Mystères anciens et Sociétés secrètes – Partie I

Pour comprendre les Sociétés secrètes anciennes, ainsi que les actuelles, il est important d’examiner le développement des idées ésotériques et spirituelles remontant à l’antiquité. La plupart de ces anciennes croyances ont contribué à ce que l’on nomme de nos jours la tradition mystique occidentale. Il y a plus de 2000 ans, autour de la Mer Méditerrannée (Grèce, Egypte, Rome, Terre Sainte) naquis de grandes philosophies et cultes : Dualisme, Gnosticisme, Manichéisme, Néoplatonisme, Cultes à Mystère et enseignements d’Hermès Trismégiste.

Gnosticisme

Il y a 20 siècles, une nouvelle idée religieuse gagna du terrain au Moyen-Orient. Descendant du Dualisme ambiant, le Gnosticisme n’est pas une religion en soi, mais un concept se trouvant au centre de plusieurs groupes religieux distincts. Les religions dites gnostiques varient grandement dans leurs doctrines mais caractérisent généralement par la croyance que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais ou imparfait appelé le démiurge.

Afin de se libérer du monde matériel, l’homme a besoin de la gnose (du grec γνώσις / gnốsis (« connaissance »), soit le savoir spirituel ésotérique disponible à travers l’expérience directe de l’être suprême, Dieu.

Les érudits se demandent si le gnosticisme était l’un des premiers rejetons du Christianisme ou si le gnosticisme du IIème siècle n’était qu’une variante chrétienne d’une philosophie religieuse prééexistante. En effet, le gnosticisme chrétien était très répandu et extrèmement populaire, et ce bien avant la reconnaissance de l’Eglise par Rome (voir Evangile de Thomas, Evangile de vérité, Evangile de Jean, Evangile de Marie, Pistis sophia, Evangile de Judas).

L’idée gnostique est présente au sein du Bouddhisme, du Judaïsme (Kabbale) et plus tard de l’Islam avec l’Ismaélisme. Mais elle se manifesta aussi parmi les Bogomiles et Cathares du Moyen Âge.

Le Dualisme et le Manichéisme ne sont d’ailleurs pas des spécificités gnostiques mais se retrouvent dans le Zoroastrisme, bien antérieur, et dans de nombreux Cultes à mystères autour du bassin méditerranéen.

Pour plus d’informations : Gnosticisme sur Wikipédia

Le cas du Manichéisme

Le Manichéisme, fondé par un maître persan, Mani (216-276), était une religion gnostique, syncrétisme du Zoroastrisme, du Bouddhisme et du Christianisme. Elle a subsistée au Moyen-Orient pendant des siècles parce que Mani avait mis en place dès le départ une structure hiérarachique. Les fondements du manichéisme sont que le monde (cosmos) est séparé en deux parties antagonistes :

  • D’un côté la Lumière, le royaume de la Vie divine – Expression de l’Eternité et du Bien
  • De l’autre les Ténèbres, le royaume de la Matière, le royaume des « morts » – Expression de l’Espace-Temps et du Mal

La lumière et les ténèbres coexistaient sans jamais se mêler. Mais suite à un événement catastrophique, les ténèbres envahirent la lumière. De ce conflit est né l’homme (naturel), son esprit appartient au royaume de la lumière et son corps, appartient au royaume des ténèbres — ce qui peut transformer la mort non plus en processus destructif mais en processus d’élévation suprême, de libération de l’esprit.

Pour que l’esprit d’un homme puisse, une fois mort, se libérer du cycle des incarnations et arrive donc à rejoindre le royaume de la lumière, il faut qu’il se détache de tout ce qui est matériel de son vivant.

La plus connue des religions gnostiques, celle des Cathares, est apparue en Lanquedoc aux XIIème et XIIIème siècles. Les Cathares rejetaient la richesse et la corruption rampant de l’Eglise catholique médiévale; leurs leaders pratiquaient le végatarisme et l’abstinence. Fait peu habituel pour l’époque, les chefs cathares étaient tant des femmes que des hommes.

