Eléments de Cyclologie

Avant d’aborder la question des cycles à travers lesquels notre présente humanité tente – plus ou moins bien – de s’insérer, essayons d’imaginer comment la connaissance en est venue jusqu’à nous. Ce qui serait impossible, si les ressacs du temps ne nous avaient laissés les éléments d’une tradition morcelée à travers les différentes mythologies. L’origine, nous pouvons nous la représenter sous la forme de deux immensités, disons plutôt deux archétypes : le temps et l’espace. Lequel a généré l’autre, lequel a préséance sur l’autre. A cause de la clarté de ses symboles, penchons nous d’abord sur la tradition classique, c’est à dire sur le mythe grec, celui dont la « Théogonie » d’Hésiode nous a transmis les échos . . .

Horloge astronomique de Prague

Bien qu’il se présente comme inspiré des Muses, Hésiode, qui vivait au VIIIème siècle avant notre ère, a cependant reçu son inspiration d’épopées bien antérieures au temps où il vécut. On y aurait relevé des traces de l’Iliade. Or, Homère aurait vécu au VIIIème single avant notre ère. C’était déjà le temps où la tradition reçue des Grands Anciens, commençait à s’altérer. De quels autres récits, alors traditionnels et aujourd’hui insoupçonnés, Hésiode aura-t-il tiré son argumentation?

Si nous consultons Hérodote – qui est souvent le recours en pareil cas – il nous dira que « ses recherches lui prouvent que tous les noms des Dieux proviennent des contrées barbares et de l’Egypte (11- 50-52) ». Laissons de côté l’Egypte, qui était alors la référence obligée et faisant autorité. En ce qui Concerne les barbares adressons-nous Pélasges qui, lorsqu’ils interrogèrent l’Oracle de Dodone, pour s’enquérir s’ils pouvaient prendre les noms des Dieux provenant des Barbares, l’Oracle répondit: « Prends ». Les Barbares paraissent désigner les populations primitives répandues entre la Thrace et l’Asie Mineure. C’est donc de ces antiques Pélasges, qui précédèrent les Grecs dans l’Hellade archaïque, que procèdent les noms des Dieux dont Hésiode se fit l’écho dans sa « Théogonie ».

Il a écrit : « Les Muses de l’Hélicon disent ce qui est, ce qui sera, ce qui fut, de leurs voix à l’unisson ». Nous aurons à revenir sur cette image des Neuf Muses et de I’Hélicon. Retenons ici que les Muses intentent le temps… « Mais », dit encore Hésiode, « avant tout fut l’Abîme (c ‘est à dire le Chaos) d ‘où naquirent l’Erébe et la noire Nuit… Gaïa, elle, enfanta un être égal à elle-même, capable de la couvrir tout entière, le « Ciel étoilé » – à savoir Ouranos, l’espace rempli d’étoiles.

On dit aussi qu’Ouranos est le fils et l’époux de Gaïa. Il faut ici entendre Gaïa comme un nom donné à la terre phénoménale, non ordonnée, c’ est à dire la Nature Raturée, et bien retenir qu’elle n’est pas la Divinité, mais seulement une réflexion de la Divinité qui, Elle, est la Nature saturante, la Nature nouméale, organisatrice de l’Univers – a savoir cette conception que les Anciens ont appelée « l’Ame du Monde ». L’Esprit divin absolu ne fait qu’un avec la Substance divine absolue. En termes d’hindouisme, Parabrahman et Mulaprakriti partagent la même essence ? la seconde étant la manifestation du premier, Celui qui demeure l‘éternellement caché. Nous en trouvons une analogie dans un texte de l’époque alexandrine.

« Hermès Trismégiste » dont le Livre III est justement intitulé : « L’Ame du Monde ». La Nature était stérile jusqu’au moment où les Puissances, s’avançant vers le Dieu roi de toutes choses, lui dénoncèrent l’inertie générale et la nécessité d’ordonner l’Univers. A ces paroles, le Dieu sourit et dit à la Nature d’exister. Et sortant de sa voix, le Féminin s’avança dans sa parfaite beauté. Nous reconnaissons ici la Sophia Perennis, celle qui a dit : « Avant que le monde fut, j ‘étais » …

Les Celtes la connurent sous le nom de Brighild, la elle du Dagda, le Dieu primordial des Irlandais, que les Gaulois nommait Dagodevos. Comme dans la tradition hindouiste, avant de naître de lui, elle était unie à lui, Essence et Substance étroitement embrassées ne formant qu’une Unité dans l’androgyne primordiale. Elle émana sous l’aspect du Feu originel, le subtil formateur et réparateur des mondes. C’ est pourquoi Brighild, la Brigantia vénérée des Gaules, est à la fois la patronne des forgerons, des médecins et des poètes. Née à l’Aurore du cycle de la manifestation, elle est analogiquement considérée comme l’aurore du cycle journalier.

