Le monde des esprits, expérience d’un rêve chamanique – Partie I

« Rêver ne peut être qu’une expérience. Rêver ne signifie pas simplement avoir des rêves; pas plus que rêvasser ou souhaiter ou imaginer. Par l’acte de rêver, nous pouvons percevoir d’autres mondes, que nous pouvons assurément décrire. Mais nous ne pouvons pas décrire ce qui nous les rend perceptibles. Néanmoins, nous pouvons sentir comment rêver ouvre ces autres royaumes. Rêver semble être une sensation – un processus dans nos corps, une conscience dans nos pensées. »

Voici ce que nous enseigne Don Juan, Chaman d’origine Yaqui ayant initié Carlos Castaneda, aux secrets ancestraux du monde de l’animisme amérindien. Quel meilleur moyen que de suivre les traces de l’énigmatique anthropologue américain qui a parcouru le monde des esprits en empruntant nous aussi Le Chemin.

Deux étudiants en Anthropologie nous ont fait vivre leur expérience de rêve chamanique, et nAO a souhaité vous la faire partager.


AVERTISSEMENT : Cette expérience a été réalisée dans des conditions de sécurité optimales. Il est impératif de ne pas reproduire cette expérience dans le cadre privé. Vous vous exposez à de possibles complications médicales et psychologiques graves. Les substances utilisées dans le cadre de cette expérience sont extrêmement toxiques et leur consommation est interdite. neo Arcanum Occultis a pris part à cette expérience en tant qu’observateur sur la demande des intervenants et ne saurait être impliquée dans sa réalisation.


1. Les intervenants

Pour des raisons évidentes de confidentialité et pour ne pas porter atteintes aux personnes ayant pris part à cette expérience, nous avons décidé de ne pas divulguer la véritable identité des deux intervenants principaux, en accord avec nos statuts et notre charte de respect de la vie privée.

  • Alexandre : étudiant en Anthropologie, 26 ans
  • Sébastien : étudiant en Anthropologie, 27 ans

Observateurs pour nAO : Kierhann et Ekmakon, Membre du Bureau d’administration


2. L’environnement expérimental

Pour des raisons de sécurité, l’expérience s’est déroulée en intérieur, dans un appartement appartenant à l’un des deux intervenants. L’expérience s’est déroulée de 20h30 à 3h00 du matin environ (les effets des substances psycho-actives se dissipant de manière diffuse et progressive). L’environnement devait reproduire autant que possible les conditions d’un rite chamanique (espace intérieur confiné, musiques et chants, lumière diffuse, fumigation).


3. Les moyens de recherche mis en oeuvre

De nouveau pour des raisons de confidentialité, les intervenants ont insistés pour que la séance ne soit ni filmée, ni enregistrée. Les observateurs de nAO n’ont pas pris part à l’expérience afin de prévenir toute complication pouvant survenir.

Par manque de matériel scientifique et de compétences dans ce domaine, nous n’avons pu réaliser aucune observation d’ordre médicale. De plus, par peur de biaiser leur sensations et leur environnements, les intervenants n’ont pas souhaitez que nous utilisions d’appareils pouvant générer des ondes électromagnétiques.

Les seules sources dont nous disposons sont les témoignages oraux des deux participants recueillis suite à l’expérience ainsi que les observations effectuées par les membres de nAO, nos connaissances dans le domaine de l’animisme et du chamanisme et les différents récits que nous possédons sur les expériences de ce type.

Cette enquête ne répond donc pas d’une expérience de science appliquée mais de science humaine, anthropologique.


4. Déroulement de l’expérience

Voici les observations recueillies par les enquêteurs de neo Arcanum Occultis. Nous tenons à préciser que tout au long de l’expérience, les observateurs ont tentés d’être aussi discret que possible afin de ne pas en interférer le bon déroulement. Le contact visuel entre les sujets et les observateurs à été réduit au strict minimum :

Préparatifs :

Les deux participants étaient à jeun. Aucune autre mesure n’a été prise en matière de préparation physique. En tant qu’observateurs, nous avons été invités à prévenir les secours en cas de complications.

