Le Shintoïsme

Le Shintô est la religion indigène la plus ancienne du Japon. Ses racines semblent remonter à la nuit des temps. Vers 9000 à 300 avant J.C., nous trouvons la culture Jomon qui est la plus ancienne du Japon. Elle vénérait des figurines femelles mais on ignore si le Shintô en est directement issu. Puis de 300 avant J.C. à 300 la culture Yayoi possède des caractéristiques qui rappellent certains aspects fondamentaux de la foi Kami. On peut aussi cité le Peuple des Aïnos (vivant sur l’île d’Hokkaïdo, à Sakhaline) qui ont su garder de part leur isolement des éléments primitifs du Shintô.

C’est paradoxalement, un mot étranger qui désigne le culte où le patriotisme nippon a exprimé ses rêves séculaires. Le terme Shintô (du chinois Shen-Tao) apparaît pour le première fois dans le Nihongi, au VIII siècle. Auparavant, la religion japonaise n’avait pas de propre nom. Le Bouddhisme se répandant, il devenait nécessaire de distinguer le culte autochtone du culte nouveau d’importation chinoise ; par opposition au Butsudô (Voie de Bouddha), le Shintô signifiera la Voie des Dieux, c’est à dire, selon l’appellation japonaise, le Kami-no-Michi.

Au cours de l’époque Kofun un peuple nomade d’Asie centrale introduisit les symboles majeurs du Shintoïsme à savoir les trois trésors sacrés: le sabre, le miroir du soleil et les joyaux d’Amaterasu. Les premiers écrits relatifs au shintoïsme sont le Kojiki (712) et le Nihonshoki (720), compilations de mythes et légendes. À travers eux, la lignée impériale est déclarée descendance directe de la déesse Amateresu, qui lui a donné mandat pour gouverner le Japon. Leur rédaction coïncide avec l’apparition du bouddhisme sur l’archipel, tout simplement parce que l’écriture n’était pas connue des Japonais jusque là. Avec l’arrivée du bouddhisme, les kami ont été assimilés à des êtres surnaturels soumis au cycle de vie, mort et réincarnation. Kûkai, au contraire, voit les kami comme une manifestation directe des bouddhas.

Allée de torii, sanctuaire de Fushimi Inari, Kyōto

Durant la période Edo, différentes tentatives ont lieu pour séparer le shintoïsme « originel » de ses influences étrangères comme le bouddhisme et le Taoïsme. Entre la restauration Meiji et la fin de la seconde guerre mondiale, le shintoïsme est promu au rang de religion d’État. L’empereur divinisé devient chef d’Etat et commandant suprême de l’Armée et de la Marine, et les activités des autres religions comme le bouddhisme sont limitées. Dès lors, et notamment lors de l’ère Showa, les principes du Shintô et notamment le culte d’Amaterasu servent de fondement à l’expansion de l’Empire et au hakko ich’iu, le droit divin de la «race nipponne» à dominer l’Asie.

Après la capitulation japonaise de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’empereur Hirohito renonce officiellement à son statut de divinité à forme humaine (akitsumikami) sans renoncer toutefois à son ascendance divine. Aujourd’hui, de nombreux Japonais embrassent plusieurs religions, par exemple vouant un culte aux kami ancestraux, se mariant dans une église chrétienne et se faisant inhumer selon les rites bouddhistes. Toutefois, on peut considérer que le rapport entretenu par le peuple japonais au Shinto est de l’ordre du culturel, de l’inconscient collectif (au sens de Jung) davantage que de celui du religieux.

Le Shinto est un mélange d’animisme et de chamanisme fondant un polythéisme (subdivision à l’infini d’une force cosmique). Le concept majeur du Shinto est le caractère sacré de la Nature. Le profond respect en découlant définit la place de l’Homme dans l’Univers : être un élément du grand tout. Ainsi, un cours d’eau, un astre, un personnage charismatique, une simple pierre, ou même des notions abstraites comme la fertilité peuvent être considérés comme des kami. Avec le temps, la vénération originelle pour la nature s’est atténuée, sans pourtant jamais disparaître. Les kami ont pris des formes plus humaines, avec un large corpus de mythes associés. Certaines divinités (kami) ont une portée locale et peuvent être considérées comme des esprits ou des génies, mais d’autres sont des symboles des éléments naturels majeurs, comme par exemple Amataresu, la déesse solaire. Les kami représentent des flux d’énergie cosmique (le Qi chinois dont la description donnée par les chamans est comparable, par son comportement et sa forme, à l’électromagnétisme physique de Clerk Maxwell et le anima ou âme, cœur, courage psychique latin) qui animent l’Univers (cf. l’élan vital de Bergson). Ces flux s’incarnent dans les éléments terrestres (minéraux, végétaux, animaux) pour y insuffler la vie. Ainsi, on retrouve ce concept de flux d’énergie (ki en japonais ; Ê∞ó) dans les arts martiaux comme l’Aïkido, la médecine traditionnel comme le Byoki.

Mariage traditionnel Shintô au Temple Meiji, Tokyo

Issus donc de l’Unité cosmique, ces flux fondant la vie s’incarnent en une multitude de kami. Le polythéisme qui s’en dégage est infini, dans le sens où chaque parcelle de vie est sacrée. La mythologie shinto dit qu’il existe 8 millions de kami (Happyakuman, car les kanji se lisent également « Yaoyorozu », signifiant une myriade i.e. une infinité, un nombre inquantifiable). En descendant sur Terre pour y insuffler la vie, les kami ont créé l’archipel japonais.

