Planète X – Petite histoire d’un mythe moderne

Avertissement: Ce dossier sort quelque peu de notre ligne éditoriale mais nous ne pouvions rester muet devant une ineptie qui dure depuis 35 ans. Le climat de catastrophisme qui règne actuellement permet la divulgation massive d’affabulations complètement erronées. Nous souhaitons, avec la publication de ce dossier, vous informer sur les fondements et les erreurs du mythe 2012.


2012 et le calendrier maya


Comment ne pas se poser de questions sur ce mythe moderne qui, chaque années, prends de plus en plus d’ampleur. Il y a dix ans, il était uniquement cantonné à une certaine catégorie de personnes, aujourd’hui, il est présent dans tous les médias. Télévision, Films et Presse se font les échos d’une hypothétique fin du monde le 21/12/2012. La pensée New-Age syncrétise l’ensemble des théories et légendes les plus folles et les condense à grand coup de raccourcis.

Nous n’aborderons pas dans cet article le sujet du fameux calendrier maya. La cyclologie maya mérite a elle-seule un dossier à part entière mais vous pouvez déjà être sûr que les calculs qui fixe la fin de Tzolk’in sont erronés. Et quand bien même nous serions à l’échéance, les mayas fêteraient la fin du cycle puis commenceraient un nouveau cycle.

« La prophétie annonçant la fin du monde en 2012 est basée sur une faute de calcul. En réalité, la date annoncée est 2220 (208 ans après), ont déclaré des scientifiques dans le numéro de novembre de la revue NWT » Natuurwetenschap & Techniek , 2012-eindtijd is pas in 2220.

Cette prophétie nous dépeint un avenir cataclysmique où la majorité des espèces vivantes mourront assaillies par des tremblements de terre, éruptions, tsunamis etc… On s’efforce de ne pas y croire mais l’on constate pourtant la violence des récents désastres dont nous sommes victimes : Inde, Haïti, Chili, Japon etc… Cette apparente augmentation des catastrophes nous viendraient de la proche arrivée dans notre système solaire d’une planète inconnue : la Planète X.

Planète X est le nom générique donné à cette hypothétique planète du système solaire qui serait située au-delà des orbites de Neptune et de Pluton. C’est Percival Lowell, un partisan de la théorie des canaux martiens qui utilisa ce nom pour la première fois. Par le passé elle fût appelée Perséphone, mais de nos jours on lui préfère le nom de Nibiru, en raison du succès des hypothèses néo-évhémériste de l’écrivain russe Zecharia Sitchin.


L’anomalie orbitale de Neptune


L’existence d’une planète inconnue (Planète O) fut postulée par William Henry Pickering, en 1919, sur la base d’anomalies dans l’orbite de Neptune. En 1978, deux astronomes de l’observatoire de la Marine US à Washington (R. Harrington et T. Van Flanders) établirent eux aussi que les orbites de Neptune et Uranus avaient subi des perturbations venant de l’attraction gravitationnelle d’un mystérieux corps céleste. Toutefois les mesures de la sonde Voyager 2 montrèrent que la masse de Neptune avait été mal estimée, invalidant de ce fait la nécessité d’une planète supplémentaire pour expliquer l’orbite de Neptune. L’enthousiasme des astronomes du XIXème siècle étaient cependant parfaitement logique étant donné que Neptune elle-même fût découverte par calcul fondés sur des anomalies des orbites d’Uranus, de Saturne et de Jupiter (Adams et Le Verrier).


L’étrange loi de Titius-Bode


La loi de Titius-Bode, souvent appelée loi de Bode, est une relation empirique entre les rayons des orbites des planètes du système solaire, qui utilise une suite arithmético-géométrique de raison 2. L’expression d’origine était faite en exprimant les distances en dixièmes de la distante Terre-Soleil (l’unité astronomique, UA).

La « loi de Bode » a été utilisée pour prédire la présence de nouvelles planètes. D’une part en plaçant entre Mars et Jupiter une planète V qui aurait existé par le passé, corrigeant une anomalie de la loi (depuis 2006, l’objet céleste Cérès de la ceinture d’astéroïdes est classé planète naine). D’autre part en prédisant la position d’une planète plus lointaine que les planètes déjà connues. Validée en 1781 par la découverte d’Uranus, la « loi de Bode » a été mise en échec en 1846 par la découverte de Neptune, la position calculée étant en fait celle de Pluton.

Les partisans de la loi de Titius-Bode proposèrent de considérer que la loi avait été vraie par le passé, et qu’une perturbation a modifié l’agencement des planètes. On proposa donc que la ceinture d’astéroïdes et Cérès soit en fait les débris d’une ancienne planète (Phaéton). De même, pour résoudre le problème posé par Neptune et Pluton, on proposa que Neptune ait anciennement été à la place où se trouve actuellement Pluton, Pluton étant à l’époque sa lune. Différentes hypothèses pouvaient expliquer ce mouvement, par exemple l’action de l’hypothétique étoile Némésis.