20h : Préparation de la décoction

La décoction préparée se composait d’une variété de Basidiomycètes et de graines spécifiques données par un collègue d’Alexandre qui a été initié à certains rites chamaniques asiatiques. Les graines ont été écrasées et diluées dans quelques gouttes d’alcool. Le liquide ainsi obtenu a été mélangé à une mixture composée de mycètes broyées avec du jus de fruits. L’ensemble ayant été filtré et dilué avec de l’eau afin d’obtenir 40 cl de décoction pour chacun des participants.

Nous tenons à rappeler ici que l’usage de ces substances est dangereux pour la santé et certaines sont interdites par la législation française. neo Arcanum Occultis et ses membres ne sauront être tenus pour responsable de la consommation de ces substances de la part de personnes physiques et majeures ne faisant pas partie de l’association. De plus, de façon à éviter que la décoction utilisée ne soit reproduite, décision a été prise de ne pas nommer les éléments qui la composent.

20h30 : Début de l’expérience – prise de la décoction

Les sujets s’installent sur le canapé du salon et décident d’ingurgiter leur décoction en plusieurs prises espacées d’un quart d’heure environ. Ils s’installent devant le poste de télévision en attendant les effets des substances psychotropes.

21h/21h30 : Début des effets

Les sujets sont installés devant la télé. Ils regardent le début d’un film dont l’action se déroule principalement dans le désert puis, trouvant la couleur jaune trop agressive, ils décident de visionner un anime japonais. Les sujets commencent déjà à évoquer des déformations de formes et de couleurs.

Sébastien devient de plus en plus nerveux. Il semble avoir très chaud et sa peau est écarlate et transpirante.

Alexandre quant à lui semblait avoir une crispation des mâchoires provoquant un rictus assez étrange. Il se touchait régulièrement le visage avec les deux mains comme pour enlever quelque chose. Les sujets semblent assez excités de vivre cet état et de découvrir de nouvelles sensations.

21h30 : Premiers effets visuels

Devant l’anime japonais, les sujets commencent à parler d’hallucinations. Ils semblent s’attarder sur une scène pourtant très rapide et continuent d’en parler même après qu’elle soit passée. Cette scène était un plan fixe sur un vase à la décoration orientale composée notamment de dragons chinois. Les sujets s’étonnent de voir les dragons bouger sur le vase et ce dernier se déformer en « gonflant ».

Sébastien semble avoir du mal à respirer et gratte continuellement le fond de sa gorge pour saliver dans le seau prévu à cet effet.

Les sujets sont de plus en plus nerveux et ne supportent plus d’être enfermés. Ils bougent continuellement, comme si ils n’arrivaient pas à trouver leur place. Leurs paroles commencent à devenir étranges voir incohérente (pour nous en tout cas, eux ont l’air de très bien se comprendre !). « Etouffés », selon leur dire, par l’enfermement et la chaleur, les sujets décident de sortir sur le balcon pour prendre l’air. Ils doutent de pouvoir tenir jusqu’au bout de l’expérience.

21h44 : Sur le balcon – intensification des effets / perte de contrôle

Les sujets s’installent sur le balcon, à même le sol, les jambes appuyés sur le muret en béton face à eux. Sébastien décrit ses impressions. Il sent ses pieds s’enfoncer comme dans du sable. Il se croit à Tahiti, au bord d’une plage. Il demande son ressentit à Alexandre qui acquiesce. Ils ont les yeux fermés, comme si il profitait de l’air marin (Sébastien parle d’odeur d’iode).

Alexandre commence à exprimer le fait que, même les yeux fermés, il a des visions très réalistes qui lui parviennent. Il semble supporter les effets de la décoction moins facilement que Sébastien. D’un état de nervosité assez poussé, il est passé à un état de nonchalance, assez similaire à celui d’une personne ivre, il a l’air de ne plus vraiment contrôler les effets puissants des psychotropes. Il décide d’aller s’allonger dans la chambre pour commencer le rite chamanique. Sébastien quant à lui reste quelques instants sur le balcon avant de se lever, de finir d’avaler le peu de breuvage qu’il lui restait à consommer. Il rejoins Alexandre dans la chambre.

