Liturgie et fêtes païennes – Partie I

Pour de nombreux enfants le mois d’Octobre rime avec Halloween. Mais que fait cette étrange célébration au milieu de nos festivités judéo-chrétiennes ? Halloween est une fête bien particulière, persistance chaques années plus vivace, d’un folklore païen révolu. Elle est pour les Celtes, le premier jour de l’année. C’est le 31 octobre que la fête d’All Hallows Eve (le soir de tous les saints en viel anglais) prends vie dans les rues des pays anglo-saxons et depuis 1992 en France.

D’après la liturgie catholique, la 1er Novembre est la fête de la Toussaint qui honore les Saints connus et inconnus. Tandis que le jour de la Commémoration des fidèles défunts est fêtée le lendemain. Cependant, en France, le 1er novembre étant un jour férié, l’usage est établi de commémorer les morts ce jour au lieu du 2 novembre.

Ce mélange entre la Toussaint et la commémoration des morts n’est pas présent qu’en Europe. En Amérique centrale, la culture mexicaine célèbre la Día de Muertos, le Jour des Morts. Ce rite est lui aussi une survivance des croyances païennes mésoaméricaines. On y célèbre le culte des ancètres sous l’égide de la déesse Mictecacihuatl, la « Dame de la Mort », épouse du Seigneur de la terre des morts, Mictlantecuhtli. En Chine c’est Zhongyuanjie, la fête des fantômes errants auxquels ont offre des repas réconfortants et des cérémonies pour leur délivrance.

Une certaine forme de syncrétisme et d’assimilation liturgique fut mise en place au fil du temps par l’église catholique romaine de façon à supplanter les cultes païens encore vivace au début de l’évangelisation. Il est évident que la majorité des fêtes catholiques trouvent bel et bien leurs origines au sein des textes bibliques, mais ils en existent quelques unes qui même si communément admises comme chrétiennes n’en sont pas néanmoins complètement païennes.

Pour mieux saisir les correspondances et les arrangements qui ont été établis au cours du temps, il est nécessaire de prendre connaissance de la vision et de l’organisation du temps à travers les calendriers de deux grandes civilisations dont nous avons particulièrement hérité.

I. Calendrier Romain

L’expression calendrier romain désigne l’ensemble des calendriers utilisés par les Romains jusqu’à la création du calendrier julien en 45 av. J.-C. Il serait, selon la tradition, l’invention de Romulus, fondateur de Rome vers 753 av. J.-C.. Il semble cependant avoir été basé sur le calendrier lunaire grec ou étrusque.

L’année romaine comportait à l’origine 10 mois commençant à l’équinoxe de printemps (ou vernal), pour un total de 304 jours. Les jours restants auraient été ajoutés à la fin de l’année (entre décembre et mars). Elle commençait donc aux alentours du 1er mars.

  • I – Martius : nommé ainsi en l’honneur du dieu de la guerre Mars, gardien des champs et des moissons.
  • II – Aprilis : dédié à la déesse grecque Aphrodite, représentant la germination/reproduction, les plaisirs et la beauté.
  • III – Maius : nommé ainsi en l’honneur de Maïa, très ancienne déesse mère romaine qui apporte la nourriture aux hommes.
  • IV – Iunius : en l’honneur de la déesse romaine Junon qui symbolise le principe féminin, la force de fécondité au sens propre.
  • V – Quintilis : en l’honneur de Jules César qui établi le calendrier Julien en 45 av. J.-C.
  • VI – Sextilis : en l’honneur de l’Empereur Auguste, successeur de Jules César.

September, October, November, December furent nommés selon leur position, c’est pour cela qu’actuellement Septembre est le neuvième mois.

Lors de la réforme de Numa Pompilius, on ajouta deux mois supplémentaire et un Mens intercalaris de 29 jours tous les 4 ans :

  • XI – Januarias : en l’honneur du dieu Janus, le gardien des portes. Présidant aux commencements et aux passages.
  • XII – Februarias : provenant du verbe Februare signifiant purifier.

Ce qui donnera le nombre, l’ordre et les noms que nous connaissons actuellement. Il est à noter que certains jours étaient particuliers, ainsi les Calendes désignaient le premier jour du mois et devait correspondre à une Nouvelle Lune. Le 15e jour des quatre mois longs de 31 jours, ou le 13e jour des autres mois était nommé Ides (et correspondait à la Pleine Lune). On comptait les jours par anticipation de ces jours remarquables. Le neuvième jour avant les Ides était aussi un jour remarquable nommé None et correspondait au premier quartier de lune.

