Sacrifice Humain chez les Celtes

Si les superstitions relatives au culte des pierres et à certaines pratiques magiques d’origine pré-celtique et probablement touranienne, ont persisté presque jusqu’à un point tel qu’elles étaient enracinées dans l’âme des populations. Il est une autre catégorie de superstitions qui depuis longtemps répudiées et honnis en occident, nous paraissent de même origines et aussi anciennes : les sacrifices humains.

Le sacrifice humain dans l’histoire de la religion celtique, de la même manière et peut être pour les mêmes raisons qu’il étonnait les grecs et les romains, a exercé une véritable fascination sur tous ceux qui se sont penchés dessus. L’abondance du témoignage écrit y est pour quelque chose. Le sacrifice humain est l’une des rares coutumes celtes mentionnées par plus d’une dizaine d’auteurs antiques.

Sans sacrifice, aucune religion ne peut subsister, aucun rite n’existe, aucune liturgie n’a de sens et il est impossible de nier, après mur examen des textes, que les sacrifices humains aient été avant la conquête romaine, très populaires et de pratique usuelle dans plusieurs parties de la gaule et de la Germanie.

Qu’entendons-nous par sacrifice humain ? On pourrait définir le sacrifice comme un don des vivants aux pouvoirs surnaturels. L’offrande devait avoir une certaine valeur, et représenter une perte véritable pour l’individu ou la communauté qui s’en défait.

Deux concepts importants sont donc associés à la pratique des anciens sacrifices, celui du « don » et celui de la « séparation ». L’offrande sacrificielle est remise solennellement aux dieux. Ce rite peut se manifester en la tuant, en la déposant dans un lieu déterminé et parfois en accomplissant certaines actions précédant la mort ou le dépôt (torture, mutilation, dénudation et peinture…).

Si nous nous referons aux auteurs, anciens et modernes, les mentions aux sacrifices humains, sont généralement associées à des boucheries sanglantes et à des hécatombes. Toutefois, en nous intéressant aux apports archéologiques, cette pratique reste un fait rare, d’autant que la victime suprême, l’homme, est une victime exceptionnelle.

Ce que nous savons le mieux, c’est que le sacrifice impliquait toujours des victimes animales de grandes tailles ou parfois des humains. Les auteurs anciens, ont à ce sujet beaucoup glosé à plaisir. En effet, la condamnation antique puis moderne repose sur un point de vue moral exclusif, même si les condamnations les plus virulentes attendront l’arrivée du christianisme.

Pour les grecs et les latins, condamner les sacrifices humains était une façon de ce distinguer des « barbares ». Nous aborderons cette idée plus en détail en étudiant les écrits des auteurs anciens et leur propre description de cette pratique. En ce qui concerne les anciens, nous élargirons notre étude aux auteurs grecs comme aux auteurs latins, conquérants comme philosophes, cela permettant une vision plus large de leurs connaissances sous l’antiquité. Car, il s’agit avant tout de réunir toutes les informations recueillis par ces derniers et non pas de mettre en avant leurs opinions, la plupart du temps sous forme de condamnation.

Cette étude repose également sur des ressources plus concrètes et scientifiques, le matériel archéologique découvert lors des diverses fouilles effectuées sur le territoire celtique. Nous pouvons nous baser sur un cadre géographique vaste, de l’Espagne à la Bretagne et de l’Atlantique à la Germanie. En revanche il est difficile de fixer un cadre temporel précis. Il s’agit avant tout d’une recherche sur les mœurs et la religiosité des celtes de l’âge du bronze à la domination romaine. La pratique religieuse- et en elle même ses rites les plus essentiels, le sacrifice notamment- exigeait qu’un lieu propre lui appartint.

Dans l’antiquité, le sanctuaire est avant tout un espace sacré coupé du reste du monde. Les formes de cette coupure sont multiples, du trait symbolique délimitant le templum  aux grands temples romains. Chez les celtes, les types de lieux de culte sont fort divers, suivant l’époque, mais aussi suivant les régions et les dieux honorés. Seuls les sanctuaires ont laissé des traces tangibles. On ne peut rien dire des autres lieux de culte qui se sont attachés à une force naturelle sans remodeler l’espace ou qui n’ont connu qu’une forme entièrement périssable.

