Les capitales mystiques : Prague

Prague est une ville bien mystérieuse, en plein milieu de l’Europe centrale. Les légendes locales et les superstitions y sont légions. Au Moyen Age, l’alchimie était florissante et avait le statut de «science» dans la ville. Les Alchimistes trouvaient de généreux mécénats parmi les citoyens. Le fait de financer un laboratoire alchimique était une marque de status sociale importante. Empereurs, rois, et princes dépensaient ainsi leurs fortunes.

Certains de ces alchimistes sont devenus des citoyens de premier plan: le Dr Dobransky a été le recteur de l’Université de Prague. Une légende dit qu’un autre alchimiste a commencé par la recherche de la pierre philosphale, mais a finalement trouvé une formule pour l’aqua vitae « eau de vie », qui deviendra whisky en Ecosse. Certains autres résultats sont sortis de ces expériences occultes: par exemple, Mr Rodovsky publia l’un des premiers livres de recettes de cuisine en Europe (1600). Si certains alchimistes étaient parvenus au Grand Oeuvre, ils n’ont pas dû ébruiter leurs découvertes.

Cette tradition occulte a bien sûr persisté dans les temps modernes, même les personnes les plus instruites entendent et voient des choses étranges dans les ruelles sombres et carrefours isolés. Kafka, ami de Max Brod, écrivit dans son autobiographie (publiée en 1960): « Une fois de plus j’en suis certain, je peux entendre le doux battement des tambours sous la terre, et je ne suis toujours pas en mesure de trouver une explication à cet étrange phénomène. »

Le royaume de Bohême, région qui est maintenant appelé République tchèque, a atteint son apogée culturelle sous le règne du roi Charles IV. Plusieurs des monuments et bâtiments portent son nom; l’Université Charles, le pont Charles et la place Charles. Le Château de Prague et une grande partie de la magnifique cathédrale de Saint Vitu ont été battis sous son patronage.

Le Roi-Empereur Rodolphe II

Cependant, c’est sous le règne de Rodolphe II du Saint-Empire, roi de Bohême et de Hongrie, que Prague s’est fermement imposée en tant que capitale de l’occulte en Europe. Rodolphe II, n’eut jamais l’étoffe d’un roi classique. Bien qu’instruit, il ne présentait pas les qualités nécessaires pour régner ; il fut sujet sur la fin de sa vie à des accès de folie qui favorisèrent l’intervention de membres de la famille dans les affaires impériales. Souverain introverti et mélancolique, médiocre politique, piètre combattant, admirateur de la vie et des femmes, protecteur des arts et des sciences (Arcimboldo, Spranger, Tycho Brahe, Le Caravage, Johannes Kepler), mais aussi furieusement épris d’ésotérisme (son entourage fourmillait d’alchimistes et d’astrologues), Rodolphe II offre une multitude de visages.

Une grande partie de ses lacunes politiques et de ces échecs étaient dus à son obsession pour les arts et les sciences occultes et de ce fait, Prague est devenue un  véritable aimant pour tous les alchimistes, astrologues, devins, et autres charlatants de passage.

John Dee et Edward Kelley

C’est ainsi que l’on retrouvera John Dee à Prague. Mathématicien et Astrologue de la Reine Elizabeth I, il était devenu un ami de l’Empereur, prétendant être capable de parler le «langage des oiseaux » (qui pourrait donc être utile pour espionner les manœuvres des ennemis sur de champ de bataille, etc.). Edward Kelley quand à lui, fidèle acolyte de John Dee, rajouta l’Alchimie à sa panoplie qui comportait déjà des dons médiumniques (quelques années auparavant, ils créerent ensemble le système énochéen).

La légende du Golem

Tout occidental ne peut songer à Prague sans songer à la légende du Golem. Le golem (parfois prononcé goilem en Yiddish), signifiant «cocon», est un être humanoïde, artificiel, fait d’argile, animé momentanément de vie par l’inscription EMET sur son front (ou sa bouche, selon les versions). C’est une création de la magie kabbalistique.

Selon la légende, le rabbin Loew, Maharal de Prague l’a conçu au XVIe siècle pour défendre sa communauté Juive. Il lui aurait donné la vie en inscrivant EMET(H) (אמת, vérité en hébreu et un des noms de Dieu) sur son front et en introduisant dans sa bouche un parchemin sur lequel était inscrit le nom ineffable de Dieu, parfois dit Hashem (Le Nom) pour ne pas le prononcer.

Pour le tuer, il aurait fallu effacer la 1re lettre (l’aleph) car MET(H)(מת) signifie mort. Le Golem étant devenu trop grand pour que le Rabbin pût effacer l’aleph, Rabbi Loew lui demanda de lacer ses chaussures, ce qu’il fit. Le plan fonctionna : la créature se baissa et mit son front à portée de son créateur, le Golem redevint ce qui avait servi à sa création : de la terre glaise. Certains racontent que son créateur est mort, écrasé par la masse de sa créLa suite de la légende veut que le corps du Golem, soit entreposé – ou dormant – dans la genizah (entrepôt des vieux manuscrits hébreux, il est interdit de jeter des écrits qui contiennent le nom du très-haut) de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov, qui serait d’ailleurs toujours scellée et gardée.

 

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *