Des Anges et Démons

L‘article suivant est un essai, ce n’est absolument pas une étude poussée. Il a été écrit pendant mon adolescence, il y a plus de 15 ans. Et je vous le présente aujourd’hui car il est le parfait reflet de ce qu’une société manichéenne adjoint d’une philosophie judéo-chrétienne peut produire. Il peut servir d’introduction à une recherche sur la Kabbale chrétienne et hébraïque. Il n’a jamais été terminé car plus j’avançais dans l’étude de la kabbale plus cette vision du monde m’était étrangère.

I. Les Anges dans les Écritures

D’abord et avant tout, les Anges sont liés à Dieu : ce sont les premiers esprits, crées lors du premier jour de la Genèse. Bien évidemment, tout ce qu’il faut en savoir nous provient des Écritures. Faisons donc un tour d’horizon des Anges dans les Livres religieux.

Venu du latin angelus, transcription de aggelos qui, en grec profane, désigne un messager, le mot « Ange » traduit l’hébreu maleak (« messager » [de Dieu]), terme qui s’applique surtout aux Anges proprement dits, mais aussi quelquefois aux prophètes et aux prêtres. Le nom des anges n’est pas un nom de nature mais un nom de fonction. Les anges sont « des esprits destinés à servir, envoyés en mission pour le bien de ceux qui doivent hériter du salut ».

« Les anges sont des esprits, mais ce n’est pas parce qu’ils sont des esprits qu’ils sont des anges. Ils deviennent des anges quand ils sont envoyés en mission. En effet, le nom d’ange fait référence à leur fonction et non à leur nature. Si vous voulez savoir le nom de leur nature, ce sont des esprits ; si vous voulez savoir le nom de leur fonction, ce sont des anges, ce qui signifie messager. » Saint Augustin

L’Ancien Testament appelle les anges « fils de Dieu », « armée de Yahvé » ou « armée du ciel » et même  « saints ». Trois d’entre eux y ont un nom : Gabriel, Michel et Raphaël. C’est surtout entre les périodes d’écriture des deux Testaments, dans la littérature dite apocalyptique, dans les textes de Qumram et dans le Nouveau Testament que les Anges ont pris une importance énorme, sous l’influence de facteurs soit internes, soit externes au judaïsme.

Jusqu’à l’apparition du christianisme, l’importance du monde des esprits et des êtres angéliques ne cessa de croître dans la pensée juive. L’explication de ce phénomène est complexe. Il tient d’abord à l’affirmation de plus en plus nette, dans le judaïsme, de la transcendance divine. Le monde angélique constituait dès lors l’ensemble des axes et des circuits de communication choisis entre Dieu et l’univers, entre Dieu et les hommes. Il ne faut en effet jamais perdre à l’esprit le sens de messager, et toujours se référer à la racine hébraïque. Dieu ne s’adresse pas directement aux Hommes : pour cela Il envoie Ses Anges porter Ses messages.

Par ailleurs, durant la même période, le problème du mal et celui de la souffrance des justes, qui sont liés, prirent également une importance grandissante. Sous l’action d’influences étrangères croissantes, le monde des esprits se divisa alors en deux : d’une part, les Anges mauvais ou déchus, rebellés contre l’autorité divine, démons constituant l’armée du « royaume de Satan » ; d’autre part, les Anges bons et fidèles, formant l’armée du « royaume de Dieu ».

Le monde présent est censé être entre les mains des premiers, fauteurs de tous les maux qui s’abattent sur l’homme et sur les autres créatures. Sa fin viendra ; le royaume de Satan sera défait et le royaume de Dieu s’instaurera dans la vie humaine et dans tout l’univers. Tel est, d’ailleurs, le thème central de toute l’apocalypse juive de cette époque.

2 – Les Anges, de purs Esprits

Les anges ne sont que des êtres spirituels, dénués de toute attache matérielle. Donc les anges ne peuvent interagir directement avec la matière. La plupart de leurs apparitions sont donc, dans les traditions et textes qui nous sont parvenus, purement spirituelles : ils insufflent à notre conscience le message que Dieu leur a donné à notre égard. Cela peut se manifester sous des formes plus ou moins directes et décelables. Il peut s’agir d’apparitions, d’illuminations, tout comme le fait d’entendre des voix. Plus ‘discrètement’, il s’agira de visions en rêves, de rêves prophétiques ou prémonitoires, ou, éveillés, de pensées soudaines, de bonnes intentions ou de la volonté de produire une bonne action. Ce sont eux aussi qui alimentent les intuitions et les pressentiments.

L'apparition de l'Ange à Zacharie

Mais ceci ne signifie pas que les Anges soient incapables d’agir sur la matière. En fait, puisqu’ils en sont indépendants, ils ne sont pas contraints à ses lois, et ils peuvent la ‘manier’, tel un outil, de façon plus libre que nous. Tout comme il est plus facile de travailler le bois avec le métal qu’avec le bois lui même. Il peuvent donc revêtir l’apparence qu’ils souhaitent, et provoquer des miracles dans la matière.