L’étude des sacrifices humains doit donc prendre en compte plusieurs aspects. En effet, il s’agit de faire la part des choses entre les écrits des anciens plutôt subjectifs et les traces archéologiques apportant bien souvent d’avantage de questions que de réponses. Il faut donc se demander par quels moyens l’existence de sacrifices humains chez les celtes peut être affirmé ? Que nous apprennent les auteurs anciens à ce sujet ? Sont-ils si subjectifs et pourquoi ? Les sources archéologiques permettent elles de confirmer les dires des auteurs qui traitent de ce sujet ?

Dans le but d’éclaircir ces questions, nous étudierons les sacrifices humains celtiques sous trois angles différents. Tout d’abord les faits archéologiques, puis les connaissances des anciens, et enfin les morts suspectes chez les accusateurs.


Le site de Ribemont sur ancre

Pour débuter cette étude, il faut précisé que l’acte du sacrifice humain chez les celtes devaient révéler d’une extrême piété. Malgré que ce chapitre soit basé sur des fouilles archéologiques, il serait intéressant de débuter avec les assertions de Strabon concernant le lien entre les sacrifices humains et la guerre : « un homme, qui avait été consacré aux dieux par une aspersion, après avoir été frappé dans le dos avec une épée, c’est d’après ses convulsions qu’ils prédisaient l’avenir ». Cela mérite attention, car elles sont confirmées par les découvertes archéologiques comme celle de Ribemont.

A la soixantaine d’os humains trouvés à proximité du porche d’entrée, il a longtemps été difficile d’apporter une interprétation objective. Ce site était connu pour son sanctuaire gallo-romain, un immense ensemble de structures culturelles en pleine campagne picarde.

En 1982, des fouilles effectuées près du grand temple exhumèrent l’Ossuaire. Il s’agit d’un empilement d’os humains soigneusement rangés sur les trois cotés d’un carré de 1,65 mètre, entourant un trou de poteau, lui-même comblé de cendres humaines. La construction en partie éboulée, devait s’élever à environ un mètre de hauteur. Pour en assurer la stabilité, les ossements avaient été rangés par lits croisés. La destruction de cet étrange édifice est également intéressante. Il ne s’agit pas d’un acte violent qui aurait brisé les os et bouleversé leur ordre. Ce n’est pas non plus le résultat d’une lente érosion dégradant les ossement et bientôt tout l’ensemble.

Cette destruction, comme celle du sanctuaire de Gournay, a été volontaire et réalisé avec un certain soin. En effet on a découvert les ossement encore groupés par paquets tout autour de quelques rangées demeurées en place. Cela prouve que les os ont été repoussés vers l’extérieure sans violence, de façon à défaire l’élévation, à aplanir le tout, comme si on avait voulu effacer le monument. Le fossé de Ribemont  contient un matériel important, armes et ossements, cependant moins riche et plus fragmenté que celui de Gournay. Des restes de squelettes, découpés, gisaient-là, à quelques mètres seulement de l’ossuaire : moitiés de cadavres sans tête mais dont les os sont demeurés en connexion.

A ce moment-là, deux questions se posent :

  • Pourquoi à-t-on abandonné si près de l’ossuaire des témoins si fragiles ?
  • Pourquoi furent-ils si rapidement recouverts d’un sédiment qui seul à permis aux connexions de demeurer en place ?

Les découvertes de Ribemont posent plus de question qu’elles n’en résolvent. Celle des sacrifices humains avait déjà été évoquée à propos des 80 os  trouvés à gournay. Le sanctuaire de Ribemont à l’intérêt remarquable de présenter le seul dépôt primaire en place. Jusqu’à présent, toutes les offrandes et tous les restes sacrificiels étaient retrouvés dans des positions que l’on peut qualifier de secondaires. Nous somme donc en face d’un monument unique, comme il devait exister de nombreux dans les sanctuaires celtiques, trophées, ossuaire, tables à exposition d’offrandes. Pour la moitié du nombre d’ossement, il s ‘agit de restes de crânes et de vertèbres cervicales. Ils témoignent d’une décollation systématique puis d’une préparation de crâne, enfin de son exposition sur le porche. La présence des cervicales et le type de traces qu’elles portent font supposer que les cadavres étaient dans un bon état de fraîcheur au moment des opérations. Il faut donc penser que les individus venaient de mourir.

Dès lors, deux hypothèses  s’imposent.

  • Soit il s’agit d’homme et de femmes que l’on venait de sacrifier, probablement dans l’enceinte sacrée.
  • Soit il s’agit de victimes que l’on a rapportées des champs de bataille en même temps que les armes.

