Qu’est-ce que le Spiritisme ?

Le mot spiritisme a été défini pour la première fois par Allan Kardec dans l’introduction du « Livre des Esprits« , publié le 18 avril 1857. Le spiritisme est une doctrine fondée sur l’existence, les manifestations et les enseignements des esprits, le plus souvent des esprits humains désincarnés. Le sens du mot spiritisme s’applique également, de manière plus large, à un courant religieux animiste disparate dont les pratiques cherchent à entrer en communication avec ces esprits par divers moyens, comme des sujets en état de transe (médiums) ou des supports inanimés (tables tournantes).

« L’homme n’est pas seulement composé de matière, il y a en lui un principe pensant relié au corps physique qu’il quitte, comme on quitte un vêtement usagé, lorsque son incarnation présente est achevée. Une fois désincarnés, les morts peuvent communiquer avec les vivants, soit directement, soit par l’intermédiaire de médiums de manière visible ou invisible (Le livre des Esprits) »

Spiritisme et Spiritualisme

Dans le vocabulaire courant, le mot « spiritisme » désigne les pratiques popularisées aux États-Unis par les sœurs Fox à partir de 1848, comme celle des « tables tournantes », et toutes les méthodes visant à communiquer avec l’au-delà. En fait, il y là un abus de langage, même si l’usage l’a consacré, puisque le mot ne fut inventé par Allan Kardec, qu’en 1857, pour désigner sa doctrine. Jusque là on parlait de « phénomènes magnétiques », de « phénomènes du spiritualisme », ou « spiritualisme moderne », ou de « spiritualisme américain ». Si le terme s’est imposé rapidement c’est parce qu’il permettait de lever une ambiguïté lexicale.

En effet, la traduction de spiritualism (le mot en usage dans les pays anglo-saxons) par « spiritualisme » passait mal en français, parce que ce mot avait déjà une signification, celle du spiritualisme philosophique. Ainsi, le mot « spiritisme », conçu à l’origine pour nommer exclusivement la doctrine spirite française, s’appliqua progressivement à l’ensemble des croyances et activités liées à la communication avec les esprits, à travers le monde.

Les Précurseurs


Emmanuel Swedenborg (1688-1772)

À l’âge de 56 ans, il abandonna ses recherches scientifiques pour s’adonner entièrement à la recherche théologique, psychologique et philosophique dans le but de faire découvrir aux hommes une spiritualité rationnelle basée sur des visions de l’au-delà. C’est en 1743 qu’il eut sa première expérience mystique. Il en parla ouvertement dans une lettre à son ami le Dr Hartley : « J’ai été appelé à une fonction sacrée par le Seigneur lui-même, qui s’est manifesté en personne devant moi son serviteur. Alors il m’a ouvert la vue pour que je voie dans le monde spirituel. Il m’a accordé de parler avec les esprits et les anges … »

Sa recherche insatiable du siège de l’âme le conduisit à rencontrer les célébrités scientifiques de l’époque : Isaac Newton, Leibniz, des membres de la Royal Society, des universitaires d’Oxford et de Cambridge. Il devient végétarien, et voyage de par l’Europe, mécéné par le roi Charles XII et le duc de Brunswick, afin d’étudier, écrire et imprimer les fruits de ses recherches. Il exerça sur eux, ainsi que sur Voltaire, une certaine influence. Il mourut en 1772 après avoir écrit plus d’une centaine d’ouvrages sur tous les sujets énumérés. Quelques-uns ont été traduits en français. Après sa mort, sa pensée inspira diverses mouvances religieuses ou maçonniques.