22h07 : Dans la chambre – début de l’expérience chamanique

Alexandre allume de l’encens avant de s’installer sur le lit en position couchée. Sébastien arrive quelques instants plus tard, toujours très nerveux. Il se déplace de pièce en pièce, sans but précis puisqu’il n’y fait rien de particulier puis il revient dans la chambre. Sur ce, Alexandre lui dit de tenter de se calmer et de se laissé envahir par les effets. Il lui indique qu’il ne faut pas lutté contre et que l’excitation est un effet métaboliques pour combattre l’empoisonnement. Alexandre donne quelques coussins à Sébastien pour qu’il s’allonge sur le sol et il lance la lecture de la musique rythmée prévue pour la transe.

Musique chamanique à vocation transcendantale :

Extrait 1: Flûte + tambour + chants
Extrait 2: Guimbarde + chants

Alexandre s’allonge les yeux fermés durant de longues minutes au cours desquels il reprend vaguement connaissance pour faire état du caractère « incroyable » de cette expérience.

Sébastien quant à lui demeure les yeux ouvert mais très honnêtement, il semblait presque endormi, calme, sans bouger. Les sujets ont sombrés de nouveau dans leur état léthargique durant presque une heure. Les sujets respirent alors très fortement et assez rapidement, signe d’une activité cardiaque intense. Ils transpirent beaucoup. Sébastien s’est alors levé, assez brusquement, et a rejoins Alexandre, qui s’est également réveillé, sur le lit.

23h36 : Début du rêve chamanique

Les sujets sont alors assit côte à côte sur le lit et observent attentivement le ciel. Alexandre indique qu’il voit les ancêtres dans le ciel, qu’ils sont vivants et qu’ils nous observent. Ils demandent à Sébastien s’il voit lui aussi les peintures des visages des ancêtres. Sébastien lui répond qu’il voit plutôt des boucliers composés d’étoiles flottés dans le ciel.

Les deux sujets indiquent l’un à l’autre qu’ils ont l’impression de tout entendre et de tout ressentir de manière exacerbée. Ils parlent d’oiseaux qui crient au loin (nous sommes en pleine nuit), des insectes qui marchent dehors sur le gazon, du parfum d’une femme sortant de l’immeuble (il y avait bien une femme qui quittait la résidence quelques secondes auparavant). Les deux sujets semblent sombrer dans certaines périodes de transe dans lesquelles ils regardent fixement dans le vide durant de longues minutes.

Les sujets s’allongent de nouveau sur le lit, comme épuisés, vidés.

Alexandre se tient le ventre, il supporte visiblement mal l’intoxication provoqué par la décoction. Sébastien est en position fœtale, il a sombré dans une sorte de rêve durant lequel il semble comme endormi. Il bouge peu, si ce n’est ses mains qui sont complètement tétanisées en position fermées. Alexandre était lui aussi allongé sur le côté, mais il changeait régulièrement de position, dans des moments de sursaut. Régulièrement, les deux sujets ouvraient les yeux et semblait reprendre vaguement leur esprit pour insister verbalement sur le caractère prenant de cette expérience : « c’est dur, il va falloir que ça s’arrête » est une phrase que nous avons entendu à plusieurs reprises. Alexandre se plaignait également de son mal de ventre.

02h10 à 02h56 : Transe

De 2h10 environ à 2h56 très précise, les deux sujets semblaient complètement endormis. Somme toute, durant toute cette partie de leur « rêve », les deux sujets semblait perdre énormément d’énergie et transpiraient abondamment. Toutefois, nous n’avons observé aucun signe particulier d’une activité  ésotérique comme on peut le voir dans une transe active comme dans les religions vaudou par exemple. Aucun tremblement ou spasmes, aucune révulsion oculaire ou autres signes d’état transcendantal n’ont été observés. A 2h56 très précise, les deux sujets ouvrent les yeux et semble reprendre leur esprit assez rapidement. Alexandre indique qu’il s’est senti partir et qu’il a lutté de toutes ces forces pour rester dans son corps. Sébastien indique qu’il a eu la même sensation qui l’a subitement fait émerger de son rêve et ramené à la réalité. D’un point de vue extérieur et durant toute cette partie, les deux sujets semblaient simplement endormis.

