Les capitales mystiques : Lyon

Il existe des places fortes en Europe où la moindre pierre transpire la magie. De la ruelle à la cathédrale, c’est un air bien mystérieux qui empli nos poumons et nous laisse aux aguets. Nous parlons bien sur des capitales de l’occultisme ; Lyon, Prague et Turin ; ces anciennes citées où l’histoire et le rêve se mêlent parfois. Ce premier article portera sur Lyon, ville de naissance de notre association mais avant tout ville d’importance et de caractère. Ancienne capitale de la gaule romaine, lieu d’échange et de mixité culturelle.

Lyon, la secrète

D’où nous vient le sentiment que Lyon, sous ses allures de ville commerçante et bourgeoise, dissimule une âme mystérieuse et fascinante ? Quelles manifestations concrètes possédons-nous de cette réputation ? Il suffit de s’intéresser un peu à la littérature consacrée au visage caché de Lyon pour s’assurer déjà que cette réputation est en tout cas bien réelle :

  • Histoire secrète de Lyon et du Lyonnais – Jean-Louis Bernard,
  • Lyon magique et sacré – Jean-Jacques Gabut,
  • Lyon noir et secret – Jean-Christian Barbier,

pour ne citer que quelques titres révélateurs de cette fascination pour les dessous secrets de ce bastion du pragmatisme bourgeois et du bon sens commerçant… Mais après tout, ce besoin d’aller chercher du mystère sous le crépi banal de nos cités n’est probablement pas exclusivement lyonnais. Toute ville d’envergure doit forcément susciter de semblables vocations, et offrir assez de bizarreries grotesques pour les alimenter.

Si l’on pousse plus loin notre exploration, nos recherches nous amènent dans les arcanes de la bibliothèque, au fond ancien pour être précis, où l’on découvre que la Bibliothèque Municipale de Lyon conserve une exceptionnelle collection touchant aux choses de l’occulte. Voilà qui est plus intéressant, et sans doute plus révélateur : quelques noms nous sont lâchés, qui appartiennent au patrimoine de la ville et sont des figures importantes de l’occultisme français. Ainsi s’y côtoient Nostradamus et Papus, Willermoz, le fameux Kardec ou bien encore le toujours très fleuri Maître Philippe. Des noms qui évoquent comme un parfum mystérieux et enivrant, l’encens se mêlant au souffre, et convoquent la trame d’un roman populaire à la Huysmans, où prêtres parjures se compromettraient avec de sinistres mages, bien décidés à arracher ses secrets à l’au-delà. Comme il devient facile, alors, de prêter un peu de foi à cette image fantasmée de ville occulte !

Mais gardons-nous d’une telle image, convoquée par un imaginaire collectif très différent de celui du siècle qui a pu l’engendrer. Ce que nous considérons aujourd’hui relever de l’irrationnel, pouvait au XIXe siècle être pratiqué avec la meilleure bonne foi du monde, et appartenir au champ d’une science en pleine mutation à l’époque. Tous ces hommes étaient-ils, comme nous aurions tendance à les considérer aujourd’hui, au mieux d’aimables timbrés, au pire de funestes charlatans ? Une réputation usurpée ?

Ce qui frappe à la lecture des livres traitant des mystères de Lyon, c’est qu’ils sont à peu près tous composés de façon identique : on y retrouve traités à chaque fois les mêmes évènements emblématiques, chronologiquement, mais de façon anecdotique et complètement hétérogène sans intention de retracer une véritable histoire occulte de la ville ; si bien qu’on est laissé avec le sentiment que Lyon ne doit cette énumération d’évènements si particuliers qu’à son importance historique. Il est bien évident qu’une ville possédant son rayonnement ne peut pas faire l’économie de coïncidence de cette sorte. Ainsi, par exemple, Lugdunum, ville phare de l’Antiquité, capitale des Trois Gaules, devait nécessairement accueillir de nombreux cultes consacrés aux multiples divinités romaines de l’époque, mais on n’en a retenu en particulier que les célébrations à Cybèle qui se déroulaient sur Fourvière, et impliquaient le sacrifice sanglant d’un bœuf, et l’émasculation de ses grands prêtres.

Ou cet exemple plus significatif encore : Nostradamus, le fameux « prophète » de la Renaissance, a indiscutablement contribué à façonner cette image de Lyon que nous cherchons à saisir. Pourtant, Michel de Nostredame, intellectuel du XVIème siècle, qui obtint son doctorat de médecine à la fameuse faculté de Montpellier (à l’instar de Rabelais, qu’il croisa peut-être à Lyon, tous les deux ayant exercé à peu près à la même époque à l’Hôtel-Dieu) n’attacha son destin à l’histoire de Lyon que de manière très opportune. Ces fameuses Centuries entrèrent dans la légende sous les presses de l’imprimeur lyonnais Macé Bonhomme. Si l’on se souvient qu’alors, Lyon était capitale de l’imprimerie, que les artisans du livre y étaient nombreux et très qualifiés, que les foires lyonnaises assuraient aux livres imprimés à Lyon une diffusion immédiate, il n’y a rien que de très logique à ce que Nostradamus fit le voyage de Salon-de-Provence, où il était installé, jusqu’à Lyon pour y imprimer et promouvoir son ouvrage. Rappelons que Michel de Nostredame fut également l’auteur d’un Traité des confitures et fardements, dont on n’a pas retenu s’il fut ou non publié à Lyon, ce qui semble n’intéresser personne au demeurant.

Passé le côté très anecdotique de cette énumération sans rime ni raison, entonné de concert par tous ces ouvrages, on constate malgré tout deux choses : les chapitres consacrés au XIXème siècle occupent à chaque fois une bonne moitié de l’ouvrage, et des noms qui nous sont déjà familiers font l’objet des principaux chapitres : Willermoz, Kardec, Philippe… Il y aurait donc eut, à Lyon, un « âge d’or », qui pourrait justifier sa réputation de ville occulte.

Il semble que deux caractéristiques prédisposent Lyon à devenir un centre très actif de l’occultisme à la veille du XIXème siècle : sa franc-maçonnerie, qui bien que n’ayant a priori aucun rapport avec l’occultisme, a constitué un creuset où les mouvements occultes ont pu s’épanouir, et un de ses riches négociants en soie, destiné à devenir une figure fondamentale du XIXème ésotérique, Jean-Baptiste Willermoz.

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