Franz Anton Mesmer (1734-1815)

Ce médecin allemand découvri le « magnétisme animal », et élabora une méthode appelée mesmérisme. Il s’agissait alors d’une nouvelle thérapeutique liée à une façon originale de concevoir la santé et la maladie. En 1779, dans un Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Mesmer exposa en vingt-sept points les principes de son système. Il affirma qu’un fluide physique emplit l’univers et relie les hommes, les animaux, la terre et les corps célestes entre eux. La maladie ne serait que le résultat d’un engorgement de cette « énergie » à certains endroits du corps. Rétablir une circulation harmonieuse du fluide favoriserait la guérison. Un des disciples de Mesmer, Armand Marc Jacques de Chastenet de Puységur, fit la découverte du somnambulisme magnétique, ancien nom de l’hypnose. Les études sur le fluide des êtres vivants conforteront Allan Kardec dans sa théorie qui affirme que ce fluide est le moyen utilisé par les esprits pour se manifester.

Les Fondateurs

Sœurs Fox : Leah (1814-1890), Margaret (1836-1893) et Kate (1838-1892)

Durant la nuit du 31 mars 1848, dans une petite ferme réputée hantée, à Hydesville, près de la ville de Rochester dans l’État de New York, Margaret et Kate, filles du pasteur David Fox, établissent un contact par conversations par coups frappés avec un supposé « esprit » nommé Mr. Splitfoot (M. Pied fourchu). L’entité déclare se nommer Charles B. Rosma, colporteur assassiné dans cette maison et dont le cadavre avait été enterré dans la cave d’où proviennent les coups. On fouille le sol de la cave à une profondeur d’un mètre cinquante. Mr. Fox et ses voisins découvrent du charbon de bois, de la chaux vive, des cheveux et, après expertise, des ossements humains.

Les « évènements de Hydesville » donnent ainsi naissance à un véritablement phénomène de société. Moins de six ans après, en 1852, l’engouement pour le spiritisme atteint son comble aux États-Unis : trois millions d’adeptes, d’innombrables médiums ainsi que de nombreuses revues spécialisées. Parmi les adeptes se trouvent des personnalités telles que Victor Hugo et Arthur Conan Doyle, ainsi que de nombreux savants et intellectuels. Le mouvement gagne l’Europe : Helena Blavatsky, Leonora Piper, Allan Kardec, Raspoutine, Houdini et Arthur Ford.

Daniel Dunglas Home (1833-1886)

Ce personnage deviens célèbre grâce à de nombreuses exhibitions de ses dons de lévitation, de voyance et de médiumnité. Il se présente comme un homme doux et charmeur qui se plait dans un certain luxe, même s’il refuse toujours de faire payer ses démonstrations. Il est invité dans les salons et les cours d’Europe. Il compte parmi ses admirateurs et protecteurs l’empereur Napoléon III, le tsar Alexandre II de Russie et le roi Maximilien II de Bavière. Le 16 décembre 1868, un événement fera date dans la carrière de Home. Alors qu’il se trouve en Angleterre, il va devant quatre témoins, lord Adare, lord Lindsay, Le capitaine Wynne et Smith Barry faire une démonstration surprenante. En état de transe, son corps en position horizontale commence à s’élever dans les airs, sort par la fenêtre, flottant ainsi à 20 mètres au-dessus du sol, puis rentre dans le petit salon voisin par une autre fenêtre. Il revient ensuite dans la chambre avec lord Adare. Celui-ci ne comprenant pas comment il est parvenu à passer par la fenêtre à demi ouverte, Home réitère cet exploit une seconde fois. Cette démonstration n’était pourtant pas la première. Déjà, en 1866, Home s’était élevé jusqu’au plafond d’une pièce et y avait tracé une croix au crayon pour prouver aux témoins qu’ils n’avaient pas été victimes d’une hallucination collective. Au cours de sa carrière, il aurait ainsi présenté ses capacités de lévitation devant témoins une cinquantaine de fois environ.