3h33 : Repos

Les deux sujets, épuisés au plus haut point décide d’aller se coucher pour reprendre, après avoir ingurgité très difficilement un peu de nourriture. C’est là que nous avons mis un terme à l’observation extérieure.


5. Témoignages des protagonistes

Au lendemain de l’expérience, nous avons retrouvé Alexandre et Sébastien afin qu’ils nous livrent le récit de leur expérience, séparément. Les deux étudiants ont accepté de nous faire part de leur sensations les plus profondes, de leurs visions et de tout ce qu’il ont vécu ce soir là. Lisez leur témoignages, ils sont saisissants.

Ci-dessous le témoignage de Sébastien :

Nous avons commencé à boire, devant la télévision et c’est là que les effets ont débuté, je me souviens avoir eu très chaud, de grosses bouffées de chaleurs m’envahissaient. Certes il faisait particulièrement chaud la nuit dernière.

Au début, les effets étaient assez désagréables, j’avais l’impression d’avoir de la terre ou de la cendre dans la bouche et une boule au fond de la gorge me donnait l’envie d’expulser mes boyaux. D’ailleurs, je crachais régulièrement dans le sceau que nous avions prévu dans le cas où l’un d’entre nous voudrait vomir. J’avais de plus en plus chaud.

Alex m’a dit : Seb, c’est incroyable ce que tu es rouge, tu n’es pas un pitta pour rien » [ndlr : Pitta est l’une des humeurs de la médecine traditionnelle indienne, l’Ayurveda, qui est rattachée à l’élément feu]. J’étais très nerveux, je n’arrêtais pas de bouger et j’avais l’impression d’être trop imposant pour la taille de la pièce dans laquelle je me trouvais. Lorsque je bougeais, j’avais l’impression que mes mouvements étaient saccadés, qu’ils n’étaient plus fluides.

Nous étions alors devant la télévision à attendre la montée des effets. Nous regardions un anime japonais dans lequel il y avait une scène représentant un plan fixe sur un vase chinois multicolore décorés de dragons. Les dragons évoluaient sur la surface du vase pour former des entrelacs. La scène a durée si longtemps que j’ai cru qu’Alexandre l’avait repassé à plusieurs reprises.

Les effets visuels des substances psychotropes devenaient de plus en plus violents. J’avais très chaud de nouveau et j’ai dit à Alexandre qu’il fallait que nous sortions sur le balcon. J’ai posé mes pieds contre la rambarde et j’avais l’impression qu’ils s’enfonçaient dans le béton comme si je marchais dans du sable. Alexandre m’a rejoins sur le balcon et a ressentit la même sensation, tout du moins c’est ce que j’ai compris.

Alexandre m’a alors dit qu’il fallait qu’il s’allonge dans la chambre et il est parti. Avant de le rejoindre, j’ai bu de nouveau une bonne part de ma décoction que je n’avais pas entièrement finie. J’ai alors rejoins Alexandre qui étais allongé sur le lit. J’étais tout excité, je n’arrivais pas à tenir en place. Il m’a donné deux coussins pour m’allonger par terre et il a mit la musique chamanique que nous avions sélectionné pour l’expérience.

Je me suis également allongé en laissant la musique m’envahir. J’ai levé la tête vers la tenture qui se trouvait sur le plafond au dessus de moi, les éléphants qui la composent se sont animés et ont tournés en cercle autours de la tenture, de manière lourde et régulière. Les peintures religieuses tibétaines accrochées au mur s’animaient également. La lampe, pour tant au centre de la pièce s’éloignait de moi, doucement, tout comme les murs. J’avais l’impression de ne plus rien avoir autours de moi, du vide, du noir. J’avais conscience que mes yeux étaient ouverts et que je n’avais pas perdu la vue. Là où j’étais, il n’y avait rien à voir ni à entendre. J’étais en harmonie avec  ce monde, j’étais entouré d’énergie invisible et me laissai flotter dans cette substance. J’étais bien.

