Liturgie et fêtes païennes – Partie II

A la différence du calendrier civil qui mesure le temps, le calendrier liturgique ne cherche qu’à rythmer l’année par le déroulement des activités du culte. Pendant près de trois siècles, les Chrétiens ne semblent pas avoir célébrés d’autre fête annuelle que Pâques. Puis à partir du IVe siècle, une fête de la conception (Épiphanie) et de la naissance de Jésus-Christ (Noël) vont prendre place à côté des fêtes plus anciennes de Pâques et de la Pentecôte.

Le calendrier chrétien se compose de deux types de fêtes :

  • des fêtes mobiles dont la date varie en fonction de celle de Pâques. Elles sont basées sur le calendrier hébraïque luni-solaire hérité du Judaïsme hellénistique. Dans ce calendrier, les mois sont lunaires mais l’année est solaire. Le premier mois est Nissane, c’est le mois de Pessa’h (Pâques), qui correspond à la Pleine-Lune du premier mois (le 15) et donc à une période entre fin mars et début avril du calendrier grégorien (d’où l’aspect mobile de Pâques).

NdT : La Calendrier juif est composé de 12 mois lunaires commençant à la Nouvelle Lune ; un emprunt au calendrier assyro-babyloniens pendant la Captivité. La semaines de sept jours commençait le dimanche et se terminait le samedi, jour du Chabbat. Conformément à la Genèse (Séfer Béréchit), une journée commençait au coucher du Soleil.

  • des fêtes fixes qui sont des commémorations annuelles dont la date est invariable. Elles sont apparues tardivement au sein de la liturgie, et sont issus de personnalité importante : Pape, Empereur, Roi etc…

Il est inutile de traiter l’ensemble des fêtes du calendrier liturgique, car au cours du temps, celui-ci s’est enrichi de centaines de commémorations et sanctifications, dont la très grande majoritée sont d’origine complètement chrétienne. Dans ce second article, nous parlerons uniquement des fêtes les plus anciennes et donc acceptés par l’ensemble des confessions du Christianisme.

Comme nous l’avons vu dans la première partie de cet article, le calendrier grecque comptait 10 mois et ce sont les romains qui y ajoutèrent Janvier et Février. Jules César en 46 av. J.-C. fit de Janvier le premier jour de l’année. En France, jusqu’en 1564 (sous Charles IX), le 1er Avril était le premier jour de l’année (en raison du retour du Printemps), puis la date officielle du début de l’année fut fixée au 1er Janvier. De nos jours, cette tradition a survécu sous la forme de la fête du 1er d’Avril où il était bon s’offrir des cadeaux puis des farces (les cadeaux étant réservés pour Noël).


l’Épiphanie : 6 janvier (En France, 2ème dimanche après Noël)

Jusqu’à la fin du IVe siècle, l’épiphanie était la seule et unique fête chrétienne célébrant la manifestation du Christ dans notre monde (Incarnation, Visite des Rois Mages, Voix du Père, Colombe du Jourdan, 1er Miracle de Cana). Depuis l’introduction d’une fête de la Nativité (Noël) le 25 décembre, l’Épiphanie s’est spécialisée et a adopté son symbolisme.

Épiphanie est un mot d’origine grecque qui signifie « manifestation » ou « apparition » et dont l’utilisation est antérieure au christianisme. En effet c’est une fête d‘origine païenne, durant laquelle on célébrait les Epiphanes, les  12 Dieux Souverains : Apollon (symbolisant le Soleil),  Aphrodite, Arès, Artémis, Athéna, Déméter, Dionysos, Hadès, Héphaïstos, Héra, Hermès, Hestia, Poséidon et Zeus.

Intimement liée au Solstice d’Hiver (env. 22 déc.) dont elle découle, l’éphiphanie est une célébration païenne de la Lumière. La nuit de Noël (fixé au 25 déc.) est la plus longue de l’année, promesse du retour de la Lumière. La célébration de ce Solstice se prolongeait pendant 12 jours  (en l’honneur des Epiphanes) jusqu’au 6 janvier où les jours commencaient à l’allonger  de façon sensible. Ce choix du nombre 12 porte le symbolisme du tout cyclique : 12 mois, 12 heures, 12 Dieux olympiens, 12 apôtres etc…