3 – Les Anges déchus

Les Anges déchus les plus importants sont :

  • Lilith, qui a refusé de se soumettre à l’autorité d’Adam, s’est enfuie du Jardin d’Eden et a refusé d’obéir aux Anges que Dieu lui avait envoyé pour la rappeler ;
  • et Lucifer.

Avant de tomber, Satan, ou plutôt l’Ange Shaitan, était Lucifer, le plus beau des Anges, l’Ange de Lumière. Shaitan dérive d’un mot hébreu signifiant « accuser » ou « s’opposer ». Quant à Lucifer, le mot veut dire « Celui qui porte la Lumière ». Adam et Lucifer partagent de forts points communs : ils sont les deux figures emblématiques de la Chute.

Tous deux sont tombés : Lucifer pour avoir renié Dieu, Adam pour avoir pêché. Autre chose, Satan n’a pas été rejeté par Dieu, il s’est au contraire séparé de lui.

Dieu ne peut pardonner à qui ne demande pas le pardon. Le premier engagement libre de la volonté de Satan est définitif, son péché est irréversible :

« il est irrémédiable parce qu’il l’a commis sans que personne le lui eût suggéré, sans qu’il eût non plus quelque penchant au mal lui venant d’une suggestion antérieure : d’aucun péché de l’homme on ne peut en dire autant » Thomas d’Aquin

Au XIXe siècle également, Satan fut présenté comme le symbole de la révolte et de la liberté, la liberté absolue ne pouvant être qu’une revendication de soi contre Dieu.

Lucifer/Adam n’est pas ‘mauvais’. En fait cette vision s’explique par le fait que Dieu, représenté comme l’incarnation du Bien, ne peut être responsable du Mal sur Terre. La représentation de Lucifer comme un être maléfique dans les traditions n’a en fait pour seul but que de fournir un ‘bouc émissaire’, un responsable qui, opposé à Dieu, est la cause de tout le Mal sur Terre. Cette vision est fausse et ne respecte pas le sens originel de la chute de Lucifer.

Lucifer n’est que le symbole de la Liberté accomplie face à Dieu. Même la représentation du XIXe que je viens d’évoquer est peu acceptable : ce n’est pas ‘contre’ Dieu que Lucifer s’est retourné. En réalité, il s’agit bien de la réussite de Sa création. La suite de cette réflexion est dans la page sur Lilith.

4 – La hiérarchie angélique

Le nombre, les noms et les fonctions des Anges augmentèrent en proportion de l’importance qu’ils prirent dans le temps. Les Anges sont parfois des figures politiques.

Dans le livre de Daniel, par exemple, ils sont décrits comme des satrapes envoyés par Dieu pour gouverner les différents pays. Dans l’Énoch éthiopien, soixante-dix bergers ou Anges sont envoyés, après l’Exil, auprès du berger d’Israël et l’archange Michel est le gardien de tout Israël. Chacun des éléments naturels a aussi son Ange protecteur, de même que, pour chaque saison de l’année, un Ange est responsable de son déroulement (une liste impressionnante de toutes ces fonctions angéliques, créées, dit-on, au premier jour de la Création, est proposée par le livre des Jubilés), et chaque individu a son Ange gardien.

Rosa celeste : Dante et Béatrice contemplant l'Empyrée, de Gustave Doré

Une autre fonction angélique consiste à intercéder pour les hommes auprès de Dieu (dans l’Énoch éthiopien ; mais déjà dans l’Ancien Testament). Les Anges guident aussi les hommes dans le droit chemin ; et surtout ils révèlent les secrets divins concernant la Terre et le Ciel (Énoch éthiopien). C’est aussi un message apporté par les Anges : l’une des épreuve les plus difficiles et les plus importantes est d’abord de s’affronter et de se comprendre soi-même.

Les anges sont organisés en une hiérarchie précise, selon un modèle quasi militaire. Comme les personnes, les Anges ont des noms, liés aux tâches ou aux responsabilités qui leur sont confiées par Dieu. L’élite de la hiérarchie céleste comprend soit quatre (Michel, Raphaël, Gabriel et Uriel – ou Phanuel) soit sept (aux quatre premiers s’ajoutent Raguel, Saraqael et Remiel) Anges ou Archanges.

Les influences religieuses et culturelles étrangères sont très sensibles dans ‘l’angélologie’ juive, particulièrement au cours des deux siècles précédant l’ère chrétienne. L’hellénisme, orientalisé après les conquêtes d’Alexandre, laissa une empreinte marquante sur la pensée juive, même palestinienne. La religion iranienne joua un rôle de premier plan dans ce processus, peut-être par le canal de la Babylonie, qu’elle avait religieusement contaminée. Selon une tradition juive rapportée par le midrash Beréshit Rabbah, l’attribution de noms personnels aux anges aurait été importée de Babylonie. Il est certain que le chiffre sept, si cher aux apocalypses juives, est babylonien : il vient du culte des sept planètes (le Soleil, la Lune et les cinq autres planètes connues) dans lesquelles on voyait des divinités contrôlant la vie des hommes et des nations. L’identification des étoiles et des corps célestes aux êtres angéliques et le culte qu’on leur rendait s’enracinent en des systèmes aussi bien babyloniens que perses.