Je me suis alors repris et j’ai regardé Alexandre qui revenait à lui en disant : « Alex, n’attrape pas la queue du dragon ».  Sur ce, je me suis levé et je suis allé m’allonger sur le lit également, après avoir ouvert la fenêtre car il faisait vraiment chaud. J’ai alors dit à Alexandre : « j’ai l’impression d’avoir les dents qui poussent encore ! ». J’avais vraiment eu cette sensation physique que mes dents continuaient de pousser à l’intérieur de ma bouche.

Je regardais le ciel qui était particulièrement dégagé hier soir. Les étoiles ce sont alors mélangées pour créer des formes. Devant moi se dressaient des boucliers de peaux tendus et j’entendais au loin des tambours frappé une mélodie de plus en plus prenante et dont le tempo augmentait continuellement.

Mes sens étaient décuplés. J’entendais le moindre son comme s’il était produit à l’intérieur de mon oreille. Si une voiture entrait dans le parking de l’immeuble, j’avais l’impression qu’elle allait traverser la chambre, l’urine du chien du voisin faisait le bruit d’un torrent. Je me souviens même d’avoir senti le parfum d’une femme sortant de l’immeuble dans lequel nous étions (l’appartement est au troisième étage).

J’ai regardé Alexandre en lui disant : « c’est fou, les moindres fourmis qui marche dans l’herbe font le bruit d’un éléphant ».

Mes mains avaient doublées de volume, mes articulations craquaient et j’avais cette sensation de flux qui traversait ma colonne vertébrale. Le ciel et les étoiles se sont mélangés, et sont entrés par la fenêtre en prenant la forme d’un anaconda, ou d’un gros serpent, qui traçait un chemin. A cet instant, j’ai eu l’impression d’être aspiré vers autre chose, autre part,  et j’ai entièrement changé d’environnement.

J’étais dans cette forêt immense bordée de montagnes recouvertes de brume et mes mains qui étaient déjà mal en point (j’en avais l’impression) ont alors pris la forme de patte de félin. Je n’arrivais plus à les dépliées. En entrant dans ce lieu, mes sens était très développés et plus j’y avançais, plus j’avais l’impression de disparaitre pour me fondre dans cet espace, de vibrer au même rythme, à la même fréquence. Au début du rêve, je me souviens être revenu à moi à plusieurs reprises pour dire à Alexandre que c’était très dur de vivre cette expérience. Et puis je retournais dans ce lieu perdu.

Tout ce qui m’entourait ici était vivant, me regardait, m’épiait presque. Mais à aucun moment je ne me suis senti mal à l’aise, j’étais comme accompagné par cet endroit. J’étais en interaction avec les choses qui était autours de moi, comme connecté à elles.

Je sentais que je devais emprunter le chemin qui s’ouvrait devant moi. Mais il n’y avait pas de chemin. Pourtant je connaissais la route à emprunter, comme si j’avais déjà vécu dans ce lieu. J’étais guidé de façon instinctive. Je traversais la forêt pour arriver au pied de l’une des montagnes où j’ai découvert l’entrée d’une grotte. C’était un passage, entièrement sombre, comme si toute lumière était aspirée en elle.

Je me suis senti attiré dans les méandres de la grotte, un peu contre mon gré, vraiment comme absorbé. Une fois le seuil de la grotte passé, je me suis retrouvé dans mon appartement, comme si je venais de rentrer chez moi. J’avais oublié tout ce qui venait de m’arriver, c’est comme si je ne l’avais jamais vécu. J’évoluais dans ma cuisine, j’ai allumé la lumière, ouvert le frigo, vraiment comme si de rien n’était. Je me suis déshabiller pour aller dormir, j’ai regardé mon amie qui était déjà endormi et soudain, tout est revenu. J’ai compris que je n’étais pas à l’endroit où je devais être.