Trois grandes valeurs priment dans l’esprit du Shintô :

  • Le culte de la Nature
  • La Pureté rituelle
  • La communion de l’homme avec les Kamis

Le Shintô étant une tradition très ancienne, les temples reflètent l’évolution de l’histoire et de la technologie du Japon. Au début, les Jinja étaient de simples autels en plein air, souvent taillés à même la roche, sur lesquels on déposait des offrandes. Avec le temps, ces autels furent enfermés dans un espace clos et finirent par ressembler aux entrepôts de céramique de la culture Yayoi. Ces temples furent construit afin de conserver le corps du Kami (Shintaï) ou le Mitama-shino qui est un objet rituel, servant de support pour le culte.

Le temple le plus sacré du Shintô est le Ise-Jingû (situé dans la province de Mie) qui renferme le miroir impérial. Il constitue un exemple de cette phase ancienne de l’architecture Shintô. Le Shintô subit une transformation lorsque le Bouddhisme fut introduit au japon vers la fin du VIème siècle. Non seulement la théologie shintoïste s’adapta à cette foi étrangère et subit également l’influence du Confucianisme et du Taoïsme, mais on commença à construire des temples typiquement chinois, aux couleurs vives et aux ornements élaborés, ce qui marqua une rupture significative avec la simplicité d’Ise. La famille impériale rend visite au Grand Temple d’Ise depuis des siècles. Son temple intérieur et extérieur possède une histoire officielle deux fois millénaire. Par tradition, aucune décision d’une grande importance pour le Japon n’est prise sans qu’une prière soit adressée dans ce temple.

« Amaterasu Oh Mi Kami », la déesse du Soleil est vénérée dans le temple intérieur d’Ise, et « Toyoke no Oh Mi Kami », le dieu de la terre est vénéré dans le temple extérieur. Les constructions du Temple d’Ise, faites de cyprès japonais non peint et coupés dans les forêts impériales de la montagne de Kiso, sont très simples. Tous les vingt ans, lors d’une cérémonie appelée « sengu-shiki », ces constructions sont démantelées et reconstruites sur des fondations proches.

Le sol de ces temples décrit l’ensemble du Principe de Kototama. La rivière qui coule sous le temple est appelée Iu suzu Gawa « la Rivière des cinquante cloches », nom qui symbolise les vibrations de la création universelle. Le Shinto considère en effet les cinquante sons purs du Kototama, desquels sont dérivés tous les mots, comme des déités individuelles. Chaque syllabe est une déité, au service d’une fonction particulière de l’évolution créatrice de l’Univers.

Meoto Iwa Ooshimenawahari

Les temples modernes vont des minuscules Jinja à de vastes ensembles de sanctuaires comme le Meiji-Jingû de Tokyo et le temple Heïan de Kyoto en passant par des temples de moyenne importance, les Taïsha. Mais la plupart sont situés au milieu d’arbres et de jardins, ce qui reflète l’importance de la nature dans la croyance shintoïste.

Pour entrer dans l’enceinte d’un temple, les fidèles franchissent le Torii (portail) qui représente le seuil séparant le monde séculier extérieur du monde sacré des dieux. Il est généralement orné de Goheï, offrandes faites de bandes de papier arrangées 2 par 2 qui symbolisent la présence de Kami. La corde sacrée ou Shimenawa, qui peut être tendue sur le Torii, est un autre signe de la sainteté du lieu.

Le temple lui même se compose généralement de 2 éléments principaux : le Honden (sanctuaire), qui referme l’effigie du Kami, et le Haïden (oratoire) où les fidèles déposent les offrandes. Les sanctuaires ne sont pas des lieux de prières au sens occidental, les fidèles n’y pénètrent jamais. Certains temples sont très simples, ne comportant que le Honden, alors que d’autres sont immenses, incluant parfois une arène de Sumô, la lutte sacrée, ou un théatre de Nô. Le sanctuaire est délimité par un petit mur.

Les rituels sont célébrés par des prêtres (kannushi) qui peuvent être des deux sexes. Leur fonction est héréditaire et peut se transmettre soit au fils ou à la fille mais également à l’épouse. Ces prêtres sont simplement des paroissiens (Ujiko) instruit du rite, élus et rétribués par la communauté. En dehors des rituels, leur vie est tout à fait normale, sauf pour les prêtres affectés à de grands sanctuaires qui occupent leurs fonctions à temps plein. Pour devenir prêtre, un paroissien peut suivre les enseignements d’un autre kannushi ou recevoir une formation à l’université. Il existe plusieurs niveaux selon le degré d’instruction suivi, comme les Gûji, prêtres en chef ou encore les Negi, chargés du rituel.

On distingue 5 grandes mouvances dans le Shintô :

  • Le Shintoïsme des sanctuaires (Jinga Shintô) est une religion à l’organisation rigoureuse, qui s’imposa pendant l’époque Meiji. 218 sanctuaires nationaux et 110 000 sanctuaires régionaux furent édifiés.
  • Le Shintoïsme d’état (Kokka Shintô) était étroitement lié au Shintoïsme impérial (Koshitsu Shintô). Le Tennô, nom donné à l’empereur, était vénéré en tant que descendant de la déesse solaire Amaterasu et des ancêtres impériaux. On mettait l’accent sur la divinité de l’Empereur, puisqu’il était issu de la lignée directe de la déesse du soleil.
  • Le Shintoïsme sectarien (Shûha Shintô) qui comprend aujourd’hui 13 sectes reconnues et une centaine de sous sectes issues du Shintoïsme populaire depuis le XIXème siècle. Ces sectes, en grande partie ésotériques, furent fondées par des personnages charismatiques durant les temps de crise.
  • Le Shintoïsme à double aspect (Ryôbu-shintô) est la résultante de la proximité des temples Bouddhisme et des Jinja depuis l’an 593. Le syncrétisme fit que les Kami se fondirent dans les Bodhisattvas du Bouddhisme Mahâyâna, entités divines uniques aux manifestations différentes.

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