Le Christ assimilé au Sol Invictus romain face à la menace des cultes mithriaciques symbolise donc la lumière du monde, le messie. Le mythe des Rois Mages est peut être inspiré par le culte de Dyonisos. Dyonisos était un Dieu extrèmement important pour les romains, diabolisé par le Christianisme, il régne sur le partie sombre du calendrier, sur l’Hiver. Alors que son frère Apollon règne sur les jours lumineux. Dyonisos est un Dieu souffrant et arpenteur (il vit avec les Hommes sur Terre et non sur le mont Olympe), qui éprouve la Vie et les choses. Il naît, meurt  (littéralement qui subit une Passion), puis renaît pour apporter l’immortalité à ses fidèles, les bacchantes (voir notre article sur les Mystères). A son retour, il reçoit l’hommage des rois de la terre, lesquels lui apportent or (souveraineté), encens (pouvoir sacré), et myrrhe (immortalité, car on embaume avec cette substance).

À Alexandrie en Égypte, l’Épiphanie était aussi fêtée les 5 et 6 janvier. Après avoir pleuré la mort du soleil (Osiris), on se réjouissait ces jours-là de la naissance du fils d’Isis, appelé Soleil Naissant. « La Vierge a enfanté. La lumière augmente. » chantaient les Grecs d’Alexandrie à cette occasion. Isis portait beaucoup d’épithètes dont certains ne sont pas sans rappeler Marie ou Myriam (Princesse de la Mer en hébreux) : Stella Maris (Etoile de Mer en grecque), Isis-Meri, Reine du Ciel, Vierge, Mère de Dieu (Horus en tant que Pharaon). (Voir Mystères d’Isis).

Mais l’épiphanie c’est aussi la galette des rois, sa forme ronde symbolisant le Soleil et sa fève, un héritage des fêtes hivernales en l’honneur de Saturne, les Saturnales. C’est un rite dit d’inversion (en Ethnologie) pendant lequel la hiérarchie sociale est temporairement inversée en souvenir de l’âge d’or où Janus et Saturne régnaient et où tous les hommes étaient égaux.

Lors de cet fête les Romains confectionnaient un gâteau contenant une fève et le coupait en un nombre de parts égal au nombre de convives. Un jeune enfant se plaçait sous la table et,  au nom d’Apollon, décidait pour qui était chaque part. La personne qui trouvait la fève  devenait le roi de la famille pour un jour. Cette tradition fut récupérée par l’Église catholique lorsque l’anniversaire de la naissance du Christ fut substitué aux rites du solstice d’hiver. On prit l’habitude de couper une part de plus que de convives, la part restante étant celle de la Vierge, donnée au premier pauvre qui se présentait.


la Chandeleur : 2 février (catholique romain seulement)

Si la tradition de la Galette des Rois remonte à Rome, ce n’est pas vraiment le cas des Crèpes de la Chandeleur. En effet au XII° siècle, lors de cette fête on offrait des galettes aux pélerins. Officiellement appelée la Présentation du Christ au Temple, elle commémore la Présentation de l’enfant Jésus au Temple de Jérusalem (Luc, II, 22). Ce n’est qu’en 1372 que cette fête sera officiellement associée à la purification de la Vierge.

Le nom populaire de cette fête en français, Chandeleur, a une origine latine et païenne : la Festa Candelarum ou fête des chandelles. Les Feralia (office publique) et Parentalia (privé) romaines étaient des fêtes annuelles (du 13 au 21 février) célébrées en l’honneur des morts, et au cours de laquelle le peuple veillait, éclairé de cierges et de torches. Commémorant la recherche de Perséphone (enlevée par Hadès), par sa mère Déméter (voir Mystères d’Eleusis). Perséphone est une déesse double, siégeant dans le monde des morts en automne et hiver, elle est l’épouse d’Hadès. Mais une fois le printemps et l’été venu (grâce au contrat entre Zeus et Hadès), elle revient sur Terre (sous la forme de la Déesse Koré) pour aider sa mère Déméter à restaurer la lumière créatrice.

Nottons aussi que c’est aussi la période du culte des hypercales où, en l’honneur de Proserpine, on mangeait des galettes de céréales et où les champs et les maisons étaient purifiés.