Je savais au fond de moi que si l’on m’avait amené ici, c’était pour dire au revoir à mon amie car le voyage allait vraiment commencer. Je savais que si je partais, je percerais le voile du maya [expression employé dans le bouddhisme ésotérique pour qualifier le voile que nous impose notre vision humaine et qui nous empêche de voir la vraie nature des choses], mais qu’en le faisant, je pouvais ne pas revenir de mon voyage. C’est à partir de ce moment la que j’ai commencé à lutter pour revenir à moi en pensant que si je continuais à avancer sur ce « chemin », j’allais mourir.

En conclusion, on m’a permis de voir l’autre monde, ce qu’il y a derrière le voile de notre vision humaine, mais je n’ai pas voyagé dans ce monde invisible par peur de ne pas revenir. C’était vraiment une expérience saisissante !

Témoignage recueilli par Kierhann, Responsable de la Recherche Terrain, le 11/07/2010

Ci-dessous le témoignage d’Alexandre :

Je vais tenter de vous relater ce que j’ai vécu, ou en tout cas ce dont je me souviens car il est vrai que les émotions, les sentiments et les visions sont tellement puissants et chargés de vérité qu’on les assimile et les comprend sans même s’y attarder.

Nous avions prévu tout d’abord de laisser « monter » les effets des substances psychotropes dans une atmosphère assez quotidienne afin de ne pas nous couper trop brutalement du monde réel. Nous décidons alors de commencer notre voyage par un petit brin de télévision afin de sentir la « puissance » de notre décoction chamanique nous envahir peu à peu, tout en observant les effets visuels que l’ascension pouvait produire.

Les psychotropes n’ont pas mis longtemps à remplir leur tache. Au bout d’une vingtaine de minute déjà, ma tête commençait à devenir vraiment lourde, les objets et images à se déformer et les couleurs à devenir plus intenses et profondes. Je commençais à perdre mes repères. Je me souviens que tout était éphémère à se moment là. Mes émotions, mes envies, mon humeur…J’arrivais de moins en moins à contrôler mon mental.

Je me souviens que Sébastien ne supportait plus les quatre murs autours de nous. Il a voulu sortir sur le balcon et profiter un peu du brin d’air qui soufflait ce soir là. C’est là que les premières « hallucinations »  ont débutées. Alors que nous étions assis sur le sol, les pieds posés sur le muret, nous avons sentis le ciment devenir de plus en plus mou, jusqu’à recouvrir le bas de nos jambes, comme si nous marchions dans du sable. Seb me dit : « on se croirait sur une plage. Tu n’entends pas le bruit des vagues qui frappent le sable ? ». Je me rappelle de cette sensation effectivement, mais nous étions encore parfaitement conscient de ce que nous vivions. Nous l’avons été tout au long de cette expérience d’ailleurs, mais je reviendrai sur ce point. Dans tous les cas, je n’ai pas vu de plage, même en fermant les yeux.

J’avais besoin de calme et l’endroit où nous nous trouvions était beaucoup trop éclairé. Nous avons alors décidé de nous installer dans la chambre, de lancer la musique rythmée que nous avions choisit pour l’expérience et dont le but était de provoquer la transe mystique, et de s’allonger pour commencer le voyage. J’ai également mis de l’encens pour créer une atmosphère enfumé, comme dans une tente de sudation [tentes ou tipis dans lesquelles les chamans pratiquent les rituels animiste par l’usage de psychotropes et de fumées abondantes dans le but de transpirer pour évacuer les toxines].

La musique était de plus en plus lourde dans mes oreilles mais elle résonnait vraiment comme un son sacré, presque divin qui m’entrainait avec lui vers un monde dans lequel on ne voyagent pas souvent ! La tenture devant moi commençait à devenir de plus en plus profonde et je sombrais en elle, comme aspiré dans les formes géométrique qu’elle dessine.