Dans ce cas précis, un exemple est rapporté par Tite live. Les Boïens remportèrent une éclatante victoire sur les romains dans la foret de Litana lors de la seconde guerre punique. Le consul Postumius figurait parmis les morts : « on le dépouilla, lui coupa la tête, et ses trophées furent porté en triomphe par les Boïens dans le temple le plus sacré de ce peuple ; le crâne, nettoyé et cerclé d’or selon leur usage, devint le vase sacré utilisé pour leurs libations solennelles, ainsi que la coupe du prêtre et des préposés au temple. » Dans les deux cas, ce qui est important, est qu’il s’agit toujours d’offrandes humaines offertes aux dieux.

La détermination du sexe et de l’age est évidemment un critère décisif. Il s’agit d’adultes dont un très jeune (15-16 ans) et au moins trois femmes. Cette détermination sexuelle présentant un certain  nombre de femmes parmis les victimes,  nous laisse supposer qu’il s’agit de victime de sacrifices. Dans le cas de la seconde hypothèse, aucunes femmes n’auraient été ramenées du champ de bataille. L’exposition de leurs restes parmi les dépouilles guerrières suggèrerait alors que ces sacrifices et leurs victimes elles même étaient directement liés à la victoire. En d’autres termes, tout porte à croire qu’il s’agit de prisonniers de guerre.

Le pilier gravé aux « têtes coupées » à Entremont

Les gaulois coupaient les têtes des ennemis tués au combat. Posidonios, qui a voyagé en Gaule rapporte que les cavaliers les suspendaient aux cous de leurs chevaux, les clouaient à leur charpente ou les embaumaient. Les crânes étaient parfois cloués dans les temples. Cette chasse aux crânes était une institution importante dans le monde celtique. Dans l’oppidum celtibère de Puig-Castelar, près de Barcelone, des crânes humains furent retrouvés percés d’un clou, et des têtes coupés figures sur certaines monnaies gauloises marquant ainsi l’importance de ces rites.

Le rituel des têtes coupées d’une certaine façon représente assez bien une version du sacrifice humain. En effet, cela permet de constater que le sacrifice humain ne se limite pas forcement à offrir la mort de la victime aux dieux mais parfois sa dépouille après sa mort au combat. Cela peut donc d’une certaine façon être assimilé à une offrande de chaire humaine aux dieux.

Pour finir sur la mise en évidence des divers sanctuaires présentant des traces de sacrifices humains, il semble judicieux de parler du « sati » à Hoppstädten.

A la fin de l’âge du fer, pendant la période de La Tène, une famille entière fut inhumée dans une seule tombe à Hoppstädten, dans le territoire des Trévires, en Moselle allemande.  A moins que tous soient morts plus ou moins en même temps, succombant à une épidémie, on pourrait envisager une sorte de « sati », rite sacrificiel qui voulait qu’au décès du père de famille, sa femme et ses enfants fussent tués pour parvenir à ses cotés dans l’autre monde. On retrouve une pratique similaires dans une tombe double beaucoup plus ancienne, du VI° siècle avant Jésus-Christ à Hohmichele, en Allemagne, où un homme et une femme de haut rang furent enterrés ensemble, sous une tertre.

Tombe du VI° siècle av. J.C. à Hohmichel (Allemagne).

Enfin pour finir, des traces de sacrifices humains ont été retrouvées dans la grotte de Byciskala. Au VI° siècle avant Jésus-Christ, dans une grotte de bohême, se déroulaient des cérémonies qui semblent avoir comporté des sacrifices d’animaux et d’humains. Des parties de la grotte paraissent avoir été réservées à des rites funéraires au cours desquels des chars, des récipients, des céréales et des animaux étaient offerts aux dieux. Les vestiges les plus intéressants sont ceux des corps de quarante individus, des femmes pour la plupart, dont les têtes, les mains et les pieds avaient été sectionnés. Un crâne humain avait été placé à l’intérieur d’un chaudron, et un second crâne façonné en forme de coupe à boire.


Les corps des tourbières

Comme nous l’avons constaté, les données archéologiques concernant les sacrifices humains restent généralement équivoques. Les corps souvent admirablement conservés dans les marais imbibés d’eau de l’Europe du nord et de l’ouest présentent des signes de violences et de traitements rituels qui pourraient correspondre à des sacrifices humains. Certains de ces corps ont été datés de l’age du fer celtique.