Chez les Celtes, le 1er février, on fêtait le Sabbat Majeur d’Imbolc. Cérémonie en l’honneur de la déesse Brigit, apportant purification et fertilité au sortir de l’hiver. Les paysans portaient des flambeaux et parcouraient les champs en procession, priant la déesse de purifier la terre avant les semailles et de protéger les troupeaux. L’importance de son culte chez les Celtes  conduit les évangélisateurs chrétiens à lui substituer une sainte homonyme, sainte Brigitte. Ce genre de substition est chose courante au sein de la liturgie chrétienne. A titre informatif, le 14 février était aussi le jour des antiques Lupercales. Mais en 494, le Pape Gélase 1er interdisit cette fête païenne et choisit Saint Valentin comme saint patron des fiancés et des amoureux.

A lire à ce sujet  : Lupercales sur Wikipédia


la Saint Jean : 24 juin

La fête de la Saint-Jean est une fête chrétienne en l’honneur de Jean le Baptiste,  cousin de Jésus Christ. Un ascète qui baptisait ses disciples avec l’eau du Jourdan et le Feu. C’est lui qui baptisa Jésus, Agneau de Dieu et qui lui offrit ses premiers disciples.

On nomme Feux de la Saint Jean les grands feux ou buchers qui brûlaient jusqu’au matin (cette nuit étant la plus courte de l’année). Son symbolisme est identique à la Célébration de Litha ou Solstice d’été de l’hémisphère nord (21 Juin). Il semblerait que cette fête soit une assimilation des rites celtes et germaniques de bénédiction des moissons.

En Syrie et en Phénicie, le solstice donnait lieu à une grande fête en l’honneur de Tammuz, qui commençait la veille au soir, comme c’est le vas dans la Saint-Jean traditionnelle. A Rome, pendant cette période (du 7 au 15 juin), on fêtait les Vestalia, en l’honneur des prêtresses vierges, appelées Vestales, qui entretenaient continuellement le feu sacré du Forum romain. Cette cérémonie de consécration des Vestales, des meuniers et des boulanges, se déroulait dans le temple de Vesta (déesse du foyer). Elle était si secrète, qu’on ne sait rien de son déroulement. Les Vestales fabriquaient aussi le Mola Salsa, la farine utilisée lors des sacrifices et des cérémonies.


la Toussaint : 1er novembre (catholique romain seulement)

La première partie de cet article (publié précemment) commencait par une introduction sur la signification d’Halloween et les diverses Fêtes de Morts. Ne pas faire le parralèle entre le Sabbat majeur de Samhain et la Toussaint serait une erreur mais il est pourtant nécessaire d’éclaircir certains points historiques. En effet, le jour de la Toussaint n’a pas toujours été le 1er Novembre.

Jusqu’au Ve Siècle, cette fête fût célébrée le vendredi de Pâques en Syrie et le dimanche de la Pentecôte à Rome. Le 13 mai 610, le pape Boniface IV le consacra le Panthéon de Rome (alors transformé en sanctuaire chrétien) sous le nom de l’église Sainte-Marie-et-des-martyrs. Il voulait ainsi faire mémoire de tous les martyrs chrétiens dont les corps étaient honorés dans ce sanctuaire. La fête de la Toussaint fût donc déplacée au 13 mai.

C’est peut-être à partir du VIIIe siècle qu’elle fût fêtée le 1er novembre, lorsque le pape Grégoire III dédicace, en l’honneur de tous les saints, une chapelle de la basilique Saint-Pierre de Rome. Vers 830, le pape Grégoire IV ordonne que cette fête soit célébrée dans le monde entier.

Affirmer que la Toussaint est une récupération de Samhain est absurde, c’est au mieux un alignement du calendrier devant une pratique païenne encore vivace au Moyen-Age. La Toussaint ne doit pas non plus être confondue avec la Commémoration des fidèles défunts, fêtée le lendemain. Cette dernière est un héritage des lectures monastiques du « rouleau des défunts » qui fut inaugurée par Odilon, abbé de Cluny au XIe siècle.

Même si au final, on peut douter du choix fortuit des dates, il n’en reste pas moins que la Toussaint et la Commémoration des fidèles défunts sont des fêtes d’origine parfaitement catholique. Ce qui n’est du tout le cas d’Halloween qui reste une des seules fêtes païennes encore célébrées publiquement de nos jours. Depuis l’antiquité la nuit du 31 octobre au 1er novembre symbolise pour beaucoup de culture une fenêtre sur le royaume des morts et cela n’est pas près de changer.


