Longanist, le fléau de l’île Maurice

Après notre article sur la « Mosavy, la sorcellerie malgache«  nous tenions à vous parler d’une autre forme de sorcellerie qui fait des ravages sur l’Ile Maurice. Cet article ne vous présentera pas l’aspect historique ou ésotérique de la sorcellerie mauricienne, mais plutôt du véritable problème de société engendré par des croyances séculaires, qui sont de nos jours totalement bafouées et utilisées à tort.

Attention cet interview ne reflète pas forcément l’orientation et les opinions de nAO. Conformément à notre ligne éditoriale, chacun est libre de s’exprimer sur notre thématique générale. Je vous présente donc cela dans un but informatif en espérant déclencher de riches échanges sur ce sujet.


Sur l’île Maurice, le monde de la sorcellerie, de la magie noire et de l’ésotérisme est un étrange milieu d’amalgames que fréquente une importante partie de la population. Du simple agriculteur aux hommes politiques, tous s’adressent à ces « Longanists« . Ils sont à la fois envoûteurs et guérisseurs, sorciers et voyants.

Ils se targuent, tout comme nos Marabous, d’ammener une réponse ou une solution magique à des problèmes sociaux courants : réussir ses examens, faire revenir la femme ou le mari infidèle, punir les ennemis ou concurrents, etc…

Ils fascinent tout autant qu’ils sont craints. On leur prête d’innombrables pouvoirs venus du monde des morts, avec lesquels d’ailleurs ils prétendent entrer en contact. Nous les connaissons sous différents noms (sorcier, longanist, treter, dokter, ou encore féticheur), mais quelle que soit leur appellation, ils ont en commun un goût prononcé pour les mises en scène et autres rituels bizarres.

Des mercenaires de l’ésotérisme

 

A chaque fois que l’on consulte son « traiteur« , ce dernier immanquablement dira qu’une malédiction pèse sur vous, ou qu’un membre de votre famille ou un voisin vous a jeté un mauvais sort. Pierre Manoury (écrivain prolifique en ésotérisme) qualifie les longanists de mercenaires de l’ésotérisme. Il nie qu’il y est à Maurice des personnes pouvant nuire à autrui par le biais des sciences occultes. Mais il reste cependant persuadé qu’il y ait des gens avec des dons de voyance ou de guérisseur.

Un de ceux-là est Shan qui officie dans le Sud. Il dit avoir eu ce don à l’âge de sept ans. Dans sa maisonnette, Shan reçoit une bonne quarantaine de personnes par jour. C’est dans une chambre où se trouvent des photos mais aussi des statuettes du Christ, de Saint-Antoine de Padoue, de la déesse Kali, de Muruga, de Shivji, de Mariamen, etc… que Shan, né Catherine, exerce ses dons. «Je guéris par les prières et je vois par le biais de la méditation et de la cartomancie. Je ne fais que le bien et jamais le mal», dit-il.

Shan à une opinion bien tranché sur ces traiteurs qui disent pouvoir réaliser monts et merveilles mais qui saignent à blanc leurs clients. «Ils réclament Rs 25 000 à Rs 50 000, font tout un cinéma. Ils vont même jusqu’à emmener leur client au cimetière pour y enterrer des vêtements dans le but de punir et de faire du mal au concurrent de leur client. Je crois qu’il est grand temps que les Mauriciens réalisent que tout cela n’est que de l’escroquerie», confia Shan.

La psychologue Véronique Wan Hok Chee a une explication. «Les gens cherchent une solution rapide à leurs problèmes. Souvent, ceux qui vont voir le traiteur sont des gens qui ont tout essayé et qui sont fragilisés psychologiquement. Malheureusement les traiteurs profitent de cette fragilité.»

Communiquer avec l’au-delà

 

Véronique Wan Hok Chee souligne aussi que dans l’imaginaire de beaucoup de Mauriciens, le traiteur est investi d’un certain pouvoir, et de la faculté de pouvoir communiquer avec l’au-delà. Ceux qui ont recours aux traiteurs le font par tradition. «Il y a eu grand-mère, grand-père, l’oncle ou la tante qui fréquentaient le traiteur et la jeune génération suit», dit-elle.

Le psychologue et naturothérapeute Kurt Barnes met, quant à lui, le doigt sur un autre aspect de la chose. «En 2002, une étude publiée dans le Washington Post révélait que dans le cas d’un antidépresseur, le placebo donné aux volontaires avait un taux de guérison de 32 %, la plante, à partir de laquelle le composant actif de l’antidépresseur avait été isolé, donnait 24 % et le médicament lui-même 25 %.»

Ainsi l’aspect suggestion ammenée par la consultation du traiteur a bien souvent des effets psychothérapeutique sans le vouloir. Mais hélas, cela déborde trop souvent dans le macabre. En effet, pour Kurt Barnes, les longanists sont souvent des gens de peu d’éducation, qui interprètent très mal la symbolique ésotérique.

Il souligne que Le sang de dragon, le sang humain, le pied de lion, l’œil de bœuf sont des plantes ou des fleurs. On trouve des recettes qui parlent de la consommation de ces plantes dans les livres anciens. Le longaniste n’ayant pas de culture botanique peut facilement mal interpréter et c’est la dérrive dans l’inacceptable.

