Les E.M.I. empathiques

L‘article suivant a été publié dans le magazine « Nexus« . Ce bimestriel international a pour but de publier une information scientifique alternative sur des domaines particuliers. Nous avons décidé de vous soumettre cet article car il présente une facette peu connue des expériences de mort imminentes (E.M.I.) : le partage de ces expériences avec un proche au moment du décès. Si les apparitions d’un décédé à des proches peu après la mort (Ubiquité) est un fait courant, le partage en « live » d’une décorporation est une chose nouvelle selon nous. Nous laisserons donc au lecteur le soin de se faire sa propre idée sur la question.

Ils accompagnent des proches ou des patients en fin de vie, et vivent eux aussi une expérience transcendante qui les bouleverse. Devant ces « expériences de mort partagée » ou « NDE empathiques », l’argumentation sceptique traditionnelle s’effondre.

« Les expériences de mort partagée donnent une nouvelle dimension au débat sur les NDE et sur l’après-vie », estime le Dr Raymond Moody dans un dialogue avec son coauteur Paul Perry. De quoi s’agit-il ? Raymond Moody, pionnier de l’étude des NDE/EMI (Near Death Experience/expérience de mort imminente) avec son best-seller « La Vie après la vie », vendu à plus de 10 millions d’exemplaire dans le monde, a recueilli des témoignages dès la fin des années 1970 sur l’expérience vécue par certaines personnes qui accompagnent un mourant.

Son premier cas lui fut rapporté par une femme médecin, le Dr Jamieson, qui venait de perdre sa mère après avoir tenté vainement de la réanimer pendant une demi-heure à la suite d’un arrêt cardiaque. Elle raconte qu’elle s’est soudainement sentie sortir de son corps, s’est retrouvée flottant au-dessus de celui-ci et du corps désormais sans vie de sa mère, puis a réalisé que sa mère, radieuse, flottait à ses côtés ! Elle lui a dit au revoir puis, regardant vers un coin de la pièce, elle a observé « une sorte de brèche dans l’univers, qui déversait de la lumière, comme l’eau coule d’une canalisation brisée ». De cette lumière sortaient des personnes décédées, amies de la mère et connues de la fille, ainsi que d’autres, inconnues. Puis sa mère s’est éloignée et a disparu dans cette lumière, sur fond de retrouvailles affectueuses…

Une expérience personnelle

Dans Témoins de la vie après la vie, Raymond Moody rapporte des dizaines de cas semblables et explique son cheminement. D’abord décontenancé par ces expériences, il se contente de collecter les témoignages et ne sait que répondre aux questions qu’on lui pose à ce sujet. Puis, un jour de mai 1994, voilà qu’il vit lui-même l’expérience en accompagnant sa propre mère, chez qui on a décelé deux semaines plus tôt un cancer du sang extrêmement grave. Il se trouve à son chevet avec plusieurs membres de sa famille. Soudain, quatre d’entre eux perçoivent un changement dans la lumière et la forme de la pièce, puis se sentent soulevés, et sa sœur a même une vision de leur défunt père à la tête du lit. En fait, ses deux sœurs et l’un de ses beaux-frères vivent l’expérience avec de subtiles nuances, alors que les deux autres personnes présentes ne perçoivent rien de particulier.

À partir de ce moment, le Dr Moody sait que ces expériences de mort partagée, ou « NDE empathiques » comme il les a nommées la première fois, sont plus importantes encore que les NDE proprement dites.

« Le point de vue sceptique sur la NDE est qu’il s’agit d’une hallucination produite par le cerveau et due à la privation d’oxygène, aux médicaments, etc., explique-t-il. Dans ce cas, pourquoi les accompagnants vivraient-ils le même type d’expérience ? Ils sont en bonne santé, et pourtant rapportent les mêmes caractéristiques : la lumière, la vision de proches décédés, et même la vision de l’esprit de la personne qui s’élève au-dessus du corps, sous forme de brouillard, ou d’un petit nuage qui va traverser le plafond. Parfois il peut s’agir d’une forme plus définie, d’une silhouette. »

Revue de vie

L’un des éléments les plus extraordinaires est que des accompagnants assistent également à la « revue de vie » du partant, une caractéristique majeure de l’expérience de mort imminente. Ainsi, cette femme âgée qui connaissait son mari depuis l’enfance a revu à ses côtés la vie entière de celui- ci, incluant les événements qu’elle connaissait et ceux dont elle ignorait l’existence !

Un autre élément rapporté par les témoins, après avoir souvent mentionné en premier lieu un changement de « lumière », de « couleur » ou de « texture » dans la pièce, est une déformation de sa géométrie. Dans le cas de l’expérience du Dr Moody, la pièce a semblé prendre la forme d’un sablier comme évasée vers le haut et le bas, avant de retrouver celle d’un cube. Enfin, dans bon nombre de cas, les proches ont la sensation d’accompagner partiellement le défunt dans le fameux tunnel de lumière !