Noël ou la Nativité de Jésus-Christ : 25 décembre

Le mot Noël (dont la première attestation écrite date de 1112) est issu par évolution phonétique (nael) et modification vocalique du latin natalis (« relatif à la naissance, natal »).

Noël est une fête chrétienne célébrant chaque année la naissance de Jésus de Nazareth. Historiquement, ni l’année ni le jour de la naissance de Jésus de Nazareth ne sont connues. Les Évangiles selon Matthieu et selon Luc situent la nativité sous le règne d’Hérode le Grand dont le long règne s’achève en 4 avant notre ère. L’estimation généralement retenue par les historiens actuels va de 7 à 5 avant notre ère.

Il est paradoxal que Jésus de Nazareth puisse être né « avant Jésus Christ » : l’origine de l’ère commune est en effet censée être la naissance du Christ. Mais ce début de l’ère chrétienne (Anno Domini), ne ne s’est imposé progressivement en Europe qu’à partir du Ier millénaire, et a été fixé d’après les travaux du moine Denys le Petit réalisés au VIe siècle (que l’on sait à présent être erronés).

Avant de choisir une date de célébration solaire liée au solstice d’hiver, plusieurs dates furent proposées : 18 novembre, 6 janvier… Le 25 décembre marquait depuis Aurélien (v.270) l’anniversaire du Sol Invictus et de la renaissance annuelle de Mithra. Dieu iranien dont le culte avait était adopté par Rome depuis le premier siècle. (voir notre article sur les Religions à Mystères).

Pour des raisons symboliques, et dans un souci de christianiser les anciennes fêtes païennes, c’est le Pape Libère qui, en 354, aurait institué la fête de la Nativité à Rome le 25 décembre, date du Natalis Invicti. Avant cette date, la Nativité était fêtée le 6 janvier et l’est encore par la seule Église apostolique arménienne, alors que l’Église catholique romaine y fête aujourd’hui l’Épiphanie ou Théophanie.

NdT: Il est à noter que la fixation à la date du 25 décembre du Solstice d’hiver est due à une erreur commise par l’astronome Sosigène, lors de la réforme du calendrier à l’initiative de Jules César en 46 avant J.-C., qui fixa les débuts des saisons avec un retard de un ou deux jours par rapport à la réalité.

Bien avant l’apparition du christianisme, l’époque du solstice d’hiver était déjà une période charnière de l’année, qui regroupait de nombreuses croyances païennes relatives à la fertilité, maternité, la procréation. Elle donnait donc lieu à de nombreuses manifestations. Ces traditions antiques ont de nombreux points de similitude avec la fête chrétienne :

I. Les Saturnales s’étendaient du 17 au 24 décembre. Les hommes et les femmes portaient des guirlandes autour du cou et s’offraient toutes sortes de cadeaux. Les gens sacrifiaient aussi symboliquement un mannequin représentant un jeune homme, pensant ainsi transmettre la vitalité du personnage à la nouvelle année (voir notre article sur les Religions à Mystères). Le Brumalia pour honorer Bacchus, été tenue le 25 Décembre et était sûrement liés aux anciennes Lénéennes (Lenaia grec en l’honneur de Dionysos). Le festival comportait des banquets et beaucoup de gaieté en guise de conjuration. Le nom est dérivé du mot latin Bruma,  signifiant « jour le plus court ». La fête des Sigillaires, ancêtre de la Saint Sylvestre, concluait les festivités à la fin du mois de décembre. Pendant ce temps de bascule vers l’an neuf, les gens s’offraient des menus-cadeaux de terre cuite (figurine, poupée).

IV. Le Mithragan est la fête la plus importante du Mithriacisme.  Elle se déroulait chaque année le jour du Solstice d’hiver, jour célébrant de naissance de la divinité et la victoire de la lumière sur les ténèbres (voir notre article sur les Religions à Mystères). Selon la tradition, Mithra serait né « jaillissant du rocher » (petrogène) ou d’une grotte – tandis que des bergers assistent à cette naissance miraculeuse.

V. À partir du règne d’Aurélien (270-275), les Romains fêtent officiellement le Sol Invictus Elegabal (Soleil invaincu). Ce culte reprend des aspects de la mythologie d’Apollon et du culte de Mithra et se concluait par le sacrifice d’un taureau.