Chez les Grecs, ce rôle était dévolu à Vénus-Uranie, née de l’écume d’Ouranos, l’Espace sans bornes. Hésiode, lui, ne reconnaît que deux termes fondamentaux, le Temps mesuré par Zeus successeur de Kronos, et répercuté par les Muses, et l’Espace Ouranos. Il nous fait entendre que Zeus est le régulateur des jours et des nuits. Le fait même que le mandat du temps, ce Temps sans mesure et sans bornes, ait pu être transféré de Kronos à son fils Zeus est l’indice d’un premier abaissement de la dimension du sacré, puisque les divinités premières sont conçues « hors limites ». Le sacré fut donc ajusté à la mesure humaine à cause du décompte du temps par l’entremise de Zeus. Ainsi l’a exprimé Pluton : « Le Temps (sonos) est né avec le ciel (Ouranos), afin que, nés ensemble, ils soient aussi dissous ensemble, s’ils doivent jamais être dissous » (Timée 38D); et il dit encore que ces deux-là sont une image mobile de l’éternité.

L’indispensable troisième terme propre à rendre mobile cette éternité, c’est l’Energie. Et cette Energie, nous l’avons déjà nommée. Suivant les traditions, elle est Mulaprakriti, lsis, Sophia, Brighild, Brigantia. C’est elle, cette force mobilisatrice, ordonnatrice, cette Vénus-Uranie qui, à l’Univers nouveau-né, fait don du Feu principal qu’elle tient de son Père, celle qui, selon leur modalité ordonnée préside à l’aimantation des cercles du monde. Elle préexistait dans l’Abîme, et Dante a dévoilé son Nom véritable : « L’Amour, qui meut le soleil et les autres étoiles ».

Et quels sont les vecteurs de cette dynamique sempiternelle ? Ces foyers de réactions nucléaires d’une violence cosmique, et qu’à présent nul n’ignore : ce sont les étoiles, ces étoiles génératrices d ‘ énergie, c’est ce concentré d’éther dispersé aux grands vents de la violence des mouvements cosmiques, qui déclenchent le processus de la vie.

Les Chaldéens savaient que chaque étoile est mue par un Recteur d’essence monoïque, responsable de son cours circuitaire comme des courants vibratoires dispensés à son peuple de planètes. En ces Recteurs nous pourrions reconnaître nos Dieux sous des noms différents.

Nous avons hérité de quelques bribes relatives à leur interdépendance. Ainsi, la brillante étoile Véga, de la constellation de la Lyre, fut-elle regardée comme la demeure de notre Dieu Esus. Vous connaissez la représentation d’Esus abattant l’Arbre cosmique, sur une face du pilier des Nautes, à Palis. Sa relation avec l’Arbre du Monde est confirmée par le fait qu’il y a environ douze à treize nulle ans, Véga était notre Etoile polaire. Esus abattant l’Arbre indique un changement dans l’état du pôle céleste, la marche du temps ayant vu Véga remplacée dans son rôle axial par une étoile du Dragon, il y a de cela 4.800 ans.

Cependant, demeurons auprès de la constellation de la Lyre, et rappelons ce que rapportait Diodore de Sicile à propos des Hyperboréens : « Tous les dix-neuf ans, Apollon se rend chez eux, joue de la lyre et danse chaque nuit. Les Hyperboréens, étaient tous ses prêtres. En son honneur, ils avaient bâti un splendide temple sphérique, et ils jouaient continuellement de la lyre pour lut rendre hommage ». . . se peut que ces Hyperboréens, dont on a pu conclure qu’ils étaient des Celtes, ou leurs prédécesseurs, il se peut donc que ces peuples aient réellement élevé, à la gloire du Dieu solaire, un sanctuaire de forme ronde où l’on a voulu reconnaître Stonehenge. La période de 19 ans, appelée cycle de Méton, permettait d’établir une correspondance entre le cours du soleil et celui de la lune. Mais cette histoire, si elle est fondée – et pourquoi ne le serait-elle pas ?- ne représenterait que la réplique terrestre d’une croyance plus haute : le temple sphérique étant la Moût: céleste boréale, Apollon-bélénos exécutant sa danse circulaire autour de la brillante constellation de la Lyre avec au zénith la splendide Véga. Les Grecs y ont vu la lyre d ‘Orphée. J’ai bien envie de dire que cette lyre n’est autre que la harpe du Dagda.

