Les Mythes Māori – Partie I – Cosmologie

La mythologie Māori se développe en trois étapes: la généalogie cosmogonique (histoires sur les Dieux et les Hommes), les mythes Maui et les mythes Tawhaki. Nous traiterons ici de la première étape. Les Māori croient que l’évolution de l’univers est incarnée sous forme généalogique. Il existent de nombreuses versions de ces généalogies mais les même termes reviennent constamment: Te Kore – le Néant, Te Po – l’obscurité, Te Aomarama – le monde de la lumière

Les fils du Ciel et de la Terre

« Au début il y avait la Nuit – l’Immense Obscurité. Ensuite Papa, la Terre, pour toujours clémente, Mère de tout, et notre Père, Rangi le Juste – le Ciel – confusément enlacés l’un à l’autre; et entre eux, étendus à l’étroit leur enfants géants… »1

Les versions peuvent différer sensiblement mais la cosmogonie généalogique culmine toujours avec l’apparition de Ranginui (Ciel) et Papatuanuku (Terre). Rangi et Papa étaient mari et femme. Leur étreinte donna naissance à six fils, les atua (dieux) des Māori . Chacun est la représentation des forces de la nature, des éléments:

  • Tawhiri-matea – le dieu des vents et tempêtes (l’Eole de la cosmogonie māori)
  • Tangaroa – le dieu de l’océan et de toutes les créatures qui le peuplent
  • Tane-Mahuta – le dieu des forêts et de tous les créatures qui les peuplent
  • Rongo – le dieu des cultures et de la paix * Haumia – le dieu des fruits sauvages
  • Ruwaimoko (ou Ruaumoko) – le dieu des volcans et des tremblements de terre
  • Tu-mata-uenga (« visage en colère » Tu) – le dieu des hommes, de la guerre et de tous les arts guerriers. Il est le dernier né.

Les enfants vivaient dans l’obscurité, entre les corps enlacés de leurs parents. Désireux d’accéder à la lumière et à la connaissance ils décidèrent de séparer Ranginui et Papatuanuku. Après plusieurs essais, ce fût Tane-Mahuta qui finalement réussit à dénouer l’étreinte; il plaça ces épaules contre la Terre et ses pieds sous le Ciel et poussa de toutes ses forces. La Mère Terre et le Père Ciel se mirent à saigner (cela donna l’ocre – la terre rouge – couleur sacrée des Māori ). Rangi et Papa finirent par céder et pour la première fois la Terre et le Ciel furent clairement définis. Te Aomarama, le monde de la lumière, le troisième état d’existence, après Te Kore et Te Po, débuta. Le monde des hommes. On raconte que la pluie est le signe que Papa et Rangi pleurent encore leur séparation.

Cette séparation est parfois perçue comme étant le premier hara – crime – dans l’histoire de la création. La lumière apporta la connaissance du bien et du mal ( analogie avec l’arbre de la connaissance et du fruit défendu). Les Dieux commencèrent à se disputer au sujet de la séparation. La légende dit que Tawhiri-matea, dieu des vents et tempêtes, était opposé à la séparation, il craignait que son royaume ne soit renversé. Il rejoignit alors son père dans le ciel et déchaîna ses violents orages, ses torrents de pluie et de grêle, ses ouragans furieux sur les terres et les océans. Il s’attaqua à Tane et aux forêts. Il attaqua Tangaroa, fouetta la surface des océans, créa de puissantes vagues et les envoya s’écraser sur les terres. Les descendants de Tangaroa furent forcés de chercher refuge pour éviter le courroux de Tawhiri. La dispersion des enfants de Tangaroa fut la cause de la séparation des espèces: Ikatere fuit vers les profondeurs et devint le premier poisson; Tu-te-wehiwehi se dirigea vers les terres pour créer la famille des reptiles. Ruwaimoko troubla la terre avec ses fougueux volcans. Tu, le dieu de l’homme et de la guerre fût le seul à s’opposer à Tawhiri-matea. Sans peur, il triompha.