J’ai regardé Sébastien en lui disant : « Je crois vraiment que le voyage commence l’ami ». Je sombrais périodiquement dans une sorte de transe ou les visions m’envahissaient tout en restant floues. Comme si le voile de mes yeux se déchirait progressivement pour me laisser entrevoir, lors de bref instants, un monde dont je n’avais pas idée.

J’ai sombré quasiment instantanément dans une très longue vision au cours de laquelle je me suis sentis projeter dans un ciel couvert de nuages immaculés, tout était blanc. C’est là que je l’ai vu. Il se tenait devant moi tel un dieu. Cette forme anthropomorphe « vêtu » d’une toge couleur de neige sur laquelle glissait des serpents d’airains. Chacun d’entre eux allait dans la même direction : le cœur du dieu. Ou en tout cas se que l’on peut apparenter au noyau de cet être irréel. Ce « cœur » était symbolisé par un énorme pentacle d’airain également, dont les parties creuses étaient emplis d’un minéral aux couleurs d’un ciel de nuit clair, électrique et profond. Il m’était impossible de voir son visage tellement la lumière dans laquelle il baignait était puissante.

J’ai sentit sa bouche s’approcher de moi et c’est à cet instant qu’il m’a dit : « Alexandre, Il est l’heure pour toi de commencer ce grand voyage ». J’ai alors cru mourir une première fois.

Je me suis brutalement relevé, tout en réalisant que les effets de la décoction étaient devenus d’une intensité telle que toutes mes émotions, mes sentiments, mes souvenirs se percutaient les uns les autres. J’avais cet impression de complétude mentale et de comprendre les choses qui m’entouraient. C’est comme si les barrières qui empêchent  ma conscience, mon inconscient et mon subconscient de se rencontrer s’étaient tout d’un coup effondrées pour ne laisser place qu’à un esprit, non plus aveugle, mais prêt à voir le monde tel qu’il est et non comme nous le percevons. A cet instant, tout pour moi avait valeur de révélation.

Je sentais vraiment le monde naturel m’envahir. Comme les fenêtres étaient ouvertes, j’entendais le bruit des animaux qui évoluait dans le jardin. Et chacun d’entre eux était comme le son produit par mille spécimens, et chaque insecte qui marchait sur le sol était comme un monstre défonçant la terre. Je voyais plus loin, j’entendais plus fort. Mes sens étaient comme décuplés.

Nous nous sommes allongés sur le lit devant la fenêtre. Le ciel n’était plus le même. Il était devenu le réceptacle d’une multitude de visages que dessinaient les étoiles. Chacun de ses visages était celui d’un « ancêtre ». C’est ainsi que cette vision m’a été révélée en tout cas. Les visages était tel des peintures aborigènes, formés de points et de traits qui marquaient tantôt une bouche, tantôt un œil. Et c’est un véritable canevas d’esprits d’hommes ayant foulé notre terre des générations avant nous qui s’étendait devant moi.

Quelle merveille !

L’un d’eux ouvrit alors la bouche, laissant s’échapper une forme, tout d’abord confuse, puis de plus précise à mesure qu’elle volait dans ma direction. J’ai pu rapidement distinguer ce rapace majestueux qui venait vers moi à une vitesse incroyable. Alors qu’il franchissait la fenêtre de ma chambre, il écarta son bec pour m’engloutir dans sa gueule immense.

A partir de cet instant, le voyage commença vraiment. Je me souviens avoir sombré dans un état que je ne tenterais pas de décrire avec des mots. A la fois tellement vivant et si proche de la mort. Mon ventre à commencer à me faire très mal, sans aucun doute les effets de l’empoisonnement alimentaire provoqué par la décoction. Je me rappelle d’ailleurs que les crampes me « réveillaient » parfois de mon état de transe, mais je ne voulais pas vomir. Je suppose que cet effet indésirable à probablement empêché le voyage d’aller au plus loin. Mais j’en reparlerais plus tard. Dans tous les cas, et comme je le disais plus haut, nous étions conscient, ou plutôt lucide, durant toute l’expérience ce qui est assez paradoxal. En effet, il nous arrivait parfois, et vous pourrez le confirmer, de parler lors de brefs instants d’« éveil » et même de souhaiter que tout s’arrête, tellement l’expérience était intense.