Ce qu’on appelle par anticipation « le retour d’Apollon », a quelque chance de se produire dans quelques six mille ans, lorsqu’au zénith du ciel le Cygne chantera. Ce Cygne- Kyknos- est le fils d’Apollon. La constellation du Cygne a la forme d’une croix. Sa branche supérieure, la Tête du Cygne, porte l’étoile Deneb, notre future Polaire. Rappelons que dans six mille ans, plus ou moins, nous serons entrés dans l’ère du Sagittaire, qui est le propre royaume d’Apollon, puisqu’avant de conduire le char du Soleil, il était considéré comme l’Archer maître du signe. Mais avant ce retour, les murs de la forteresse terrestre seront abaissés.

L’étude attentive des mythologies nous instruit des faits et gestes des Dieux, en même temps qu’elle nous enseigne les liens étroits qu’ils entretiennent avec l’astronomie, ceci en vertu d’une simple transposition analogique. Ainsi se trouvent réunies en un seul faisceau l’histoire des Dieux, celle du monde, celle des hommes. On aperçoit ce que cela suppose de notre part’. nous d émigrer de la vision mécaniste de l’univers imposée par le rationalisme des astronomes et des astrophysiciens, et surtout, nous ouvrir aux possibilités d’élargissement intuitif qui reposent en nous, afin de restaurer, en nous-mêmes, la vision que les Anciens avaient de l’univers : un Etre cosmique total, totalement vivant, au sein duquel les cellules sont autant de Dieux et de Déesses qui leurrent de concert, à la fois autonomes et interdépendants – eux qui étaient nommés les Cosmocreatores, c’est à dire les Conducteurs des Mondes.

Dans les civilisations traditionnelles, la cosmologie était la science réservée aux plus hauts sacerdoces. César a expressément écrit que tels étalent les Druides : « Les Druides se livrent à de nombreuses spéculations sur les aires et leurs mouvements, sur les dimensions du monde et celles de la terre, et ils transmettent ces doctrines à rajeunisse » (BG V1-14). On conçoit avec quel soin les phénomènes célestes étaient observés, les cycles notés, et avec quelle anxiété était envisagée l’échéance de certains d’entre eux. L’interdépendance qui soutenu tous les mouvements célestes était comparée à un tissage. C’ est pourquoi la Déesse grecque Pallas Athéné était surnommée Ergané : la Tisseuse. Ce nom éclaire l’offrande annuelle qui lui était solennellement remise, d ‘un voile tissé et brodé par les vierges de la cité. Plus c’une parure, il matérialisait le v½ux des citoyens, pour que la Déesse consentit à maintenir, pour une année encore, l’intégrité du tissu cosmique. On trouve ici la clé de ces robes aux couleurs liturgiques rituellement offertes à la Vierge, comme on peut toujours le voir en la basilique de Fourvière à Lyon – clé aujourd’hui bien oubliée tant des fidèles que du clergé.

Enfin cette science fournissait l’outil indispensable à l’établissement du calendrier. On imagine mal la complexité des calculs entrepris pour déterminer les différences de temps de révolution des planètes, les heures de leur lever héliaque selon leurs positions, les problèmes soulagés par leurs rétrogradations. Il était important de déterminer la durée des cycles, celui. de Méton, ou bien cette période de soixante seize ans appelée callipique, ainsi une la période de retour des ellipses et des comètes – toutes matière pour lesquelles furent mis à contribution les calendriers grec, égyptien, rhodien, romain – et qui firent, peu avant notre ère, s’informer, communiquer entre eux et même se rencontrer, les savants et les astronomes du monde méditerranéen. La source la plus unanimement reconnue parce que regardée comme la plus ancienne, étant chaldéenne. La mesure du temps intéressait au premier chef la vie de la cité, mais bien davantage il s’agissait de déterminer les jours et heures exacts où il convenait d’offrir aux Dieux les sacrifices prescrits. Par là même le calcul du temps relevait du sacré.

Par Rosmerta, extrait de « ialon druvidiacta »

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