implications religieuses.

La culture olmèque fascinent les ethnologues. Si leur influence a traversé les siècles et influencé toutes les cultures mésoaméricaines ultérieures, les Olmèques n’en restent pas moins un mystère. Le problème est qu’il ne reste rien, hormis des œuvres d’art, qui puisse nous renseigner sur la nature et l’origine de cette civilisation.
Il se murmure qu’ils avaient élaboré des formules de navigation céleste. Gordon Cooper, ancien astronaute à la N.A.S.A, raconte ces découvertes sur un site Olmèque alors qu’il s’était lancé à une chasse au trésor sous marine au Mexique: « Parmi les trouvailles qui m’ont le plus intrigué : les symboles et les méthodes de navigation basées sur le ciel qui, une fois traduite, se sont révélées être des formules mathématiques utilisées encore de nos jours pour la navigation. Il y avait des dessins de constellations, dont certaines ne seraient officiellement découvertes qu’à l’ère des téléscopes modernes ». Ces mystères de l’Antiquité pourraient être attribués à d’anciens astronautes venus d’un autre monde.
Alors pourquoi les Olmèques avaient-ils des signes de navigation céleste s’ils ne naviguaient pas dans le ciel ? « Et si « quelqu’un » leur avait transmis ces connaissances, de qui pouvait-il s’agir ? »

Bibliographie

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