5 – Naissance du Mal avec Lucifer / Lilith

Selon l’interprétation Kabbalistique commune de l’Ancien Testament, avant la Genèse (4000 av. J.-C.), un des Bnèy-Elohim « Verbe de Dieu » (Genèse VI/1-4), le plus proche de Dieu est séduit par la première créature de la Terre, Lilith (Leyla ou Laylah), à celle-ci il offre ce que Yahveh lui refuse, la Connaissance (Livre d’Isaïe). Dieu chasse Lilith dans les terres de Nod, un monde sombre sans lumière proche de la Terre. Sa rancœur grandit et elle devient maléfique, elle commence à maîtriser les pouvoirs offerts et elle interfère sur la Terre par le biais des Animaux. Elle était destinée à être la première femme d’Adam et sa haine contre la descendance des Hommes est née.

Genèse (III/1), Eve est créée à partir d’Adam et elle est trompée par un serpent, symbole du mal moral que l’on attribue à cet ange de lumière déchu du Paradis qui a été banni sur la Terre.

Après avoir conduit Adam à la chute, il est précipité du ciel d’où il tombe comme un éclair. Il est Lucifer (Lux Fere) que son orgueil condamne à la déchéance. (Luc, X/18)

6 – Naissance du Péché avec Abel

En 1760 av. J.-C., un petit clan conduit par le patriarche Abraham s’installe dans le pays de Canaan. Les Hébreux ont subis l’influence de l’Egypte et des Grecques, il y a une probable assimilation progressive des daïmons, du mythe de Pandore / Prométhée et du mal avec la lutte Seth / Osiris.

Adam et Eve pleurant la mort d'Abel, de William Bouguereau

! Attention section non finalisée !

L’homme est le père de Caïn, la femme est la mère d’Abel.
Caïn n’a pu laisser vivre Abel, et le sang d’Abel ne laisse plus dormir Caïn.
Seth et les trois graines…

7 – Naissance de l’Expiation avec Azazel

Après l’Exode (vers 1250 av. J.-C.) menée par Moïse apparaît la première mention d’une puissance autre que celle de Yahveh ; l’Eternel explique comment Aaron -frère de Moïse- doit procéder au sacrifice de l’Expiation, selon le rite du Bouc émissaire :

Aaron prendra les deux boucs, et il les placera devant l’Eternel, à l’entrée de la tente d’assignation. Aaron jettera le sort sur les deux boucs, un sort pour l’éternel et un sort pour Azazel. (Lévitique, XVI/7-10)

Azazel est un esprit du désert, que l’on va assimiler à Satan dans les Chroniques (I,21) mais en fait il est sûrement Baal, le dieu propriétaire des Cananéens, puis :

Or les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Eternel, et Satan au milieu d’eux. L’Eternel dit Ó Satan : d’où viens-tu ? Et Satan lui répondit : de parcourir la Terre et de m’y promener. (Job, I/6-8)

Ha Shatan est l’adversaire de Job et non celui de Yahveh, il éprouve sa piété et Jod dit :

Nous recevons de Dieu le Bien, et nous ne recevrions pas aussi le Mal ? (Job, II/10)

On peut donc concevoir que Lucifer, Satan sont un, il est celui qui éprouve les Fils d’Adam. Mais d’autres anges ont suivis son exemple :

Les fils de Dieu virent que les filles des Hommes étaient belles, Et ils en prirent pour femmes parmi celles qu’ils choisirent. (Genèse, VI/2)

Suite à la destruction du premier temple de Jérusalem, 587 av. J.-C., par Nabuchodonosor (Babylone), la tradition jusqu’alors orale est écrite. C’est la Torah, lors de cette fixation préventive, les influences précédentes y sont intégrées.

Les Perses prennent Babylone, en 538 av. J.-C., les juifs sont libérés pour restaurer le Temple, il y a une réforme religieuse et le Pentateuque est consigné avec les prophètes (Nebiim) et les Hagiographes (Ketoubim), il devient le témoin de l’assimilation zoroastrienne par les israélites, Pandémonium est né.

8 – Le Christianisme légalise le Diable et les Démons

C’est Jésus qui crée l’Exorcisme et de ce fait reconnaît vraiment l’existence du diable et des démons, en témoigne ses nombreuses actions saintes qui lui valurent d’être connu :

Jésus ayant assemblé les Douzes, leur donna force et pouvoir sur tous les démons, avec la puissance de guérir les maladies (Luc, IX/1).

De même seul Jésus a le droit d’accomplir des prodiges au nom de Dieu, l’Inquisition viendra :

Tu ne laisseras point vivre la magicienne (Exode, XXII/18).

Le dogme va plus loin et la peur de la bête grandit dans le coeur des bons Chrétiens :

Si quelqu’un adore la bête et son image… il sera tourmenté dans le feu et le soufre (Apocalypse, XIV/10).

Finalement le Manichéisme gagne et s’intègre dans la plus grande religion de la Terre…

Jesus chassant les démons.

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