Pour plus d’informations : Dossier sur les Cathares (à venir)

Du Dualisme vers le Monothéisme

Le Zoroastrisme était sans doute la première vraie religion monothéiste – la croyance en un Dieu unique. La plupart des savants pensent que Zoroastre (Zarathoustra) a probablement vécu au VIIème siècle av. J.C., et possiblement plusieurs siècles auparavant. Il avait réformé le polythéisme complexe des Perses en affirmant qu’il n’y avait qu’un seul dieu, Ahura Mazda, le Seigneur sage. Tous les autres dieux le servant et étant des êtres de moindre importance ou perfection. Mais une force mauvaise, Angra Mainyu, existait aussi, ce n’était pas un dieu au sens propre, mais il était capable de détourner les hommes de la vérité divine. Ces notions se retrouveront plus tard au plus profond des grandes religions abrahamiques que sont le Judaïsme, l’Islam et le Christianisme.

Néoplatonisme

Comme pour le gnosticisme, il n’y a pas de croyance unique nommée néoplatonisme. Le terme s’applique à la doctrine philosopique élaborée à Rome à partir de 232 par Ammonios Saccas et surtout par Plotin. Le néoplatonisme tente de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale. Il se caractérise par l’insistance donnée au premier Principe (l’Un, en général) et par la conduite d’expériences spirituelles.

Le philosophe syrien Jamblique (v.250-v.330) prône ainsi l’existence d’un Dieu suprême, infini et incompréhensible, placé au-dessus d’une foule d’êtres moindres, le servant et qui sont désignés collectivement sour le terme Daemons (voir Zoroastrisme). En fonction de la religion, ce groupe de dieux subalternes pouvaient être des anges, des esprits, des héros morts etc (Saints)… Il est important de comprendre que le mot Daemon n’a pas du tout le même sens que le mot Démon de la Chrétienté.

Le principe présocratique selon lequel l’Expérimentation est capitale dans toutes choses y trouve aussi un formidable écho. Dans la vie spirituelle, il ne suffit pas de croire, il faut aussi avoir une connexion mystique et indivuelle avec le pouvoir de Dieu. Néanmoins un schisme se produisit au sujet de l’expérimentation. Les Philosophes grec Plotin (204-270) et Porphyre s’opposaient à la magie et étaient partisans de la comtemplation mystique de Dieu.

« Souvent lorsque je m’éveille à moi-même en sortant de mon corps [extase mystique], et qu’à l’écart des autres choses, je rentre en moi, je vois une beauté d’une force admirable » (Plotin, Ennéades, traité VI).

Tandis que Jamblique (v.242-v.325), Syrianos et Proclus étaient partisans de la Théurgie et donc des rites magiques. Jamblique enseignait que les dieux des religions du monde n’étaient que de simples moyens utilisés par les êtres humains pour approcher le Dieu ineffable et unique.

« Nuit et jour, il se livrait à des rites apotropaïques [qui protègent contre les sortilèges et les maléfices], à des ablutions et à d’autres pratiques de purification, soit orphiques soit chaldaïques [des Oracles chaldaïques], et chaque mois il entrait sans hésiter dans la mer, quelque fois même deux ou trois fois le même mois… De fait, il ne s’alimentait que fort peu. Le plus souvent il s’abstenait de la chair des êtres animés… Chaque mois, il passait dans la pureté les fêtes de la Mère des dieux [Cybèle] en usage chez les Romains ou antérieurement même chez les Phrygiens ; il observait les jours fastes des Égyptiens… Il jeûnait certains jours à la suite d’une apparition divine… » (Marinus, Vie de Proclus, § 19).

Pour plus d’informations : Néoplatonisme sur Wikipédia

Néoplatonisme et Néopythagorisme

Le terme néoplatonisme englobe aussi le Néopythagorisme, il est difficile de décider si un auteur est néopythagoricien ou néoplatonicien (ainsi pour Porphyre et Jamblique). Pour le philosophe Pythagore (581-497 av. J.C.), les profondes significations symboliques des nombres et leurs relations sous-tendent tout ce existe dans le monde : pas seulement les mathématiques, mais également l’architecture, la musique et le mysticisme. Les réinterprétations ultérieurs des enseignements de Pythagore sont à la base de bon nombre d’enseignements ésotériques : Carrés magiques, Tetractys, Tarot, Nombre d’Or etc…

Pour plus d’informations : Article sur la Géométrie du Sacré (à venir)

La seconde partie de cet article sera consacrée entièrement aux Religions à Mystères dont l’expression est profondémment ésotérique. Ces cultes initiatiques sont apparus dans le monde gréco-romain avant l’ère Chrétienne et ont perdurés un temps pendant celle-ci. Pour montrer l’importance de ces cultes, on a souvent recours à la citation d’Ernest Renan, pour qui :

« Si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste »

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