Visions des mourants

Raymond Moody s’est penché sur les écrits des premiers explorateurs scientifiques de ce que l’on appelle les « visions des mourants ». Ce phénomène connu de longue date traduit les visions d’entités angéliques ou de proches disparus qui surviennent peu avant la mort. Il s’agit parfois de longues discussions alors que la personne se trouvait dans un état végétatif depuis des semaines. Il existe en effet de nombreux cas de personnes, notamment dans la maladie d’Alzheimer, qui avaient perdu toute lucidité et capacité à communiquer et qui retrouvent soudainement cette faculté juste avant leur dernier souffle. Il arrive que ces visions soient partagées par les proches, mais Moody rapporte un cas plus extraordinaire encore. Atteint d’Alzheimer, M. Sykes est inconscient depuis plus d’un mois. Un jour, sa femme le retrouve assis sur son lit en train de converser de façon extrêmement lucide avec un certain « Hugue ». Or, il se trouve qu’Hugue est le frère de M. Sykes et réside dans un État voisin. Mme Sykes assure qu’il est en bonne santé et qu’elle l’a mis au courant deux jours plus tôt de l’état de son frère. On apprendra un peu plus tard que le frère est en fait décédé d’une crise cardiaque au moment où M. Sykes avait cette « discussion » sur son lit.

Hallucination ?

Le fait de retrouver la lucidité au dernier stade d’une maladie d’Alzheimer est en soi un énorme caillou dans la chaussure du matérialisme réductionniste. Si le cerveau « produit » la conscience, le modèle tient tant que la conscience s’étiole à mesure que le cerveau s’abîme. Mais retrouver une pleine lucidité au dernier stade de cette dégradation physiologique du cerveau n’a aucun sens. Comme n’a aucun sens le fait d’affirmer que la mémoire est « stockée » dans le cerveau quand un proche assiste à la revue de vie complète et détaillée du mourant. Comment parler d’hallucination dans un cas comme celui de M. Sykes ou celui de ce militaire, qui au cours de sa NDE, a rencontré sa sœur qui venait de mourir au même moment.

Avancer la thèse de l’hallucination collective pour justifier les expériences de mort partagées sera une maigre consolation pour les sceptiques car cela n’explique en rien comment une femme peut assister à la revue d’éléments inconnus, puis avérés, de la vie de son mari, tout comme cette mère avec son fils.

Faux départ

Non seulement ces expériences sont relativement fréquentes parmi les accompagnants proches des mourants, mais elles sont aussi assez communes parmi les médecins et les personnels soignants. Ceux-ci les ont vécues soit dans un cadre professionnel, soit dans un cadre privé. Nous en avons un exemple frappant avec le docteur Jean-Pierre Postel qui témoigne dans « Faux Départ », le documentaire de Sonia Barkallah, le plus complet réalisé à ce jour sur le phénomène NDE. On y voit également Raymond Moody évoquer les expériences de mort partagées lors du colloque de Martigues qu’elle a organisé en juin 2006. Le Dr Moody rappelait à cette occasion que les trente dernières années ont permis d’acquérir de nombreux éléments de compréhension sur les EMI.

« Ainsi les médecins pédiatres par exemple ont appris que même des enfants très jeunes ont ces expériences quand ils ont frôlé la mort, explique-t-il. Et nous avons appris au passage qu’il y a des expériences empathiques, dans lesquelles de nombreuses personnes qui se trouvent près de leur proche mourant ont des expériences identiques. Quand la personne qui est dans le lit meurt, le proche qui se trouve à côté a parfois la sensation qu’il quitte son corps et se dirige vers la lumière. »

« Un truc qui sort du corps »

Dans son dernier livre intitulé « La Médecine face à l’au-delà » (Trédaniel), le Dr Jean-Jacques Charbonier s’est lui aussi intéressé aux manifestations liées à la notion « d’au-delà », et parmi elles les vécus de l’entourage des personnes au moment de la mort. Son livre débute par le témoignage d’un chirurgien qui parle d’ »un truc qui sort du corps ». Ce « quelque chose » qui s’échappe du corps au moment du décès a été ressenti par plusieurs témoins interrogés par Jean-Jacques Charbonier, soignants ou non, venant ainsi confirmer les témoignages recueillis de son côté par Raymond Moody.

« Mon livre débute sur les ressentis olfactifs, auditifs, tactiles, ou les visualisations de fumées, de brouillards ou “d’entités” s’échappant des corps de ceux qui nous quittent, nous précise Jean-Jacques Charbonier. À ma connaissance, c’était la première fois que l’on abordait les expériences de mort clinique en se plaçant du côté de l’observateur qui est a priori sain de corps et d’esprit, mais c’était sans compter le dernier livre du Dr Moody qui parle d’expériences de mort partagée. Ainsi, nous avons eu presque la même idée en même temps. »

Beau joueur, le Français n’en veut pas à l’icône américaine. Après tout, ces deux-là œuvrent pour la même cause et leurs actions se complètent. Il faut, en tout cas, insister sur l’intérêt primordial des témoignages, qui constituent le matériau principal des deux livres.

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