Tu se mit alors en guerre contre ses frères, furieux d’être le seul à s’être opposé à Tawhiri. Il conçu des filets et des hameçons pour capturer les créatures des océans, il déterra du sol les enfants de Haumia et Rongo, il créa des pièges et captura, puis mangea les oiseaux des forêts.

La première femme

Tous les enfants de la Terre et du Ciel étaient des mâles. Ils décidèrent de créer l’élément manquant, le féminin. Papa, la Terre, leur indiqua l’endroit où ils pourraient trouver l’élément nécessaire. Chacun des frères contribua au modelage de la première femme à leur image, mais ce fût Tane-Mahuta qui lui insuffla la vie. Hine-hauonè (femme-issue-de-la-terre) devint la première entité féminine. Tane se maria avec elle et ensemble ils eurent Hine-ata-uira (fille-du-couchant), la première femme. Tane se maria avec elle et lui fit des enfants.

Hine, un jour où Tane était absent, commença à se poser des question sur son père. Elle fût horrifiée quand elle découvrit que son mari était également son père. Couverte de honte en découvrant l’inceste, elle s’enfuit vers Rarohenga – le monde des esprits- et devint Hinenuitepo (la grande Dame de la Nuit),la déesse de la mort. Tane voulut la convaincre de revenir mais Hine l’empêcha d’entrer dans l’autre monde et lui dit: « Fais demi-tour Tane et élèves nos enfants. Laisses-moi rester ici où je les rassemblerai ». Tane retourna à la lumière et Hine resta dans le monde d’en-dessous, attendant seulement que Maui introduisent la mort dans le monde. (Māui essaya de rendre l’humanité immortelle en se faufilant entre les jambes de Hine-nui-te-pō endormie pour ressortir par la bouche. Mais a cette vue le rire d’un oiseau, le rhipidure à collier, réveilla Hine-nui-te-pō et Māui fut écrasé dans son vagin. Il fut ainsi le premier homme a mourir.)

Les Māori sont donc, selon le mythe, les descendants de Hine-hauonè, créée avec de l’argile, et de Tane, fils du Ciel et de la Terre, ce qui explique leurs liens spirituels et culturels très fort avec la nature et les paysages néo-zélandais. La personnification des phénomènes naturels dans le panthéon māori est fondamental à leur vision holistique du monde. Papatuanuku était une mère aimée car la bonté qui s’écoulait d’elle nourrissait ses enfants. Les hommes étaient perçus comme appartenant à la terre, ils faisaient partie d’elle et se devaient donc de la respecter. Des rituels pour remercier Tane étaient effectués si l’on avait besoin de couper un arbre,on remerciait Rongo en lui offrant le premier fruit de la saison, etc.

« Mes amis, écoutez-moi ! Les peuples Māori proviennent tous d’une seule et unique source, a savoir le Grand-ciel-au-dessus-de-nos-têtes. D’après les Européens, Dieu a fait le Ciel et la Terre et toutes les choses. Selon les Māori, le Ciel (Rangi) et la Terre (Papa) sont eux-mêmes la source ». 2

Notes

1 – “There was Night at the first—the Great Darkness. Then Papa, the Earth, ever genial, general Mother, and our Father, fair Rangi—the Sky—in commixture unbounded confusedly clave to each other; And between them close cramped lay their children gigantic….” Alfred Domett -“Ranolf and Amohia.”

2 – G. Grey, Nga Mahi a Nga Tupuna, fourth edition, Reed, Wellington, 1854 (reimpr. 1971)

Bibliographie

  • Legends of the Māori – CHAPTER I. Rangi and Papa, The separation of Heaven and Earth – http://www.nzetc.org/tm/scholarly/tei-Pom01Lege-t1-body-d1.html
  • Creation Myth – Māori – http://www.laits.utexas.edu/doherty/plan2/liangcreation.html
  • Māori Legends, New Zealand in History – http://history-nz.org/Māori 9.html
  • MYTHS – Te Ara Encyclopedia of New Zealand – http://www.teara.govt.nz/en/1966/Māori -myths-and-traditions/4
  • Mythology By Ranginui Walker

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