Je ne me souviens que de bribes éparses vues lors de ma transe profonde. En effet, comme je l’ai évoqué lors de mon introduction, l’esprit est si « complet » et « ouvert » lors de ce type d’expérience que les visions sont telles des vérités que l’âme assimile presque instantanément. Il est donc inutile de faire appel à sa mémoire pour pouvoir les étudier ultérieurement. Ce qui peut paraître très pratique pour le sceptique qui lira ces quelques phrases. C’est pourtant la « vérité », c’est le cas de le dire !

J’ai souvenir d’une vision durant laquelle je traversais une plaine gigantesque composée d’une multitude de rangées de phallus entassés sur la droite de mon champ de vision et une étendue de matrices féminines sur la gauche.

Lors des derniers instants de ma transe, et je dis cela car les effets psychotropes ont commencé à s’amoindrir puis à disparaitre suite à l’épisode que je vais décrire, les visions était de plus en plus prenante et de plus en plus réelle, comme si la fin du voyage approchait. C’était le cas en effet.

Alors que lorsque mes yeux étaient ouverts, je voyais le monde des esprits, lorsqu’ils étaient fermés, c’est dans le monde de « mon esprit » que je voyageais. Je ne saurais comment l’expliquer mais une fois les limites de mon être atteintes, le monde des esprits s’est révélé à moi lors d’une dernière étape plus que prenante.

Arrivé au terme de mon voyage personnel et de la découverte des tréfonds de mon esprit, c’est comme cela que je l’ai ressentit en tout cas, un tunnel de roche sombre m’a mené jusqu’à cette caverne, si grande que je ne voyais pas l’extrémité qui m’était diamétralement opposée. Au centre de cette caverne aux parois presque rouges s’élevait une immense colonne de couleur, et dont la substance ressemblait étrangement à celle d’une aurore boréale (ou australe d’ailleurs). Elle tourbillonnait et emportait avec elle une myriade d’esprits, à la fois bêtes et hommes, et qui montaient le long du parcours qu’elle dessinait pour atteindre le sommet de la cavité. Celui-ci était une galaxie de lumière qui s’étendait sur toute la surface du plafond de la grotte, telle une porte vers un autre monde. J’étais au centre de la Terre.

Mes pieds étaient au bord du gouffre et j’ai senti mon âme basculer doucement dans le vide. A cet instant, j’allais mourir. C’était une certitude. Et comme dans un sursaut d’instinct de survie, je suis instantanément revenu à la réalité et la transe s’est arrêtée nette.

Sébastien m’a regardé, il avait l’air d’avoir repris ses esprits lui aussi. Il m’a dit : « J’ai cru mourir, je me suis sentit partir ».

Après cela, nous sommes très rapidement revenu dans le monde que nous connaissions et me voila maintenant devant vous pour vous raconter mon expérience.

Témoignage recueilli par Ekmakon, Coordinateur de Recherche, le 11/07/2010


Épilogue de la première partie

La première partie de cette enquête inédite ne recense que les éléments disponibles comme supports de notre dossier de recherche et les présente tel que nous les avons recueillis. On remarque de nombreuses similitudes entre les deux témoignages des sujets et les observations faite par les intervenants de nAO. L’expérience vécue par nos deux étudiants corrobore de nombreux récits fait par d’autres « arpenteurs du chemin » et il y a de nombreux éléments de réponse à apporter, tant par la science que par nos connaissances du chamanisme traditionnel.

Dans le seconde partie de cette enquête :

  • Les éléments de réponses apportés par la science
  • Les éléments de réponse apporté par le chamanisme animiste traditionnel
  • Synthèse de notre dossier de recherche et analyse

Pour neo Arcanum Occultis, Ekmakon et Kierhann, le 16/07/2010 à Lyon

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