L’Auto-Envoutement

 

L’exploitation de la crédulité des gens au moyen de performances théâtrales au caractère mystérieux n’est qu’un aspect de la chose. Car il arrive, bien souvent, que certains soient tellement sous l’emprise de la sorcellerie, qu’ils finissent par sombrer dans une sorte de pathologie psychosomatique. Selon la neuropsychologue Saleena Harris, la sorcellerie est, à la base, une croyance qui semble réelle aux personnes qui en ont recours. « Si quelqu’un croit en la sorcellerie, pour elle, cette pratique occulte a l’air de fonctionner vraiment », explique-t-elle.

« Cette croyance a été implantée chez cette personne par quelqu’un d’autre, et elle devient ainsi la victime dans cette situation », poursuit notre interlocutrice. Les victimes y voient, ainsi, une énergie humaine extérieure pour exercer un pouvoir ou dominer autrui. « Est-ce que le fait de croire intensément dans la sorcellerie veut dire que la personne est malade ? Oui, et elle aura besoin d’aide pour s’en sortir », ajoute Saleena Harris.

Cette influence trouve son explication par la science de la neuropsychologie. Saleena Harris explique que, tout comme pour la méditation ou les prières conventionnelles, les personnes enclines à la sorcellerie y trouvent une satisfaction. « Le fait de s’adonner à ce genre de pratique stimule la partie du cerveau qu’on appelle le système lymbique, qui produit, à son tour, une réponse émotionnelle à la personne qui perçoit les effets de la sorcellerie », affirme la neuropsychologue.

Cet effet psychiatrique, plus prononcé que la simple crédulité, encourage et alimente la pratique de ces sorciers qui n’ont aucune maturité intellectuelle, culturelle ou encore religieuse. Ils font un amalgame entre l’hindouisme, la sorcellerie malgache, le satanisme, etc. « Fondamentalement, si on croit vraiment aux grands courants spirituels, cela ne peut pas marcher. On ne peut pas mélanger le culte d’un dieu hindou à celui d’un saint catholique ou encore d’un esprit malgache ! », argue Pierre Manoury.

Grimoires venus d’Europe

 

Ainsi, outre les pratiques importées de Madagascar, et qui seraient notoires dans le giron des longanists, il existerait des grimoires et autres manuels d’apprentis sorciers, venus d’Europe, et qui circulent à Maurice. « Parmi eux, on retrouve des titres tels que La poule noire, Le vieillard des pyramides ou Le dragon rouge », déclare Pierre Manoury. « Face à une section de la population qui est vulnérable de par sa situation sociale précaire ou encore fragilisée par des problèmes, l’apport des grimoires et les récupérations et mauvaise interprétations d’autres religions donnent plus de crédibilité aux sorciers », poursuit notre interlocuteur. Ainsi, dans la tête des gens, plus c’est sordide, plus cela devrait marcher.

Aspirations des Mauriciens

 

Les personnes qui ont foi dans de telles pratiques ont des ambitions, des passions, des envies, mais n’ont pas le niveau de culture, d’éducation, ou la chance pour les réaliser. « Alors ils rêvent et pensent que s’ils ont le pouvoir et de l’argent, ils pourront y arriver. C’est alors qu’on commence à désirer des talismans et autres gris-gris. La prochaine étape, c’est d’aller voir le longanist », confie Pierre Manoury.

Et ces derniers ne lésinent pas sur les moyens pour bâtir leur notoriété. Profitant de la crédulité des gens et utilisant des mises en scène au moyen de rituels et d’objets jugés « occultes », ces « dokter » cultivent l’image de leur pratique. « Dans l’Occident, la magie noire était, dans un premier temps, réservée aux intellectuels, les rites sataniques étant le fruit des déçus de l’Église. Mais il y a aussi la basse sorcellerie, affirme Pierre Manoury. C’est en majorité ce genre de personnes qui opère à Maurice. »

Pour information, la loi mauricienne punit tout acte de sorcellerie par une peine d’emprisonnement d’un mois et d’une amende n’excédant pas Rs 2 000. Alors que le coût moyen d’une consultation chez un longanist est de RS 10000.


Petit Lexique de la sorcellerie mauricienne

  • Kas baraz : Le sorcier fait des incantations pour enlever les « obstacles » qui empêcheraient son client d’atteindre les buts qu’il se serait fixés, tant sur le plan personnel que professionnel.
  • Li mars marse : Se dit d’une personne qui fréquente assidûment les longanistes et qui s‘est elle-même initiée à la sorcellerie.
  • Finn aranz ou : Un sort jeté par une personne malveillante à un concurrent ou à un rival pour lui nuire. Il s’agit, le plus souvent, d’un acte de vengeance.
  • Dahinn : Tueur ou tueuse d’enfants dont le but est d’enchaîner leurs âmes afin qu’elles deviennent des esclaves à leur service.
  • Instal li : Jeter un sort à quelqu’un pour lui nuire et tout faire pour lui mettre des bâtons dans les roues.
  • Enn move zer : Avoir de la malchance, souvent assimilée à la présence d’un esprit mauvais.

4 commentaires

  • Saisissez votre commentaire ici.saleena ne sais pas ce qu’elle parle ,elle ne connais rien dans la sorcellerie ,tout contrairement ce qu’elle dit .

  • c un truc de banal

  • ce docteur a la foi en la médecine donc elle est la première malade.
    pour pierre manoury qu’il retourne dans sa Bretagne

  • « A mal nommer les choses on ajoute au malheur du monde » .Je vous serai reconnaissant de rectifier le fait que Pierre Manoury serait un mauricien . En effet il n’est pas un natif de l’île Maurice. Merci par avance

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