VI. Chez les Celtes, lors du Sabbat de Yule, on évoquait le dieu Gargan, un bon géant portant une hotte remplie de cadeaux et décore déjà un arbre, symbole de vie au moment du solstice d’hiver. Tandis que chez les Vikings, un homme habillé d’une grande cape censé représenter Odin le dieu scandinave de la guerre et souverain des divinités nordiques, visitait les maisons afin de demander si tout allait bien et d’offrir des friandises aux enfants sages (Odin chevauchant un Sleipnir). Ce mythe à probablement évolué vers notre Saint Nicolas.

VII. Les cananéens invoquait Ashera, Déesse Mère de la fertilité, épouse de YHWH (El), qu’elle trompe avec Baal. Elle protégeait les nouvaux-nés et les plantations. On la célébrait en dansant autour d’un arbre entouré sur le sol de bougies, décoré d’or et d’argent, de rubans, de figurines d’animaux. A ce sujet le Deutéronome (XII, 21) « Tu ne te planteras point d’emblème d’Ashera, aucun arbre, auprès de l’autel que tu dresseras à l’Éternel ton Dieu ».

Les premiers chrétiens ne fêtaient pas la naissance de Jésus-Christ comme le font les chrétiens d’aujourd’hui. Théologiquement, la royauté du Christ n’étant pas de ce monde, certains comme Origène (milieu du IIIe siècle) refusent de célébrer cette naissance ainsi qu’on le faisait à l’époque pour un souverain temporel (roi, empereur, pharaon, reine). Il aura fallu attendre plus de trois siècles et demi pour que Noël devienne une fête religieuse officielle et encore deux siècles pour que cette fête soit généralisée.


Pentecôte, 50 jours après le dimanche de Pâques.

La Pentecôte  (du grec Pentekostê – πεντήκοντα, cinquantième) est un emprunt tardif au judaïsme (Chavaout), cette fête est apparu un peu avant les ajouts de l’Epiphanie et de Noël. Selon le calendrier juif, Chavouot se déroule « sept semaines entières » (soit cinquante jours) après la fête de Pessa’h (Pâque juive). C’est donc, grâce à Pâques, une fête mobile car issue du même calendrier hébreux. Le judaïsme de la Diaspora, dans sa version hellénistique, c’est-à-dire de langue grecque (Philon), était source d’une certaine sympathie parmis les classes dirigeantes romaines. Le Christianismme, mouvement de renouveau à l’intérieur du judaïsme à probablement essayé de parfaire la religion existante en sélectionnant et en acculturant ce qui attiraient les esprits curieux (Pâques, Chabbat, Eucharistie, Pentecôte, etc…).

La Pentecôte puise ses origines dans une fête païenne célébrant les moissons qui devienfra progressivement la célébration de l’Alliance sinaïtique entre Dieu et Moïse et de l’instauration de la Loi mosaïque. Vers le début du Ier siècle, elle devient l’un des trois grands pèlerinages annuels, surtout célébré par certains juifs hellénisés et par certaines sectes juives (Christianisme) tout en conservant hors de ces groupes minoritaires sa dimension agricole jusqu’au Ier siècle de notre ère. Ce n’est qu’à partir du IIe siècle que le pharisianisme liera la fête de la moisson à la commémoration du don de la Loi au Sinaï.

Dans les traditions chrétiennes, la fête de la Pentecôte est ainsi une occasion spécifique de célébrer le Saint-Esprit, troisième personne de la trinité chrétienne. Si une période festive de cinquante jours est attestée dans certaines communautés chrétiennes à partir de la fin du IIe siècle, elle n’était pas généralisée et ce n’est qu’à partir du IVe siècle qu’est instituée la fête de la Pentecôte.


Pâques : Dimanche suivant la Pleine-Lune de l’Equinoxe de Printemps.

Nous terminerons cette article par la plus importante et la plus ancienne des fêtes Juives et donc Chrétiennes. Pâque, du latin populaire Pascua, emprunté au grec πάσχα páskha, lui-même emprunté à l’hébreu פסח Pessa’h « il passa [par dessus] » d’où « passage », est le nom de la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte. D’après les Évangiles, c’est pendant cette fête juive qu’eut lieu la résurrection de Jésus ; c’est pourquoi le nom en a été repris pour désigner la fête chrétienne.