Allan Kardec (1804-1869)

De son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, est considéré comme le fondateur officiel de la doctrine spirite ou spiritisme. Il est généralement surnommé le « codificateur du spiritisme ». Instituteur lyonnais, Allan Kardec s’intéresse d’abord aux recherches sur le magnétisme et l’hypnose. Il observe les réunions médiumniques qui se multiplient en Europe après l’aventure des sœurs Fox. En 1853, l’académicien Saint-René Taillandier lui remet des messages retranscrits par des médiums. Kardec se lance alors dans une analyse des phénomènes supposés faire intervenir des esprits. Après un travail de synthèse, il publie le 18 avril 1857 son œuvre majeure : Le livre des Esprits. En 1858, il fonde la Société parisienne d’études spirites, ainsi que le journal : La Revue spirite. Par la suite, il rédige Le Livre des médiums, L’Évangile selon le spiritisme, Le Ciel et l’Enfer et La Genèse selon le spiritisme. Pour Allan Kardec, la compréhension de la philosophie spirite prime largement sur les expériences de communication avec l’au-delà.

La Survivance

En Europe, le spiritisme est un courant très minoritaire. En France, si la tombe d’Allan Kardec demeure perpétuellement fleurie au cimetière du Père-Lachaise, le pays ne compte qu’une vingtaine de centres spirites. Au Portugal, par contre, chaque région possède entre deux et dix centres spirites. Au Royaume-Uni, plus de soixante Églises spiritualistes couvrent tout le territoire. Un Conseil Spirite International a été fondé en 1992 et revendique fédérer près de 10 000 associations, 20 millions de pratiquants réguliers, dans 84 pays membres. À ces chiffres s’ajoutent des dizaines de millions de sympathisants et de pratiquants amateurs. Des colloques nationaux ou internationaux sont régulièrement organisés. La situation du spiritisme dans le monde demeure néanmoins très contrastée.

Evolution et dérives

Il est important de comprendre que le Spiritisme n’est pas un ensemble de techniques médiumniques. C’est une doctrine philosophie, parfois même classé comme religion. Nous allons cependant détailler les techniques modernes les plus courantes utilisés pour la communication avec des esprits.

Les tables tournantes

Les participants se tiennent assis autour d’une table en bois. L’énergie des médiums permet aux esprits de produire des coups à l’intérieur de la table. Les coups permettent des échanges : un coup = oui, deux coups = non, par exemple. Technique archaïque dont Allan Kardec disait déjà « Ce mode primitif et long se prête difficilement à des développements d’une certaine étendue ». Bien qu’abandonné depuis un siècle, ce procédé représente un stéréotype attaché au spiritisme.

Le ouija et la technique du verre

Les participants se tiennent assis autour d’une table sur laquelle est posée une planche marquées des lettres de l’alphabet. Au-dessus de la planche est posé un petit triangle en bois (ou un verre retourné). Les participants approchent leurs doigt du triangle (ou du verre) jusqu’à l’effleurer. L’énergie supposée des médiums sert alors aux esprits pour déplacer l’objet vers les lettres, afin de constituer des mots et des phrases. Les participants entraînés pourraient éloigner leur main de l’objet, qui se déplacerait alors sans aucun contact. Cette méthode est réputée demander beaucoup d’énergie au médium qui ressent souvent de la fatigue. Par conséquent, les pratiquants réguliers choisissent de l’éviter.

L’écriture automatique

L’écriture automatique se pratique aussi bien seul qu’en groupe. Il correspond à la méthode la plus répandue, car devenir « médium écrivain » ne nécessite qu’un entraînement limité. Le pratiquant s’assoit à une table, pose une feuille de papier devant lui et tient un stylo en main au-dessus de la feuille. Le but est de laisser les esprits influencer les pensées ou les doigts du médium. Au bout d’un ou plusieurs essais, il peut se produire deux types de phénomènes : L’écriture automatique inspirée (ou intuitive) & L’écriture automatique mécanique