Une semaine romaine comportait à l’origine 10 jours, le mois était donc composé de 3 Decadi (comme pour les Chinois et les Égyptiens). Puis sous la réforme la semaine commerçante fut instauré avec ses 8 jours. C’est bien plus tard, sous influence Judéo-Chrétienne que la semaine de 7 jours que nous connaissons fut créée.

1. Lunæ dies : jour de la Lune.
2. Martis dies : jour de Mars.
3. Mercurii dies : jour de Mercure.
4. Jovis dies : jour de Jupiter.
5. Veneris dies : jour de Vénus.
6. Sambati dies : jour de Saturne et du chabbat.
7. Dominica dies : jour du Soleil et du Seigneur.

Nous remarquerons donc que les Romains comme la majorité des civilisations antiques ont organisé et appréhendé le temps par rapport aux évènements astronomiques que sont les cycles de la Lune, les saisons solaire et les planètes visibles.

II. Calendrier Celte

La connaissance du calendrier celte nous provient essentiellement du calendrier gaulois de Coligny. Ce calendrier luni-solaire se compose de 5 années de 12 mois de 29 ou 30 jours. Le jour gaulois « Latis » débute à la nuit tombée, le changement de date intervenant ainsi au coucher du soleil.

Priorité donc à l’obscurité et à la nuit, le début des mois commençait à « Atenoux« , la Pleine Lune. C’est donc complètement l’inverse de la civilisation romaine, car pour les Celtes, tout commençait par le processus de gestation.

« …les débuts de mois et d’années, sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit ». Jules César


I. Samonios (matu)    VII. Giamonios (anmatu)
II. Dumanios (anmatu)    VIII. Simivi Sonnios (matu)
III. Riuros (matu)    IX. Equos (anmatu)
IV. Anagantios (anmatu)    X. Elembius (anmatu)
V. Ogroniv (matu)    XI. Aedrinnis (matu)
VI. Cutios (matu)    XII. Cantlos (anmatu)

NB: Les mots « matu » et « anmatu » indiquent les périodes fastes et les jours néfastes.

A la fin d’une période de 30 ans (un « siècle » celtique), l’ajout de deux mois supplémentaires est nécessaire pour le faire coïncider avec le calendrier solaire :

  • Ciallos (entre Cutios et Giamonios, matu)
  • Quimon (entre Cantlos et Samonios, matu)

Les recherches archéologiques et historiques sur le calendrier de Coligny ont permis de mettre en évidence que les Celtes célébraient huits grandes fêtes liées au cycle des saisons et aux rythmes agraires : quatre fêtes agraires correspondant au mouvement de la Lune et quatre fêtes solaires (2 solstices et 2 équinoxes). Pour plus de facilité et de compréhension, nous garderons le calendrier commun comme base de référence temporel (dates et lunaisons).

Sabbats Majeurs
Samhain : 31 octobre (11ème NL) : Réunion
Imbolc : 1 février (2ème PL) : Lustration
Beltane : 1er Mai (5ème PL) : Feu de Bel
Lughnasadh : 1er Août (8ème PL) : Assemblée de Lug
Sabbats Mineurs
Yule : Solstice d’Hiver (21 déc.)
Ostara : Equinoxe de Printemps (21 mars)
Litha : Solstice d’été (21 juin)
Mabon : Equinoxe d’automne (21 sept.)

 

La Liturgie (sous son sens moderne) est l’ensemble des célébrations et cultes publiques symbolisants les rythmes naturels. Transposé sur un calendrier, elle règle les activités du peuple qu’elles soient de nature agraire, philosophique ou religieuse.

« … dans la liturgie, rien n’est représenté, tout a lieu en vrai » Valère Novarina

Le calendrier chrétien en cours en Europe regroupe l’ensemble des fêtes catholiques, protestantes et orthodoxes. Dans la seconde partie de cet article, riche des informations sur la vision et la gestion du temps de l’antiquité, nous allons nous interesser à l’origine et au symbolisme immémorial des fêtes païennes qui ont survécus au sein de ce monde judéo-chrétien.

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