L’homme de Lindow

En 1821, à Gallagh, dans le conté de Galway, une victime irlandaise fut découverte enterrée à trois mètres de profondeur dans un marais. Des analyses récentes au carbone 14 ont confirmé que le corps datait bien de l’age du fer. Selon les rapports rédigés au moment de la découverte, l’individu était un jeune homme barbu avec une longue chevelure brune. Il portait un vêtement en peau de daim s’arrêtant aux genoux. IL pourrait avoir été étranglé par des fines baguettes de coudrier enroulées autour de son cou. Deux pierres ayant servi à maintenir le corps dans le marais confirment que l’homme y fut volontairement déposé.

En août 1984, deux exploitants de tourbe travaillant avec un engin mécanique à Lindow moss, dans le Cheshire (Angleterre), découpèrent une partie du corps humain. Soupçonnant un meurtre récent, la police entreprit des investigations démontrant qu’il s’agissait d’un corps très ancien, et les restes fut envoyés au British Muséum afin d’être analysés. « L’homme de Lindow » (ou « Pete Marsh » « Pete des marais », selon le sobriquet que lui donnèrent certains archéologues et journalistes) était un jeune homme, bien portant, d’environ vingt cinq ans. Il connut une mort violente et son corps fut plongé dans un marais, tête la première dans un trou peu profond. Il avait reçu sur le crâne des coups violents qui avaient dû l’assommer, sans l’achever. L’arme mortelle était un grand garrot formé de tendons, passé autour de son cou, serré étroitement et noué derrière son dos. Pour finir on lui trancha la gorge.

Après des controverses sur les dates du Carbonne 14, on s’accorde maintenant à situer sa mort au cours du I° siècle après Jésus-Christ. Bien que ce jeune homme ait pu être exécuté en châtiment d’un crime, sa mort, par certains aspects s’apparente à une forme de meurtre rituel. Il était presque nu, à l’exception d’un brassard en fourrure de renard, et son corps était peint. Il avait juste avant sa mort consommé un repas composé de pain cuit et des graines de céréales très variées, dont les restes furent retrouvés dans son estomac, et ses intestins renfermaient du pollen de gui . Pline faisant référence à l’association entre le gui et les druides, cette découverte a suscité l’hypothèse d’un éventuel rapport avec des prêtres. L’homme de Lindow, avec ses ongles soignés sa moustache bien taillée, était probablement de rang honorable. Le meurtre lui même aurait pu être perpétré selon des rites strictement définis, le fait que la victime ait subi trois « morts » (blessures à la tête, strangulation, égorgement), n’était nullement un hasard. L’ancienne mythologie irlandaise évoque un épisode dans lequel le meurtre sacré du roi comportait trois opérations.

L’homme de Tollund

Le Danemark n’a jamais fait partie du monde celtique, mais on note cependant certaines similitudes notoires entre les pratiques cultuelles de l’Europe celtique et celles du Danemark à l’age du fer. Il s’agit d’une certaine façon de mettre en évidence la normalité des pratiques sacrificielles dans l’Europe de l’age du fer. On a retrouvé de nombreux corps enfuis dans les tourbières danoises, dont certains sont datés avec certitude du dernier millénaire avant Jésus-Christ.  Les ressemblances entre l’homme de Tollund, danois et l’homme de Lindow, anglais, sont évidentes. L’homme de Tollund fut, lui aussi, étranglé avec une corde fabriquée avec des tendons et déposé nu dans le marais, mais il portait une ceinture de cuir et un bonnet. Comme l’homme de Lindow, il avait consommé un repas spécial à base de pain avant d’être exécuté.

Il existe d’autres cas d’hommes découverts dans les marais, morts dans des conditions analogues : l’homme de Bone Fen avait été garrotté, l’homme de Grouballe avait eu la gorge tranchée, comme son homologue anglais.  Il faut admettre que tous ces hommes n’ont pas forcément été des victimes offertes aux dieux, mais que certains ont pu être condamnés et jetés dans les marais. Néanmoins, certains peuvent également avoir été des victimes sacrificielles. Le pain spécial consommé avant la mort, la nudité des victimes, comme les nœuds inextricables avec lesquels les garrots avaient été attachés, tous ces points communs permettent de le supposer.


Les sacrifices des femmes

La dame de Juthe  Fen

Une femme d’environ cinquante ans, vêtue d’une jupe, d’une pèlerine et d’un bonnet, fut solidement ligotée et placée, probablement encore vivante, dans une tourbière à Juthe Fen, dans le Jutland. Des crochets de bois avaient été passés à travers les articulations de ses coudes et ses genoux, et l’enflure provoquée par l’une de ses blessures est le signe qu’elle n’était pas morte quand celle-ci lui fut infligée.