Pessa’h est la première cérémonie prescrite dans la Bible. Alors que neuf plaies se sont déjà abattues sur l’Égypte et qu’Aaron et Moïse promettent la délivrance pour bientôt, YHWH leur dit de fixer le mois de la germination du blé au cours duquel l’Exode aura lieu, comme le premier mois de l’année. Au dixième jour de ce mois, chaque famille doit se procurer un agneau pour l’offrir à YHWH en l’immolant au soir du quatorzième jour. Son sang doit être pris pour teindre les poteaux et sa chair consommé rôti avec des pains azymes (matzot) et des herbes amères. C’est le pessa’h pour YHWH car « le sang, dont seront teintes les maisons où vous habitez, vous servira de signe: je reconnaîtrai ce sang et je passerai au-dessus de vous ; le fléau n’aura pas prise sur vous lorsque je sévirai sur le pays d’Égypte ».

« Le lendemain, il vit Jésus venir à lui et dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » (Jean 1:29). C’est ainsi que Jean-Baptiste désigne à ses disciples Jésus comme étant le Messie. « Mais il était transpercé à cause de nos crimes, Écrasé à cause de nos fautes ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l’Éternel a fait retomber sur lui la faute de nous tous. Il a été maltraité, il s’est humilié et n’a pas ouvert la bouche, Semblable à l’agneau qu’on mène à la boucherie, à une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a pas ouvert la bouche. » (Isaïe 53:5-7). Voici comme l’Agneau Sacrificiel destiné à protéger les juifs s’est transformé en Jésus-Christ, Agnus Dei. Les symboles du Nouveau Testament du pain et du vin ont été institués afin que les Chrétiens puissent manger le corps du Christ, et boire Son sang. Le sacrifice de Christ a remplacé l’obligation de tuer un agneau de printemps.

Pâques est la plus importante fête religieuse chrétienne d’un point de vue spirituel. Elle commémore la résurrection de Jésus-Christ, le troisième jour après sa passion. La solennité commence le dimanche de Pâques, qui marque la fin du jeûne du Carême, et dure pendant huit jours (semaine de Pâques ou semaine radieuse ou semaine des huit dimanches). C’est à Pâques que l’on bénit le feu nouveau (actuellement le cierge pascal) que l’on conservera jusqu’à la Pentecôte et qui symbolise la lumière qui s’éteint et qu’on rallume, donc la mort et la résurrection du Christ.

Nous pourrions croire que Pâque comme la Pentecôte est juste une assmiliation chrétienne de culte hébraïque, quoi de plus logique ? Mais le cas est plus complexe. Rappelons l’Ancien Testament fût écris par les Juifs en exil dans l’empire Babylonien. « Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre » (Apoc 17 :5).

Les Anciens mésopotamiens croyaient que l’être humain avait été créé par les dieux pour le servir. Peuple profondément paien dont la religion, les cultes et les mythes étaient extrèmement avancés et complexes. La moralité, la philosophie et le polythéisme ambiant ont influencés de quelques manières que ce soit les érudits juifs. Ceux-ci étaient en charge d’écrire l’Ancien Testament pour que le culte ne se perde pas après la destruction du temple de Jérusalem.

Les Babyloniens honoraient la résurrection de leur dieu Tammuz (Dumuzi en sumérien), qui fut ramené des enfers par son épouse/mère, Ishtar (dans la majorité des dialectes sémitiques Isthar se prononce Easter). Il était le dieu-pasteur et le dieu de la fertilité, son retour sur terre est vu comme le début du renouveau de la nature.

Dans la légende, la Descente d’Inanna aux Enfers, il est choisi par sa parèdre pour la remplacer aux Enfers. Il est donc mort, et est alors considéré comme une divinité infernale. Il se fait cependant remplacer une moitié de l’année par sa sœur Geshtinanna. Cela n’est pas sans rappeler le culte Phénicien d’Adonis et d’Astarté, ou même les Mystères d’Eleusis (voir article Religions à Mystère). La symbolique intrinsèque de ce mythe se retrouve aussi bien dans l’histoire des couples Cananéen Baal / Ashtoreth-Ashera que Cybèle / Attis.