L’incorporation

Considérée comme le plus haut niveau de la médiumnité, cette technique se pratique toujours en groupe. Le médium se relaxe totalement et laisse un esprit s’adresser directement à l’assemblée, à travers lui. Le médium peut, soit rester conscient, on parle alors de « transe partielle », soit perdre connaissance, on parle alors de « transe totale ». Dans les cas de transe partielle, le timbre de voix correspond à celui du médium, qui parle sous inspiration. Dans les cas de transe totale, la voix entendue correspond à celle de l’esprit et non plus au timbre de voix du médium. De plus, l’esprit s’exprime dans la langue qu’il connaît. Ainsi, il est possible que l’esprit parle à travers le médium en latin ou en russe, alors que le médium ignore totalement ces langages. Ce phénomène possède également le nom de Glossolalie.

La matérialisation

Les médiums jouent un rôle totalement passif et tombent parfois dans un état de sommeil profond. L’énergie corporelle des médiums est utilisée par les esprits pour densifier leur propre corps spirituel (également appelé Périsprit). Selon le degrés de matérialisation différents phénomènes peuvent se produire :

  • Un début de matérialisation

Le corps immatériel de l’esprit n’est pas assez densifié pour être visible à l’œil, mais il l’est suffisamment pour permettre à l’esprit de déplacer un objet… ou pour donner un coup sur la tête d’un participant. Par conséquent, un crayon paraît écrire tout seul, des instruments de musique semble jouer tous seuls… etc. Neale Donald Walsch, dans Conversations avec Dieu expose ce cas.

  • Une matérialisation partielle

L’esprit dispose de suffisamment d’énergie pour densifier une partie de son corps spirituel, jusqu’à la rendre visible et palpable. Ainsi son visage ou sa main semble flotter dans l’air, alors que le reste de son corps demeure invisible à l’œil. Un esprit qui parvient à densifier son larynx peut être entendu par tous les témoins de la scène. Les adeptes du Spiritisme parlent de « voix directe ».

  • Une matérialisation complète

L’esprit possède la connaissance nécessaire, ainsi qu’un quantité d’énergie colossale, pour densifier intégralement son corps spirituel. Il se matérialise totalement, avec tous ses organes, et rien ne le distingue d’un être ordinaire. L’esprit peut donc apparaître dans un endroit complètement clos, avec portes et fenêtres verrouillées. Cette matérialisation n’est que temporaire. Au bout d’un temps plus ou moins long, l’esprit se dématérialise progressivement jusqu’à disparaître. Florence Cook matérialisait ainsi « Katie King ».

La transcommunication instrumentale

La transcommunication instrumentale est un sigle inventé dans les années 1980 par le physicien allemand, Ernst Senkowski pour désigner l’ensemble des moyens de communication avec des esprits faisant intervenir des appareils électronique, comme des objets usuels tel les téléphones, les magnétophones, les téléviseurs ou des ordinateurs servant lors d’expériences de support de communication avec l’au-delà. Ces équipements permettent de conserver une trace des enregistrements. Cependant, il semblerait que la présence d’un médium à proximité reste nécessaire pour amplifier le phénomène. Les chercheurs en TCI ne souscrivent pas nécessairement à la doctrine spirite d’Allan Kardec et certains ne retiennent du spiritisme que son enseignement pratique.

Conclusion

Cet article n’a pas pour but de promouvoir le mouvement le Spiritisme. Nous n’avons aucune affinité avec cette doctrine et encore moins avec la pseudo-spiritualité qui en découlerait. Néanmoins, nous tenions à montrer que le Spiritisme n’est pas simplement un procédé mais une véritable religion qui évolue sans cesse.

Si le sujet vous intéresses, nous ne pouvons que vous conseiller quelques recherches sur les tests du Mesmérisme par l’Académie Science et de Médecine Française, les aveux des Soeurs FOX et les extraordinaires résultats de Home avec Sir William Crookes et la S.P.R. (voir ce sujet sur les Poltergheist aussi). Sans oublier, bien sûr, la lecture de l’Erreur Spirite de René Guénon.

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