De grosses branches entassées au dessus de son corps servaient à la bloquer sans doute pour empêcher la victime de fuir, et peut être, morte de revenir hanter les vivants. Les rapports rédigés au moment de la découverte du corps de la femme de Juthe Fen insistent sur l’expression de terreur et de désespoir qu’avait conservé son visage au delà de la mort. L’hebdomadaire light readind for the danish public du vendredi huit mars 1839 la dépeint comme un fantôme sans repos qu’il eut fallu retenir. Lors de la découverte de la femme de Juth Fen, on crut reconnaître en elle la célèbre reine norvégienne Gunhild, la cruelle épouse du roi Erik Blodöks, laquelle avait été assassinée et enfuie au fond d’un marais par les esclaves du roi, au moyen âge . Mais le cadavre a été daté avec certitude des derniers siècles avant Jésus-Christ, et nous ignorons toujours qui était la femme de Juthe Fen. Les femmes tout comme les hommes, ont pu soit être exécutées pour expier une faute, soit être sacrifiées, les deux possibilités pouvant être concomitantes. Les  plus âgées comme cette dame peuvent être accusées de sorcellerie ou de magie noire et condamnées par les druides seul maîtres des forces de la nature. La proximité d’une source naturelle à l’endroit exacte où elle fut exécutée rend plus probable encore l’hypothèse d’un sacrifice.  Dans la tradition religieuse celtique, il semble qu’il y ait eu un puissant rapport entre les femmes sacrées et l’eau.  Les auteurs classiques parlent d’un lien entre les prêtresses et des îles sacrées, et l’association de divinités féminines aux rivières et aux sources est très fréquente.  La femme de Juthe Fen peut avoir été choisie pour satisfaire une déesse, peut être celle de la source du marais.

La jeune fille de Windeby

Une adolescente de douze à quatorze ans, beaucoup plus jeune que la dame de Juthe Fen, fut découverte à Windeby dans le nord de l’allemagne. Juste avant sa mort, elle avait été soumise soit à un rituel, soit à un châtiment, car sa tête blonde avait été rasée sur un coté. Elle fut manifestement amenée vivante dans la tourbière, puisqu’un bandeau de couleur vive entourait ses yeux. On l’avait mise nue avant sa mort, à l’exception d’un collier en cuir. Rien n’indique comment elle fut tuée, mais  son corps fut enfoncé dans le marais, maintenu par des branches de bouleau et une grosse pierre.  Si les femmes avaient été victimes de meurtres rituels, comment la sélection aurait-elle pu s’opérer ? Les raisons peuvent être liées à leur âge, leur apparence physique, leur appartenance sociale. Nous pouvons imaginer le jeune fille de Windeby comme une offrande particulièrement appréciée des dieux, car au seuil de l’âge adulte : ni enfant, ni femme et cependant les deux.  A moins qu’étant de haut lignage, la sacrifier aux dieux locaux eut été rendu nécessaire par rupture d’un traité ou d’une alliance avec une tribu voisine. Tacite mentionne aussi que l’adultère était puni de tels châtiments.


A la suite de cette étude, il est possible d’affirmer l’existence des sacrifices humains chez les Celtes. Les différentes découvertes archéologiques, ont pu ainsi confirmer certains écrits anciens. Mais il faut préciser qu’il s’agit là d’un rituel exceptionnel et seulement dans le cadre d’un péril national.

Les auteurs anciens malgré leur grande partialité nous permettent une meilleure connaissance des meurtres rituels. Il s’agit avant tout d’un acte d’une grande piété réalisé sous la direction du ministère des druides. Il faut tout de même prendre un certain recul vis à vis des anciens. Pour la plupart, les sacrifices humains doivent être condamnés. Ainsi ils ne sont pas toujours objectif. De plus, parfois les auteurs sont mal renseignés, et ne décrivent pas toujours des faits qu’ils ont pu constater eux-mêmes.

Les sacrifices humains celtes semblent pourtant s’intégrer dans un monde antique en perpétuel changement. En effet, les romains, les grecs mais aussi les carthaginois, ont eux aussi pratiqués les sacrifices humains. Ce rituel chez les celtes n’est donc pas si marginal, il s’agit d’une forme de piété très rare qui pourtant s’intègre dans un contexte plus général.

Toutes les religions pratiquent et ont pratiqué, le sacrifice, réel ou simulé : le « sacrifice » de la messe catholique est une mémorisation d’un rituel sanglant par lequel l’humanité, en la personne de Jésus, dépassait son état primitif et se transcendait sur le plan divin par la mort et la renaissance.