Comparaison de taille entre la Terre, la Lune et Cérès

Planète X et Théorie Némésis


En 1984, Richard A. Muller, travaillant à l’université de Californie à Berkeley, émit l’hypothèse Némésis, décrivant l’extinction périodique des espèces, sur Terre, par des pluies de comètes. L’année suivante, en 1985, D. Whitmire, J. Matese et Luis Walter Alvarez émettent la « théorie Némésis« , subodorant l’existence d’une « étoile ou planète tueuse », qui reviendrait, périodiquement, avec son essaim de météorites, pour semer déluge et extinction, dont celle des dinosaures… l’étoile Némésis : une hypothétique planète X. Le passage de cette mystérieuse planète aurait précédemment éjecté Pluton et Charon de leurs anciennes positions (en tant que satellites de Neptune).

Selon un rapport (établi en août 1988, par Harrington, à l’observatoire naval des États-Unis), la Planète X, qui ferait trois à quatre fois la taille de la Terre, aurait été piégée, par le Soleil, dans une orbite très excentrique, très inclinée (30 degrés) sur l’écliptique, avec une périodicité de 3 300 à 3 600 ans. En 1992, ces mêmes scientifiques affirmèrent qu’il existait bien une 10e planète intruse dans le système solaire.

En 2001, un rapport de Science News titra : l’orbite singulière d’une comète suggère une planète cachée… bien au-delà des neuf planètes connues, un objet aussi massif que Mars pourrait avoir fait partie du système solaire et pourrait bien s’y trouver encore.

En 2003, l’astronome Alessandro Morbidelli, de l’observatoire de la Côte d’Azur, déclara qu’il s’attendait à ce qu’une planète soit découverte, avec une orbite très allongée, dont la période pourrait se compter en milliers d’années. En effet, on a observé que la ceinture de Kuiper semble s’arrêter brusquement. Cela révèlerait qu’une planète, de la taille de Mars, se serait formée dans cette région, au début du système solaire, voire qu’elle aurait nettoyé, à mesure qu’elle grossissait, l’extérieur de la ceinture.


Nibiru, la planète sumérienne


L’écrivain Zacharia Stichin grâce à sa connaissance du sumérien, du sémite et d’autres langues anciennes avança une thèse selon laquelle les dieux connus dans toutes les anciennes mythologies existaient sous forme réelle, et étaient des aliens humanoïdes. Ces extraterrestres ressemblant beaucoup aux êtres humains seraient venus sur Terre depuis une douzième planète, appelée Nibiru par les Sumériens. Dans son livre « la Douzième Planète« , il explique que ces « Dirigeants » (les Annunakis) créèrent génétiquement notre espèce (croisement avec Homo erectus) pour être des esclaves. Zacharia Stichin s’inscrit donc dans la théorie des anciens astronautes, aussi surnommée néo-évhémérisme par le sociologue Jean-Bruno Renard, qui n’est que pure spéculation ufologique. Nous en parlerons ici comme un phénomène de société même si l’ufologie n’est pas du domaine de notre association.

Il part du principe qu’une ancienne légende sumérienne, L’Epopée de la Création (écrit vers la fin du IIIe millénaire av. J.-C.), découverte dans les ruines de la bibliothèque d’Assourbanipal (roi d’Assyrie) à Ninive, ne décrit pas des combats célestes symboliques opposant les divinités, mais des faits astronomiques réels, chaque divinité représentant une planète (théologie astrale). Ce faisant, il remarqua qu’une planète inconnue était mentionnée en tant que Tiamat. Il affirme qu’une collision de Tiamat et de Nibiru, aussi nommée Marduk, engendra la Terre et la ceinture d’astéroïdes ; Tiamat fut complètement détruite durant la collision.

Dieu agraire d’importance secondaire à l’origine, Marduk finira par supplanter Enlil (et absorber ses attributions) comme dieu suprême du panthéon. Il acquiert toute son importance sous le règne de Nabuchodonosor Ier, souverain de Babylone de 1125 environ à 1104 av. J.-C.. Le Poème de la Création (Enuma Elish), écrit à cette époque, est destiné à justifier cette promotion. On lui associe le dragon (Mushkhushu), la planète Jupiter et le nombre 50 (également attribué à Enlil).

Dans la cosmogonie babylonienne, au terme d’une longue guerre, le jeune dieu Marduk tranche la mère des dieux Tiamat, incarnation de la Déesse du Chaos primordial et des mers : de son torse et sa tête, il crée les cieux, de ses jambes et membres inférieurs il créa la terre. De Tiamat naît l’eau venue en nuages et ses larmes deviennent la source du Tigre et l’Euphrate. Kingu, fils de Tiamat ainsi que son mari, périt lui aussi, et de son sang, Marduk crée les premiers hommes.