La résurrection d’Attis était d’ailleurs fêtée entre le 22 au 27 mars. Le premier jour, le 22 mars, s’appelait Arbor intrat (l’arbre entre), parce qu’alors le pin, symbole d’Attis trépassé, était porté au milieu des gémissements et des pleurs dans le temple de Cybèle, et là orné de couronnes de violettes. C’était un souvenir du jour où la déesse, trouvant sous un pin le cadavre d’Attis, l’avait porté dans sa caverne et arrosé de ses larmes. Du 22 au 24 mars, c’étaient les jours de jeûne et du deuil pendant lesquels les prêtres de Cybèle, les Galles, emportés par un délire furieux, se tailladaient le corps et allant parfois jusqu’à se mutiler à l’exemple d’Attis. Le 25 mars, les pleurs et les sanglots faisaient place à la joie la plus désordonnée; on saluait la résurrection d’Attis et le retour du printemps; enfin le 27 avait lieu une grande procession pendant laquelle l’image de Cybèle était portée sur un char.

Ces rites païens, célébrations de mort puis de résurrection, symbole de fertilité sont universels. Au fil des siècles, de nombreuses coutumes populaires ont été rajoutées reflétant différents folklores païens. Une comparaison des mots utilisés dans les langues germaniques et anglo-saxonnes est intéressante :

Pâques (Chrétien) : Easter (Anglais), Oster (Allemand)
Pâque (Juif) : Passover (Anglais), Pessach (Allemand)

Comment ne pas voir la simitude avec le culte celte d’Eostre/Ostara. Eostre est le nom d’une déesse anglo-saxonne attesté par Bède le Vénérable, un moine bénédictin du VIIIe siècle, dans son livre De temporum ratione. Elle est la déesse de l’Est associèe à la déesse Ostara germanique, à la déesse romaine Aurora de l’aurore, à la déesse Éos grecque. Elles sont toutes dérivées du même prototype indo-européen du nom de Hausos.

Rappelons qu’Eostre avait pour messager des Lièvres (Lapins) et que la tradition d’offrir des œufs remonte à l’Antiquité. Déjà, les Égyptiens et les Romains offraient des œufs peints au printemps car ils étaient le symbole de la vie et de la renaissance.

« Des œufs étaient suspendus dans les temples égyptiens. Bunsen attire notre attention sur l’œuf ordinaire, l’emblème de la vie féconde, sortant de la bouche du grand dieu de l’Égypte. L’œuf mystique de Babylone, qui donna naissance à la Vénus Ishtar, tomba du ciel dans l’Euphrate. » (Egyptian Belief and Modern Thought de James Bonwick, p. 211-212).

L’Église ayant instauré au IVe siècle l’interdiction de manger des œufs pendant le Carême et les poules continuant à pondre, les œufs pondus depuis le début du Carême – n’ayant pas été mangés – étaient alors décorés et offerts. De nos jours, le jeûne n’est plus observé aussi strictement mais la tradition d’offrir des œufs, y compris en chocolat, est restée.


Mot de l’Auteur

Connaître la provenance et l’historicité des cultes du Christianisme n’est pas une démarche anti-chrétienne. C’est juste une entreprise d’érudition qui vise la compréhension des mythes, symboles et philoshophies qui pour la plupart sont millénaires. C’est la connaissance de nous-mêmes, de ce qui nous composes, de notre moralité et de nos processus de pensée. C’est être fou que de rester dans l’ombre.

Affirmer que le Christianisme n’est que plagiat n’a aucun intérêt car c’est complètement faux. Le message porté par cette religion n’est pas toujours original mais il a le mérite d’être clair. Après libre à chacun d’adhérer aux dogmes.

Il a bien longtemps que les Chrétiens ne sont plus persécutés, se placer en martyrs devant chaques tentatives d’explicaiton sur l’origine du Christianisme n’ammène rien sinon la rancoeur des cultes modernes néo-païens qui se sentent spollié.

Le voie Reconstructionniste et le Syncrétisme sont des choses que les Chrétiens partage avec les néo-Païens (Wicca par ex.). Il ne faudra pas s’étonner si l’expression de l’intolérence à l’égard des hérétiques est identique des deux côtés. Vouloir à tout prix faire correspondre des fêtes comme l’Ascension, l’Assomption et la Transfixion avec le calendrier païen n’apporte rien et n’est aucunement fondé.

J’espère que ces deux articles sur les Mystères anciens et la Liturgie et fêtes païennes auront aiguisés votre curiosité et améliorer votre compréhension de la florilège de rites et symboles qui rythme la vie des hommes. (N’oublions pas regarder une nouvelle fois la première image de cet article : la roue solaire avec Jésus en son centre sur le char du Sol Invictus entouré de ses 12 apôtres correspondant au zodiaque).

A suivre, la puration d’un grand dossier sur le néoPaganisme en France.

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