Sacrifier ( sacrum-facere), c’est rendre sacrer un objet ou un être, le faire passer ailleurs, c’est à dire dans le monde divin, en la chargeant de tous les désirs, toutes les pulsions, tous les sentiments des êtres mortels. Le sacrifice humain chez les celtes, et plus précisément chez les Gaulois considérés comme nos ancêtres directs renvoie une image accepté ou refusé de nôtre propre culture.

A la renaissance, quand les humanistes découvrent les auteurs grecs et latins qu’ils considèrent comme leurs ancêtres spirituels, les gaulois ne sont décrits que comme des barbares lointains, sans filiation direct avec les français. En revanche au début du 19° siècle, quand Joseph de Maistre oppose sa philosophie chrétienne au théorie révolutionnaire, il revient sur la question du sacrifice humain pour expliquer les difficultés du présent par les erreurs du passé.

A l’opposé, et suivant une ligne de démarcation déjà décrite ont trouve l’attitude des purs « celtisants ». Reprenant la vision romantique qui les amènent à valorisé à l’excès l’héritage irlandais, ils voient dans les gaulois un peuple héroïque et en même temps exotique, coupé quasiment de tous contacts avec ses voisins méditerranéens. Le sacrifice humain est alors présenté comme une de ces innombrables coutumes étranges mais non dénuée d’une aura mythique. A coté les duels pour s’attribuer la meilleur part du jambon, les funérailles du prince qui voient brûler a coté du cadavre du mari l’épouse vivante.

Les sacrifices humains, tant décriés par les romains ont existés également à Rome, mais de part et d’autres des alpes demeuraient toujours assez rares. Par les différents exemples étudiés, il est possible de mettre en évidence quelques différences à ce sujet. Les romains, ainsi que les grecs, étaient considérés comme l’élite intellectuelle de l’antiquité. Pourtant, eux aussi pratiquaient des sacrifices humains. Mais, inversement à ceux pratiqués par les celtes ces rituels étaient non sanglants et considérés comme un acte judiciaire. Le sacrifice des vestales, démontre parfaitement cette volonté de ne pas assumer les responsabilités d’un sacrifice. En donnant de l’eau, de la nourriture et un peu de lumière à ces dernières, les romains considéraient qu’ils remettaient leurs vie entre les mains des dieux. Pourtant il s’agit bien là d’un sacrifice, la prêtresse n’ayant aucune chance de survie.

Les grecs eux-mêmes pratiquaient des sacrifices. Certes ces actes étaient répudiés par les intellectuels, mais restaient tout de même un fait. Dans tous les cas, ces deux civilisations semblaient vouloir détourner le regard.  Les sacrifices humains chez les grecs et les romains n’ont jamais été admis de façon officielle, car considéré comme barbares et inhumain.

Les recherches durant les deux derniers siècles, ont en commun de n’avoir travaillé que sur un seul type de sources, les textes des auteurs grecs et romains. Depuis vingt ans, la fouille à grande échelle d’une quinzaine de sanctuaires gaulois dont plusieurs ont livré des os humains dans des quantités assez importante, permet de recentrer le débat en opposant les faits matériels aux interprétations et au discours idéologique de l’antiquité.

Il demeure cependant un cas qui pose problème, celui des os humains de gournay. L’étude qui en a été fait par François Poplin montre la présence de deux lots. Le premier représenté par des restes crâniens entourant le foramen magnum. Le second l’est par des os longs.

Le premier témoigne de pratiques qui consiste de prélever le crâne, puis de la préparation de se dernier en vu d’une exposition ou d’une conservation comme trophée. Ces pratiques peuvent être d’emblé écarter de la question du sacrifice humain, mais peuvent être réexaminé dans le cadre de la consécration des dépouilles lors des rites guerriers. Le deuxième lot fait difficultés pour deux raisons. La première, déjà évoquée, est celle du dépeçage : une clavicule porte les marques de cette pratique, le squelette ayant été sectionné en trois morceaux. La seconde raison tient de la détermination sexuelle : sur la douzaine d’individus, trois sont des femmes, indiqué par la gracilité des os. L’état de nos connaissances permettent d’écarté la possibilité qu’elles faisant partie des guerriers. Si la détermination sexuelle était confirmé, la preuve serait faite que des rites non guerriers étaient pratiqués sur des êtres humains a l’intérieur de l’enceinte sacrée.

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