Nibiru ne passe au voisinage de la Terre que tous les 3600 ans, causant à chaque fois d’importantes perturbations et destructions, une combinaison de facteurs aux effets dramatiques : séismes, tsunami, éruptions volcaniques, basculement de l’axe des pôles, terres englouties, changements climatiques, disparitions de certaines espèces animales, végétales et communautés humaines. Zecharia Sitchin lui-même a récemment avancé sa propre date pour le prochain passage de Nibiru en 2085, mais la date dont le plus de gens parlent est le 21 décembre 2012, fin du calendrier maya.

Vous l’aurez compris, si l’on met toutes ses théories bout à bout avec beaucoup de scotch et une bonne masse, on arrive à une méta-théorie qui est le cheval de bataille de ceux qui prônent la fin du monde :

Scénario 1: Nibiru, une planète étrangère au système solaire entra en collision avec Tiamat. L’impact scinda en deux Tiamat qui fut propulsé sur une autre orbite pour devenir la Terre et la Lune. Les débris restant de Nibiru et Tiamat formèrent quand à eux la ceinture d’astéroïdes. Depuis lors Nibiru fût capté par l’attraction de notre Soleil. Rien qu’avec ce scénario, on peut résoudre différents problèmes comme la position et la taille de Lune, la véracité de la loi de Bole etc… Nibiru reviendra et son approche dérèglera complètement notre système solaire au point de déclancher des divers cataclysmes.

Si cette planète, rappelons le aussi grosse que Jupiter, était si proche de nous, nous l’aurions déjà vu. Car avec ses 3600 de révolition orbitale, si elle arrivait en 2012, elle serait déjà dans notre système solaire immédiat depuis 2 ans.

Scénario 2: Chose troublante pour certains partisans de Nibiru, les sumériens (depuis 3500 av. J.-C.) possédaient certaines connaissances en astronomie que nous n’avons rattrapés qu’en 1930 (avec la découverte de Pluton). Et leur vision du système solaire était quelque peu différente de la nôtre. Dans leur représentation, la Terre possédait déjà sa Lune, mais une planète était présente à la place de la ceinture d’astéroïdes (Phaéton/Tiamat), sa lune étant Vénus. Et si Nibiru avait frappé cette planète, laissant Vénus orpheline.


Info ou Intox ?


Il est tout à fait exact de souligner que l’Astronomie babylonienne puis chaldéenne était extraordinairement en avance sur son temps, en témoigne la notion d’héliocentrisme. Mais il ne faut pas non plus se laisser berner par de fausses preuves avancées pour justifier la théorie de Nibiru.

Les éphémérides sumériens, comme l’Enûma Anu Enlil, étaient d’une grande complexité, et le Mul Apin (1370 av. J.-C.) reste la première carte céleste connue qui recense déjà 18 constellations (dont nos 12 signes du zodiaque). De plus il ne mentionne que 7 astres : 5 planètes, la Lune et le Soleil. Et non pas 10 ou 12, comme avancé par les Ufologistes.

Le cartouche ci-dessus est présenté et interprété comme étant une représentation de notre système solaire, entouré de planètes et de lunes. Une très grande partie de la théorie de Zacharia Stichin dépend de cette simple gravure. Alors je me demande comment cet écrivain linguiste et instruit a pu y voir notre Soleil alors que c’est une simple étoile.

Représentation d’une étoile (Dishtal), de la lune (Sîn) et du soleil (Shamash) dans l’art sumérien.

De plus quelque soit le scénario utilisé, un simple problème de datation suffit à avorter toute projection. La civilisation sumérienne s’étend sur une période 6000 av. J.-C. à 2000 av. J.-C. On date la rédaction d’Enuma Elish vers la fin du IIIème milléanaire av J.-C. Ce qui reviendrait à dire que la fameuse planète X nous as au minimum croisée deux fois depuis. C’était sans compter sur Zacharia Stichin qui fixe la premère rencontre à 200000 av. J.-C. (homo erectus). Nous sommes désormais à 56 rencontres sans aucunes peintures, gravures ou textes de quelques sortes. Peu probable quand on sais que même les peuples les plus primitifs peignaient les évènements astronomiques majeurs. Et pourtant les partisans de Zacharia Stichin nous expliquent que l’extinction des dinosaures, les différentes phases d’évolution de l’Homme et bien sûr le déluge sont dû au passage de Niburu.

Comment penser aussi qu’une planète noire (sans orbite, sans soleil), par conséquent libre dans notre galaxie puisse habriter une quelconque forme de vie intelligente et évoluée ? C’est pourtant ce qu’affirme la théorie de Nibiru avec la race des Annunakis, des géants humanoïdes envahisseur de notre Terre primitive (Nephilim).


Conclusion


Depuis toujours l’Homme a cherché à entrevoir un dessin intelligible derrière la création entière. Tants d’éléments laissent supposer une intelligence supérieure créatrice. Alors Hazard, Dieu ou Aliens ? à vous de voir. Néanmoins si le concept d’une planète X vous intéresses réellement, je ne peux que vous conseiller de vous tenir au fait des récentes découvertes et avancés sur le fameux couple Sedna / Perspéhone.

Sur notre site: L’Hypothèse Gaïa

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